• Sylvain Lupari

ARCANE: Perihelion E.P. (2015) (FR)

Perihelion doit être parmi la meilleure musique de cette ambiance analogue de la Berlin School qui m'a tant séduit au fil des ans

1 Perihelion-1 14:26 2 Perihelion-2 5:08 3 Perihelion-3 3:26 4 Perihelion-4 5:05 Paul Lawler Music

(DDL/E.P. 28:05) (Classical Berlin School)

Absolument! Pour reprendre les paroles de l'un des ses fans; Paul Lawler ne cesse d'étonner. Et ce même dans un créneau que plusieurs snobent parce qu'ils croient que le genre est épuré depuis des lunes. Superbe compositeur, musicien et synthésiste qui investit temps et argent à acquérir le meilleur de ces équipements sculpteurs de magie sonique, Paul Lawler façonne sons, rythmes, ambiances et harmonies qui sont au pinacle de nos visions les plus extravagantes. PERIHELION est le 2ième E.P. qu'Arcane chuchote à nos oreilles depuis 2015. C'est pas loin d'un album. Un album en deux volets, car si Aphelion surfait nettement sur les ambiances de la période dite Blue Years de Tangerine Dream, la musique ici embrase nos oreilles avec une musique plus chaude, plus chaleureuse où l'analogue nous transporte au cœur des années sombres de la MÉ, telle qu'imaginée par des albums aussi solides que Stratosfear, Sorcerer et la tournée Encore. Et, honnêtement!? Ce PERIHELION doit figurer parmi les meilleurs album de cette ambiance analogue Berlin School qui m'a tellement séduit au fil des ans.

La force d'Arcane, mis à part le forgeage de ses ions séquencés, est de savoir greffer des mélodies dans des ambiances qui sont parfois surnaturelles. Décortiquons Perihelion-1! Des bruits, des clapotis, des ululements de chouette, des voix éteintes et des pulsations; l'intro de Perihelion-1 nous plonge dans un marécage où règne une ambiance de zone embuée de poussières radioactives. Une superbe ligne de Mellotron s'arrache à ces ambiances et laisse flotter un embryon mélodique, comme un nuage étiolé par les vents, que des cordes de violoncelle érafle d'un lent mouvement de perversion. Ce qui saute aux oreilles; ce sont les ambiances. On fait abstraction des 40 dernières années et on jurerait que la planète musique n'a pas changée. Nous sommes vraiment aux orées des années 77 mais avec une touche de modernité qui est très perceptible à l'oreille. Le décor sonique est extrêmement riche. Ça prendrait 2 pages pour le décrire. Il n'y a rien de trop et chaque détail semble bien calculé. Une ligne pulsatrice fait sautiller un accord, alors que le Mellotron dégage un enivrant parfum de flûte. Tranquillement, Perihelion-1 prend forme. Une onde nasillarde accompagne ce genre de marche funèbre dont la mélodie semble liée à une litanie folklorique. Des claquements, certains diront des gaz feutrés, s'échappent et détournent notre oreille d'une ligne de séquences qui fait zigzaguer ses ions en arrière-plan. Des chœurs chtoniens étreignent la marche et d'autres percussions résonnent dans l'absolu discrétion alors que le rythme s'échappe avec plus de vélocité. Nous ne sommes plus dans du Tangerine Dream, on est dans du Arcane. Des nappes d'orgue croquent le rythme qui ondule dans la violence des papillonnements des ions et d'un pattern de séquences dont les accords roulent et fustigent le rythme comme des rafales de mitraillettes. Perihelion-1 n'explose pas. Il se réfugie dans une phase ambiante où un synthé pleure dans des bancs de brumes irisées qui sentent tellement les parfums de Rick Wright. Au loin, nous entendons ce bassin de prisme miroiter comme les mirages des séquences flottantes et surélevées des années 76/77. Une grosse ligne noire et résonnante tombe alors entre nos oreilles, extirpant le meilleur de nos souvenirs du Dream, alors que Perihelion-1 s'envole à grandes enjambées dans boucles oscillatoires aussi lourdes que vives. Des boucles qui montent et descendent dans les violences des pulsations d'une ligne de basse percussion dont les claquements et martèlements peinent à résister à cette furieuse approche de plancher de danse.

Le rythme lourd, vivant et agressif; Perihelion-2 se doit d'être considéré comme le prochain hymne de rock électronique. Le rythme est taillé dans l'enchevêtrement de séquences qui ondulent comme des papillons affamés, une ligne de basse stoïque et dévastatrice ainsi que de solides percussions. La portion mélodique est assumée par un autre décor désordonnée où sirènes, ondes vampiriques et solos de guitare aux harmonies spectrales vont et viennent sans jamais dompter la sauvage approche de Perihelion-2. C'est mon titre préféré, alors que plusieurs ne jurent que par Perihelion-1. Mais les deux sont très différents et toute comparaison de favoritisme me semble injustifiée. Perihelion-3 offre une approche indécise, un brin sournoise. C'est la musique la plus près de Tangerine Dream ici. Le rythme palpite avec des battements furtifs. Ils arrêtent et repartent aussi sèchement dans les cendres de mélodies moqueuses alors qu'une autre ligne de séquences joue de la castagnette avec des ions qui zigzaguent continuellement dans un décor sonique que l'on peut aisément identifier à un désert torride où les scorpions font la danse de la séduction. Perihelion-4 est aussi virulent que le 2, mais aussi plus fluide avec une structure de rythme nouée de vives oscillations qui ondulent dans un décor où les ambiances et les mélodies se toisent et fusionnent dans des parfums qui ont déjà embaumés les décors soniques de Phaedra. C'est très bon. En fait, PERIHELION est plus que très bon. C'est un splendide E.P. qui prouve qu'Arcane, de par la magie de Paul Lawler, ne cessera d'étonner et ce même dans un créneau que plusieurs boudent ou encore regardent de haut parce qu'ils croient, à tort, que la mare est asséchée. Moi! Je vous mets au défi d'essayer ce PERIHELION...

Sylvain Lupari (25/06/15) *****

SynthSequences.com

Disponible au Paul Lawler Bandcamp

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