• Sylvain Lupari

AGEBJÖRN & ÖGREN: We Never Came to the White Sea (2017) (FR)

Une vraie surprise musicale et inattendue qui mélange Electronica, panoramas, E-Rock et même un zeste de Berlin School

1 As I Passed the Vyartsilya Border Crossing 9:55 2 Motor Stop, 6km to Suoyarvi 2:36 3 The Lights of Lakhkolampi Pass By 6:54 4 0:55 In Matkaselkya 7:28 5 Relentless Rain Over Ladoga 7:06 6 Aurora Over Odega 6:07 7 Four Hours to Karhumäki 5:31 8 Sunset in Vodlozerski 4:16 9 The Rajakarjala Forests 7:18 10 Sleepless on the Kostomuksha-Petrozavodsk Night Train 6:37 Spotted Peccary ‎| SPM-3301 (CD/DDL 63:48) (Électronica & E-Rock)

De lointaines vagues qui permutent en brises glaciales et la voix très éthérée d'Anneli Andersson qui murmurent suavement des halètements plus ou moins suggestifs ouvrent la dimension très panoramique de As I Passed the Vyartsilya Border Crossing. Des percussions tribales et des nappes de synthé aux tonalités des années 90 s'infiltrent sous ce tapis de voix et de brises, poussant la structure rythmique du titre qui verse tout doucement dans ces rocks électroniques étiolés par une approche New Age que même Tangerine Dream n'aura réussi à convertir dans ces années où la MÉ s'appuyait sur du Easy Listening afin de percer les ondes des radios FM californiennes. Et pourtant, As I Passed the Vyartsilya Border Crossing donne le coup d'envoi à un album qui laisse perplexe, tant par sa beauté que par sa mosaïque de styles qui étonne et séduit tout au long du voyage sonique de Johan Agebjörn et Mikael Ögren. Composé dans le cadre d'une bande sonore d'un road movie réalisé par le duo lors d'un voyage que les 2 complices ont effectué en la République de Karelia, maintenant la Finlande et terre natale du grand-père de JA, WE NEVER CAME to the WHITE SEA est un autre album d'une étonnante fraîcheur de celui qui nous a donné The Mountain Lake en 2011. Un album qui délie les cordons du snobisme eu égard un style à l'autre!

Motor Stop, 6km to Suoyarvi est l'un de ces petits passages d'ambiances des froides nuits de la Russie qui pullulent tout autour des 10 structures de l'album. Il instaure ce climat de nuit glaciale où ulule une symphonie de loups. Des larmes et des soupirs! Des ronds de glace sur un étang gelé qu'un doigt géant chatouille et des voix de chérubins transmises par un vieux transistor, The Lights of Lakhkolampi Pass By se débarrasse de cette intro onirique afin d'offrir une lourde structure bondissante qui resplendit de ces technos des années 90. Les duels entre les lignes d'harmonies et les effets sonores d'un monde psychédélique sur un rythme lourd et vrombissant déchiraient le style à l'époque entre la mélodie des airs qui s'envolaient avec la légèreté de séduire et la cacophonie des rythmes. Et c'est idem ici! Entre des ambiances bleutées par des nappes de frimas, où grelottent quelques accords en suspension, et un rythme lourd, le synthé reste en mode très séduisant avec des harmonies qui restent dans le répertoire des années Miramar de Tangerine Dream. On reste toujours dans du rose bonbon très acceptable! 0:55 In Matkaselkya change la donne avec des ambiances ténébreuses où s’ébattent des effets percussifs dans les miroirs de leurs échos. Une délicate voix d'Elfe appose une étrange quiétude qui semble tellement paranormale alors qu'une intensité rôde sans atteindre un climax, jouant plutôt sur les ombres et les effets afin de donner une dimension assez crépusculaire au titre. Ici, comme partout dans WE NEVER CAME to the WHITE SEA, les synthés sont superbes et élaborent des nappes, des effets mais aussi des solos et des lignes d'harmonies qui réussissent toujours à séduire. Et la voix d'Anneli Andersson est toujours aussi enivrante. Relentless Rain Over Ladoga nous amène dans les territoires de Robert Schroeder avec un rythme électronique, genre Berlin School, guidé par de bonnes séquences bien juteuses et d'autres plus en mode Techno Dance. Les arpèges volètent sous les convulsions réverbérantes des lourds boom-boom alors que les orchestrations sont aussi volages que celles qui animaient les bons titres de danse des années 70.

Aurora Over Odega est un titre de Tommy'86 que le duo remix ici avec une lourdeur aussi suffocante que sensuelle. Le rythme est lourd et intense avec des échantillonnages de la voix de Sally Shapiro, longtemps complice de Johan Agebjörn, sur un beau slow noué autour d'orchestrations assez poignantes. Four Hours to Karhumäki suit avec un bon rock électronique qui est décoré de bons effets, on dirait des rames de ski sur une neige dure, et d'autres, surtout au niveau des percussions, structurant un rythme qui donne l'impression de courir après son souffle. Il y a de bons effets dramatiques autour de ce titre qui pétille de ses séquences stroboscopiques. Sunset in Vodlozerski étonne par son approche de Jazz et Lounge. Sans paroles, la voix d'Anneli Andersson est toujours à faire fondre les glaces. The Rajakarjala Forests propose une structure linéaire montée sur un rythme lourd et vif avec des pulsations soutenues qui se font rongées par d'étranges effets de croassement. Encore ici, les effets de percussions sont très efficaces et donnent un poids supplémentaire aux nombreux charmes de cette 1ière collaboration entre les deux musiciens suédois. Le violon, joué par Anders Frostin, ajoute une touche tribale Moyen-Orient assez spéciale à ce titre dont les racines trempent dans l'Électronica d'un genre psybient. Violon qui respire tout autant dans Sleepless on the Kostomuksha-Petrozavodsk Night Train qui termine WE NEVER CAME to the WHITE SEA sur une note assez bigarrée où les rythmes et les ambiances se déchirent avec moins de violence que dans The Lights of Lakhkolampi Pass By. J'adore lorsque je tombe sur quelque chose de totalement inattendue! Et c'est exactement le cas ici…Un très bel album.

Sylvain Lupari (07/03/17) ***½**

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Disponible sur Spotted Peccary Music

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