© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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BATTERYDEAD: Yield to Gravity (2016) (FR)

C'est une MÉ moderne où les éléments de danse côtoient ceux de la Berlin School au niveau des séquences et des ambiances

1 What if not 5:57 2 Eisblumen 6:13 3 Butterflight 5:35 4 This one Place 6:04 5 Jet Stream 5:10 6 Magic Lanterns 7:48 7 Sublime Sunset 5:28 8 Endless Restlessness 7:11 9 Too much Coffee 4:01 10 Expectations 5:43 11 Spring Breeze 4:58 MellowJet Records | cdr-bd1601 (CD/DDL 64:07) (EDM, New Berlin School)

J'aime ces genres d'albums qui à la première écoute vous laisse de marbre et par la suite vous séduit tranquillement. J'ai la chance de faire un truc que j'aime; chroniquer de la MÉ. Ainsi je dois décortiquer patiemment chaque nouvel album que je reçois en multipliant les écoutes. Certains albums passent tout droit, alors que d'autres finissent par trouver des oreilles très intéressées. C'est le cas de YIELD TO GRAVITY, premier album de BatteryDead sur l'étiquette MellowJet Records. Le premier constat est que Christian Ahlers a modifié quelque peu son approche pour adopter un style d'EDM aussi séduisant que celui de Moonbooter, à cet effet Endless Restlessness sonne comme un remix du trop bon Adieu de Moonbooter. Ça, c'est le deuxième constat!

What if not peut déstabiliser avec son approche très Jean-Michel Jarre et ses rythmes de danse tropicales de En Attendant Cousteau. Gros soupirs électroniques, percussions qui émiettent ses échos et effets vampiriques; cette introduction d'ambiances Jarre nous séduit. Et alors que le synthé dort et échappe des ronflements statiques, le rythme s'éveille peu à peu. Forçant un down-tempo amorphe, il s'enrichit d'effets de voix éthérées. Les battements restent délicats et on entend une fragile mélodie offrir des notes effacées qui scintillent dans une mosaïque de battements, de pulsation et de séquences stroboscopiques. C'est alors qu'une douce voix suave à la Enigma chatouille nos oreilles, enracinant What if not dans son enveloppe d'EDM statique. Disons qu'à la première écoute, mes oreilles étaient en mode suspicion. Mais ça été tout le contraire avec Eisblumen! Se nourrissant des souffles de la finale de What if not pour démarrer, le titre explose avec une ligne de rythme stroboscopique dont les premières saccades soulèvent des élytres de métal. Une deuxième ligne affiche plus de puissance, soulevant donc des percussions qui claquent mais qui restent figées dans un immense magma de secousses. Des voix viennent cajoler ce rythme très solide lorsque les percussions dirigent la destinée rythmique de Eisblumen qui devient une superbe fusion entre l'EDM et le rock électronique un peu teinté des éléments de la New Berlin School. L'effet des voix ici est très séduisant. Butterflight propose une approche plus danse avec une structure de up-tempo. La basse rampe langoureusement sur un rythme tout de même assez délicat noué de soubresauts et orné de tintements, de discret riffs de clavier, d'effets cosmiques et d'attrayants effets de percussions. This one Place suit avec un rythme tissé dans de lourdes et vives saccades pulsatrices qui serpentent le matraquage des percussions avec des filaments stroboscopiques. De fascinantes séquences qui pirouettent comme un banc de poissons argentés devant un prédateur ajoutent une profondeur plus limpide à ce rythme de plomb et la mélodie qui décore cette ossature de rythme s'apparente à celles que l'on entend avec du Moonbooter. This one Place détend les ambiances dans une brève phase ambiosphérique avant de reprendre son rythme assez enlevant je dirais. Disons que c'est un titre qui fait bouger les pieds assez facilement! Jet Stream est plus lent mais non moins entraînant. Ici les effets font la loi, d'où une 2ième et même une 3ième écoute avant de tomber sous ses charmes. Les percussions secondaires et leurs effets de crotales, les accords qui émiettent leurs airs en écho ainsi que les séquences qui papillonnent d'admiration devant ces effets finissent par attiser la curiosité de l'ouïe. L'effet est encore plus saisissant avec les oreilles bien emmitouflées dans un casque d'écoute. Effets psybient sur un rythme délicat qui fait tambouriner nos doigts, effets de saccades stroboscopiques qui survoltent quelques accords fragiles, Magic Lanterns nous ramène dans l'univers de Sands of Deception. La basse est efficace et pousse le rythme vers un bon up-tempo cosmique. Ça aussi, ça demande plus qu'une écoute. Idem pour Sublime Sunset qui est lourd et sans rythme. Comme une peu rythmique à l'agonie, Sublime Sunset se sert de ces phases d'ambiances pour reprendre un peu de vigueur. Endless Restlessness dépose, sur un rythme plus lourd, les bases d'harmonies, quelque peu modifiées, de l'excellent Adieu que l'on retrouve sur l'album Still Alive. On devine qu'avec Too much Coffee ça ne sera guère reposant. C'est un bon up-tempo dans tout ce qu'il y a de plus danse. Pas trop violent avec un jeu de séquences spasmodiques et de bonnes percussion. La mélodie est enracinée dans un clavier assez sobre et le rythme clopine avec de délicieux bump organiques. La 2ième partie est la plus entraînante. Expectations est dans le registre du bon BatteryDead avec une approche très psychédélique où le rythme vit, et progresse faiblement, au-dessous d'une faune de bruits et d'effets électronique. Entraînant, comme une danse où l'on tournoie dans un cosmos de bruits bigarrés. L'approche de Spring Breeze détonne. Le son est plus clair et nettoyé des effets de bruits de l'univers BatteryDead. Ça donne un joli up-tempo, cousu dans une fusion de battements divers qui sautillent dans les ombres des uns et des autres, avec une mélodie qui prend tout son lustre dans une courte phase ambiosonique.

Le passage de BatteryDead chez MellowJet Records donne un album dont les essences de psybient de Christian Ahler sont mieux définies, plus détaillés et moins moirés. Mais YIELD TO GRAVITY est toujours dans le même moule que Shades. Soit un album qui présente 2 à 3 titres qui accrochent à la première écoute et où l'on déguste les autres titres avec plus d'appétit au fil d'écoutes subséquentes. C'est de la MÉ moderne où les éléments de danse côtoient ceux de la Berlin School au niveau des séquences et des ambiances. Somme toute; un album qu'il faut apprivoiser pour en apprécier sa juste valeur.

Sylvain Lupari (17 Juillet 2016) ***½**

SynthSequences.com

Disponible chez MellowJet Records