• Sylvain Lupari

BERND KISTENMACHER: Head-Visions (1986/1997) (FR)

Véritable chef-d'œuvre, Head-Visions est l'album de Bernd Kistenmacher qui ressemble le plus à un album de Klaus Schulze

1 Rücksturz 24:50 2 Quitting Time 14:24 3 La Tendresse 12:57 4 Dreamdance (Bonus track) 11:51 MIR Records

(DDL 64:35) (Vintage Berlin School)

Après la parution de trois cassettes (Dream Sequence, Music from Outer Space et Romantic Times), Bernd Kistenmacher réalise son premier album; HEAD-VISIONS. Considéré par plusieurs adeptes de MÉ de style Berlin School comme étant sa plus grande œuvre, ce HEAD-VISIONS n'a pas vraiment passé le test de ma première impression. Un album qui m'a demandé des efforts et quelques écoutes avec son approche qui était dans la continuité des expériences musicales cosmiques et psychédélico-électroniques des années 70.

Rücksturz est un long titre enivrant et envoûtant à évolution lente. Il ouvre avec des accords hésitants aux teintes rêveuses, voire mélancoliques qui flottent dans un épais brouillard cosmique dont les opaques ondes sonores oscillent entre une approche mélodieuse et des vapes psychédéliques. Cette intro aux sentiers musicaux hybrides s'agite en douceur sur une ligne de basse aux pulsations tambourinées et un prisme d'accords minimalismes qui percent les secrets d'un synthé imbibé de lourds voiles enveloppants et de ses lents dénouements sinueux, dont les longs solos spectraux s'entortillent autour d'un rythme progressif et hypnotique. Une percussion de style cloche à vaches approfondit la structure rythmique qui reste tout de même assez lente, lourde et ambiguë, roulant en boucle sous les charmes des voix célestes qui murmurent une impassibilité onirique. Peu à peu les vagues de synthé qui s'empilent et s'enroulent inlassablement nuancent la cadence pour épouser une phase plus soutenue, grâce à une ligne de basse plus dégagée qui ajoute ainsi une approche chaleureuse à un long titre très tétanisé. Un long titre qui demeure somme toute passif sur une structure très hypnotique truffée de longs et sinueux solos d'un synthé dans la plus pure tradition de vintage Berlin School de l'ère Klaus Schulze, de Timewind à Body Love. De fines ondes synthétisées s'enroulent et s’enchaînent en ouverture de Quitting Time, créant une hypnotique mélodie minimalisme qui vogue sous un ciel strié de solos d'un synthé fantomatique. Coupée par une vague incisive, cette intro plonge dans un mouvement frénétique où des accords s'entrechoquent dans de vives oscillations saccadées qui ondulent d'un envoûtant rythme hypnotique sous les brumes d'un Mellotron brumeux et des solos torsadés d'un synthé mélodieux. Ce long titre minimaliste échappe de fines variances qui embellissent une écoute hypnotisée par une intense richesse harmonique d'où fuse d'étonnants solos d'un synthé aux sonorités très Schulzienne, période Irrlicht et Blackdance. La Tendresse nous amène dans les territoires plus abstraits d'HEAD-VISIONS. C'est une longue berceuse nourrie de tonalités ocrées qui épousent un oblong et silencieux vent de délire métallisé. Finement ce nuage sonore éclectique se dissipe pour laisser entrer une douceur aux tonalités astrales qui baigne dans les antres abyssales d'un synthé aux brumes industrielles et un mellotron aux caresses enveloppantes. C'est du Berlin School psychédélicosmique et planant. Enregistré en 1990 lors d'un concert à Berlin, Dreamdance est offert en bonus avec la réédition cd. Un titre un peu à l'image de Quitting Time, mais en version plus éthérée et moins tétanisée avec des vagues de synthé qui s'enchevêtrent et créent un doux lit d'oscillations qui roulent en boucles sur une belle et chaleureuse ligne de basse. Doucement le tempo devient plus dense sans jamais déborder de son cadre chaleureux, grâce à un superbe mellotron flûté qui ensorcèle agréablement l'écoute.

On dit d'HEAD-VISIONS que c'est l'œuvre de Bernd Kistenmacher qui ressemble le plus à Klaus Schulze, tellement qu'un fan Australien lui a déjà dit que c’était le meilleur album fait par …Schulze! On ne peut nier la ressemblance avec les œuvres de Schulze, mais HEAD-VISIONS demeure unique à cause de sa sonorité très ocrée qui insuffle une onde de paranormale à un album qui mélange audace et mélodies avec ses synthés absolument divins. Un incontournable pour les fans de MÉ analogue ambiante guidée par des rythmes nuancés de style Berlin School.

Sylvain Lupari (28/03/10) *****

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Disponible au Mir Records Bandcamp

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