• Sylvain Lupari

ALLUSTE: Stars (2016) (FR)

“Plus Alluste vieillit, plus il sort de sa zone de confort pour offrir un EM plus réfléchie qui borde celui des grands noms”

1 Cepheids 10:35 2 Luminous Sphere of Plasma 9:16 3 Euclida 8:43 4 Stars' Sons 12:36 5 Dying Star 12:09 6 Eclipsing Binaries 6:50 Alluste Music (CD 60:10) (Ambient sequenced rhythms)

Un long drone, une longue expiration torsadée et bourrée de souffre et d'iode envahit nos oreilles dès que les premières secondes de Cepheids percent le silence de STARS. Des larmes de synthés, un peu comme des soupirs célestes, tempèrent cette approche psychotronique tandis que de délicats pas de séquences grimpent un escalier imaginaire. On entend des clapotis de bois en arrière, ainsi que des nappes de voix, donnant une profondeur séraphique aux premières minutes de Cepheids qui déploie son armure de rythme ambiant avec un délicat de mouvement de balancier qui fait osciller doucement des séquences dans des brumes d'ivoire. Ce tic-tac prend la forme d'un doux galop intersidéral auquel il ne manque plus juste un élan concret alors que des nappes de synthé instaurent un climat de quiétude. Le mouvement des séquences se détachent de l'approche endormitoire du mouvement, traçant un rythme circulaire qui oscille avec plus de lourdeur, même un peu plus de vitesse, dans un pattern qui rappellera chez certains d'entre vous la structure de Vermillion Sands par Chris Franke. D'ailleurs c'est ce qui saute tout de suite aux oreilles en écoutant STARS; la similarité entre le synthésiste Italien et les harmonies séquencées, ainsi que les figures de rythmes, de l'ancien membre de Tangerine Dream. Et c'est encore plus perceptible dans le très beau Stars' Sons et sa première partie, plutôt ambiosphérique, qui est bourrée de romance et de mélancolie et où percussions électroniques et séquences sautillantes se chamaillent la seconde partie sous de bons solos qui s'enlacent dans des parfums de Pacific Coast Highway. Alluste franchit une nouvelle étape avec STARS! Celui qui affectionnait, il les affectionne toujours, une approche électronique axée sur les mouvements des séquences, tant au niveau des rythmes que des harmonies, vise ici un album où les synthés sont plus dominants avec de très bons solos et aussi de bons effets qui flirtent avec un univers propice pour une imagination débordante. Avec des introductions très ambiosphériques et des rythmes qui progressent avec leurs ombres et flottent dans les bruines du cosmos, Alluste offre un décor qui est autant lunaire qu'organique en plus d'effleurer avec justesse cet intermède où Tangerine Dream troquait l'analogue pour le numérique. C'est ainsi que des parfums de la période Jive flottent avec ceux qui ont guidés les premiers pas de Chris Franke en solo. STARS est évidement lié au cosmos. Et c'est sans doute l'œuvre la plus ambiocosmique du synthésiste Italien à date avec une pléthore de rythmes ambiants qui semblent tous naître des profondeurs du cosmos pour étaler leurs figures protéiformes dans des ambiances qui ne sont pas très loin de l'art ambiant psychotronique. L'ouverture de Luminous Sphere of Plasma nous entraîne dans un genre de forêt cosmique où vit en reclus une faune insectivore qui élabore un concert de drones pour larynx bien juteux. Des nappes de synthé fluorescentes étendent leurs voiles anesthésiant, alors qu'au loin des battements d'ailes et/ou des sourdes explosions éveillent un carrousel d'ions séquencés qui tournoie bien maladroitement. D'autres ions, plus musicaux, se joignent à ce ballet ambiant qui soudainement irradie de mille couleurs avec cette nuée de séquences aux tonalités et aux bonds disparates qui forme une cellule de rythme ambiant sous de denses nappes de synthé aux harmonies maintenant célestes. C'est du bon rythme ambiant qui, malgré une subtile éclosion de vélocité, respecte la signature des mouvements de séquences en spirale d'Alluste.

Idem pour Euclida où les séquences tintent comme des harmonies pincées comme avec une guitare. Les arrangements et les particules cosmiques font toujours Software, alors que les harmonies sortent irrémédiablement de la période Underwater Sunlight de TD. Le mouvement reste ambiant, malgré ses ritournelles de rythmes circulaires, avec des serpentins filiformes qui étendent des bouquets de synthé aux arômes psychotroniques; de nouveaux éléments de charme dans ce dernier album du synthésiste Italien. On reste dans le domaine des rythmes ambiants, des rythmes cosmiques planants, avec une structure lentement spiralée qui libère des filaments de séquences qui font délicatement alterner les battements de leurs ions dans la dense nappe ambiocosmique de Dying Star. J'aime cette façon dont Alluste joue avec les reflets de ses rythmes séquencés. Ça crée une impression de profondeur, tant au niveau des rythmes que ces mélodies brodées dans des séquences. Ici, le mouvement épouse un long parcours délicatement stroboscopique où se greffe des voix astrales et des lignes miroités de séquences qui ruissèlent comme une ondée de prisme stationnaire. Eclipsing Binaries sort du lot avec sa structure de rythme instantanée qui fait faire du rodéo à des ions rebelles. La ligne de séquence fait de longues boucles, disloquant ses ions qui se replacent dans une forme de cercle syncopé. Des nappes de synthé, aux harmonies cosmiques nasillardes, étendent des parfums soniques de la période Hyperborea, enterrant ce rodéo qui ondule comme un gros ver des sables avant que la vélocité s'empare de Eclipsing Binaries. Des basses percussions et des cliquetis de bois encerclent la marche plus véloce des ions séquencés alors que de doux solos parfument nos oreilles d'airs très électroniques et que de larges nappes maintiennent toujours l'esprit très cosmique de STARS, un bel album de MÉ qui gagne en intérêt à chaque nouvelle écoute. Le signe d'un compositeur mature qui aime sortir de sa zone de confort!

Sylvain Lupari (05/03/16) ***½**

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Disponible au Alluste Bandcamp

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