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  • Sylvain Lupari

ANDREAS MEYER: Irrgarten (2015) (FR)

De la MÉ minimaliste à son meilleur, Irrgarten enchante avec ses longues rivières musicales ornées de mille nuances et subtilités

1 Das Labyrinth 25:42 2 Reflexionen 12:36 3 Der Spiegel 13:05 Nord Music (DDL 51:23) (New Berlin School)

Il s'en créé de la MÉ dans les studios de Kontinuum Productions. À peine ai-je dégusté Elektronische Erinnerungen que je découvre ce IRRGARTEN. Et devinez quoi? Irrgarten 2 est déjà sorti! Évidement que certains seront très suspicieux, moi le premier, devant une telle avalanche de musique en si peu de temps. Comment accorder une crédibilité artistique à un artiste qui compose une symphonie électronique en même pas deux mois? C'est donc avec beaucoup de suspicion, de scepticisme, que j'aborde cet album, réalisé même pas deux mois après le très séduisant Elektronische Erinnerungen. Ce qui m'avait charmé dans cet album était les influences, rarissimes chez nos artisans contemporains, de la période In Blue de Klaus Schulze. Les séquences aux tonalités de verre trempé dans de l'argent et ces harmonies d'un synthé dont on ne distingue pas la flûte d'un saxophone alto sont toujours présentes dans les longues structures minimalistes qu'Andreas Meyer aime bien envelopper et développer. Pour les plus grand plaisir de nos oreilles.

Après les bourdonnements de longs woosh flagellés de lignes écarlates, Das Labyrinth déploie son arsenal de séquences avec des ions qui pulsent violemment comme un troupeau de doigts qui pilonnent une table jusqu'à se broyer les ongles. La signature minimaliste des séquences qui pointent le ciel et la terre à vitesse grand V sur des harmonies d'un synthé au doux parfum de Schulze dans les années In Blue envahit nos oreilles de ses charmes hypnotiques. Déjà la structure du séquenceur active ses ions qui font des ruades dans leurs tonalités de crystal sous les chaudes caresses d'un synthé aux solos harmoniques rêveurs. Des solos qui emplissent nos oreilles de doux parfums nostalgiques alors que tout lentement Das Labyrinth développe son mouvement minimaliste avec le plein de nuances dans le ton des séquences et du rythme qui s'engraisse avec de sobres percussions et une bonne ligne de basse. Et le mouvement devient plus riche, plus vif, avec de bonnes percussions tablas et une batterie plus dans le genre rock alors que les séquences hypernerveuses et le suave synthé aux solos aériens garde le cap de la MÉ contemporaine. Ce long mouvement fractionne ses charmes un peu après la 12ième minute, amenant Das Labyrinth vers une structure plus dégagée où nous sommes en mesure de mieux saisir tout le travail d'Andreas Meyer. Le rythme reste vivant, quoique soulagé de sa lourdeur. Une lourdeur qui revient peu à peu, reprenant ici et là les éléments enjôleurs de sa première partie. C'est tout un titre mes amis! On reste toujours dans l'art minimaliste avec Reflexionen et sa longue structure de rythme un brin spasmodique qui semble descendre comme une chute de séquences intarissable. Le mouvement progresse tout lentement sous les crissements de synthé avec des séquences qui détachent des ombres bourdonnantes. Les tons organiques enrichissent les ambiances qui deviendront subtilement funky vers la fin. Des coups de batterie basse enjolivent l'approche soporifique du mouvement qui dévie subtilement de son axe afin de proposer un mouvement légèrement zigzagant. La créativité d'Andreas Meyer sauve la mise ici avec un synthé qui libère des harmonies fantômes dont les roucoulements torsadés batifolent avec des effets de voix cauchemardesques. On a beau dire que le mouvement se répète inlassablement que le travail de séduction fait son œuvre avec ses inlassables ajouts qui font des structures minimalistes d'Andreas Meyer de beaux petits bijoux d'addiction. Nos oreilles avalent ce titre sans avoir la nausée pour la redondance. Idem pour Der Spiegel qui, après une ouverture nourrie par des vapeurs radioactives, offre une structure de rythme dont le léger galop est avalé par les multiples effets soporifiques des synthés. Les élytres métalliques crachent des tsitt-tsitt, aidant à amplifier cette perception de crescendo qui se vautre dans les douces caresses de synthés plus anesthésiant ici. Et même si ces synthés soufflent des harmonies d'éther des années Irrlicht, la structure de Der Spiegel reste à nos oreilles du déjà-entendu avec ces coups de basses percussions qui n'accélèrent pas la cadence mais qui maintiennent ce titre dans une enveloppe ambiante avec un synthé qui multiplie vers la fin de douces caresses enivrantes pour l'ouïe. Déjouant ainsi les vapeurs de redondances et d'ennuis qui font souvent les défauts des structures minimalistes.

Encore une fois, et ce même si on ne parle pas de coup de génie ici, j'ai été envoûté par les approches d'Andreas Meyer. Très habile dans sa façon de construire des mouvements sériels qui s'enrichissent avant que l'on s'ennuie, le synthésiste Roumain réussit à maintenir un intérêt avec une MÉ qui est très savoureuse dans ses habits de Klaus Schulze. Das Labyrinth est un monument. Le meilleur titre de IRRGARTEN et sans aucun doute la carte de visite d'Andreas Meyer pour nos oreilles.

Sylvain Lupari (10/02/16) ***½**

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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