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  • Sylvain Lupari

ALIO DIE: Deconsecrated and Pure (2012) (FR)

Updated: Aug 9, 2019

" Plus qu'une aventure musicale sans frontières, Deconsecrated and Pure, c'est à la contemplation ce qu'est Baudelaire à aimer la poésie"

1 Layers of Faith 15:42     2 Obliterated Alcove 12:08    3 Peel Away This Mortal Coil 9:21    4 Cerulean Facade 10:08    5 De-Altared 18:10 PROJEKT PRO270 (CD/DDL 65:47)

(Dark Ambient)

Un anachorète artisan d.un monde musical monastique et onirique, Alio Die (Stefano Musso) étend ses toiles musicales abstraites sur des œuvres sombres et ecclésiastiques depuis le début des années 90. Ce musicien Italien, qui est bien plus un sculpteur de formes musicales qu'un claviériste/synthésiste adepte de longues et complexes structures séquencées, s'est bâti une enviable réputation dans le milieu de la MÉ obscure et ambiante, comme en fait foi sa quarantaine d'albums réalisés en collaborations avec différents artistes à la recherche de toiles musicales à caractères ecclésiastiques et/ou méditatives. Si la signature musicale d'Alio Die est estampillée d'une approche ténébreuse, il n'en paraît rien sur DECONSECRATED and PURE. Son 20ième album solo, et son tout premier sur le label américain Projekt, est un opus qui mélange froideur et poésie dans une étouffante ambiance tétanisée par des couches aux tonalités moulées dans un amalgame de métal et de soupirs d'anges qui planent dans le néant.

Des souffles très poétiques et musicaux, sonnant comme des hautbois plaintifs, ouvrent Layers of Faith. Sereine et méditative, l'atmosphère est dénuée de rythmes et s'appuie sur de subtiles modulations qui promènent Layers of Faith dans d'envoûtants corridors religieux. C'est une longue toile contemplative où des couches de synthé, ou autres instruments sculpteurs de sons, s'entrecroisent et flottent parmi de fins tintements, immergeant l'auditeur dans une étrange quiétude monastérielle. Plus lumineux que sombre, Layers of Faith est intubée de fins filets de flûtes qui psalmodient des refrains séraphiques sur une longue sculpture musicale où des chœurs discrets errent au-delà d'étranges bruissements qui grugent la sérénité des fines oscillations d'une ligne de basse secrète. J'ai bien aimé, d'autant plus que le pattern me plonge dans les œuvres ambiantes de Michael Stearns. Cerulean Facade embrasse le même pattern méditatif avec des couches irisées et des ondes ondoyantes qui propulsent les délicats tintements de carillons prismatiques. Plus cloîtré avec ses chœurs angéliques qui fredonnent une litanie sanctifiée, Obliterated Alcove nous plonge dans une sombre ambiance monastique. La première partie est assez occulte, à la limite noire, avec des couches célestines qui maculent la quiétude de la chorale dévote, alors que la deuxième partie est nettement plus céleste avec des chants sanctifiés qui coulent comme des voix sans fins sur les vagues d'un ruisseau prismatique. Peel Away This Mortal Coil et De-Altared sont deux titres moulés dans le même alliage de métal en décomposition. Tout est d'une fétide odeur de métal qui s'émiette dans un oblong tintamarre immuable. Les couches sont nasillardes et éraflent une structure imbibée d'une nuée de tonalités aussi métalliques que disparates. Si l'on entend des souffles flûtés gémir, on entend aussi des lames métallisées se plaindre comme des cornemuses sur le déclin parmi des carillons, des tintements, des bruissements et des clapotis d'eau qui s'enchevêtrent dans les creux astraux où mugît des modulations d'une ligne de basse tapie dans des pénombres abscons. La finale de De-Altared est par contre plus musicale, effleurant les douceurs plombées de la pièce introductive. Plus qu’une aventure musicale sans frontières ni balises musicales, DECONSECRATED and PURE est à la MÉ contemplative ce que Baudelaire est à la poésie amoureuse. C'est une œuvre sombre. Pas à cause de sa musicalité, mais plutôt de son contenu qui est extrêmement lourd et atonal. Si certaines nuances illuminent nos haut-parleurs et bercent nos oreilles d'un certain magnétisme iconoclaste, la fusion des tonalités qui parfois embrassent des souffles d'une froideur métallisée en écorche toute tentative pour apprivoiser une œuvre qui trouve toute sa dimension auprès d'un cercle d'initiés et amants d'une MÉ sans images auditives. Cercle dont je ne fais parti.

Sylvain Lupari 21/04/12

SynthSequences.com

Available on Projekt Records Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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