• Sylvain Lupari

BODDY & MULLANEY: Smoke & Mirrors (2021) (FR)

A recommander sans hésiter, il fait partie de mon top 10 de 2021!

1 Forever 8:22

2 First Steps 7:22

3 Curve 13:05

4 Orthogenesis 16:28

5 Noise Lab (Part One) 3:58

6 The Next Step 9:18

7 Time 4:06

8 Paradigm Shift 10:07

9 Noise Lab (Part Two) 4:01

10 Vanguard 9:31

11 Run the Clock Down 8:50

DiNDDL280

(DDL 95:12)

(England School, EDM)

Enregistré lors d'un concert performé le 18 novembre 2017 au Capstone Theatre de Liverpool, SMOKE & MIRRORS est le résultat d'une imposante muraille d'équipements de musique électronique (MÉ). Les systèmes modulaires Serge, VCS3 et le French Connection Ondes Martenot sont au cœur d'un concert largement dominé par les percussions électroniques du

Elektron Digitakt Drum machine et du Korg Wavedrum, ainsi que le séquenceur. Sans oublier que Ian Boddy et Nigel Mullaney ont aussi amené leur clavier Moog chacun. Et cet attirail phénoménal n'était pas là pour parure. Oh que non! Le duo Boddy & Mullaney nous en met plein les oreilles dans un voyage sonore défiant encore plus les pouvoirs et limites de notre imagination. Des effets sonores repensés et adaptés à une MÉ dont les pouvoirs de séduction sont transcendés par l'art du modulaire. Les percussions et les effets de percussions, de même que ceux qui ont une portée plus percussive, alimentent une faune sonore qui va au-delà de ce que nous pouvions espérer entendre. Les rythmes offerts par le duo Anglais sont entraînants en ayant non seulement des tendances et des styles variées, mais aussi des tonalités et des accessoires aussi organiques que mécaniques qui attisent notre désir d'aller à la découverte de ce majestueux album de plus de 95 minutes. Et pas question de perdre une seule seconde de créativité dans SMOKE & MIRRORS! L'album en déborde autant que nos oreilles…

Des vents violents, des bises sifflantes et un typhon provenant des interstices des synthé modulaires envahissent les premiers moments de Forever. Les chants des dauphins, truqués par les Ondes Martenot, sont perçants et coulent avec une fascinante vision harmonique dans une masse sonore légèrement contaminée par diverses radiations. Purement atmosphérique avec une pureté dans les ondes et les zéphirs, ce titre introductif met en scène les voix de l'astrophysicien Neil deGrasse Tyson et du philosophe Alan Watts qui flottent et récitent un poème de W. H. Auden, If I Could Tell You. Ces voix qui reviendront sur Time. Après une courte introduction basée sur des torsions et des gargouillis des machines, First Steps propose un rythme entraînant avec des frappes de percussions électroniques vives et concises. Les synthés tissent un filon harmonique complexe avec des lignes qui entrecroisent leurs airs avec l'ajout d'autres éléments percussifs. De dénudée, je pense à Let's Dance de Bowie, la structure de rythme prend son assurance avec une ligne de basse. Ses pulsations caoutchouteuses solidifient un rythme qui a tendance à déraper avec ces percussions aux frappes aléatoires. Et même indisciplinées, ces percussions et séquences de rythmes s'éclatent toujours un peu plus, modifiant ossature et parcourt afin de laisser le plus de latitude aux solos pleureurs des Ondes Martenot. Ces ondes apportent nuances et contrastes à l'entièreté de SMOKE & MIRRORS, amplifiant ainsi la portée de leurs ver-d'oreilles. On se dirige vers Curve et ses discrets accords tintant dans un univers qui se crée entre nos oreilles. Des filets torsadés, des réverbérations roulant comme un silencieux troué, des effets de contorsions et de contractions sonores nourrissent les 3 premières minutes d'une texture sonore qui flirte avec le psybient. Les effets de jeu vidéo futuriste abondent ici, comme partout autour de l'album. Par la suite, le rythme nous surprend avec un bon élan entraînant armé de pulsations et de percussions caoutchouteuses. Un clavier libère des arpèges frivoles qui tournoient sous des nappes de brume légèrement orchestrales et sur une faune d'éléments percussifs toujours en expansion. Curve accroît sa vélocité et son intensité après la 6ième minute. Le rythme est aussi entraînant que la mélodie qui tinte avec la promesse de nous démanger les tympans quelques souvenirs plus loin. Le titre exploite une finale commune à bien des titres performés lors de ce concert où les rythmes ne veulent s'éteindre, même en présence des multiples chorégraphies harmoniques et abstraites des synthés. Orthogenesis propose une lente introduction où les synthés tissent des lignes et des vents qui sont aussi nébuleux que mélodieux. Une ouverture perturbée aussi par des claquements venus d'ailleurs. Si les délicats solos sont enchanteurs, les drones et effets sonores en épousent la courbe. C'est au bout de 5 minutes qu'une ossature de rythme défend son approche Berlin School dans une phase qui n'est pas sans rappeler l'intérêt de notre ami Ian pour le genre. Les solos de synthé sont harmonieux et coulent sur une structure de plus en plus colonisée par une excellent vision rythmique. Et ça aussi c'est à la grandeur de SMOKE & MIRRORS. Le séquenceur nous guide vers une courte phase de transition, toujours animée de percussions et de séquences, autour de la 10ième minute. Assez de temps pour que Orthogenesis se regénère dans une seconde partie plus près du rock électronique Anglais croisé à de l'EDM.

Noise Lab (Part One) 3 est un prélude perturbateur aux pulsations rapides et soutenues qui propulsent aussi The Next Step sur un plancher de EDM. Le rythme est puissant et vrombit entre les oreilles autant que sur les murs et le plancher avec une palette de tonalités, et d'éléments percussifs, qui transcende l'usuel univers du psybient. Une mélodie flûtée repose sur cet embranchement rythmique sophistiqué qui recherche constamment sa validation auprès des oreilles obnubilées par cette imposante capacité rythmique au point d'oublier les textures des lignes de mélodies spectrales et lunaires. Les battements s'essoufflent lorsqu'on arrive à la porte de Time où les chants des baleines intersidérales (lire Ondes Martenot) naviguent dans une phase atmosphérique mise à mal par des percussions rebelles. Une voix refait surface pour laisser entendre un peu mieux ce poème de W. H. Auden. Les premiers battements de Paradigm Shift créent une procession où les synthés gémissent comme des sirènes cherchant à nous envoûter. Une ligne de basse vibrionne sur un axe rythmique qui s'apparente à un bon rock nu-vite. Sa masse sonore amplifie un remous qui s'étend en une spirale horizontale, ajoutant à Paradigm Shift une profondeur qui n'a d'égale que la gourmandise de nos oreilles. Les chants des ensorceleuses sont entrecoupés de belles bribes de mélodies poussées par de beaux arpèges sur un rythme qui claque de ses audaces métalliques et dont la ligne de basse ondule plus férocement. Les nappes de zéphir accompagnent la fluidité rythmique sur une distance dépassant les 8 minutes, alors que la finale se fond dans les ambiances sibyllines et chtoniennes de Noise Lab (Part Two). Vanguard termine ce concert sur une note plus sobre, plus équilibrée. Le rythme accélère la cadence avec des percussions qui pétillent dans des rafales de plombs percussifs, alors que le jumelage percussions et basse-pulsations séquencées structure une impulsion propice aux ambiances d'un jeu vidéo. Explosions, mitraillettes et autres pastiches du genre foisonnent dans un passage qui révèle adéquatement les imposantes dimensions de cet album. Run the Clock Down est le rappel de ce concert. Son ouverture cosmique débloque sur une série de battements de basse-pulsations où se greffent des accords séquencés en une boucle qui refuse de se défaire. Nerveuse, l'enveloppe rythmique vivote jusqu'à ce que des percussions structurent le tout en un bon rock électronique enlevant. Le pouvoir des arpèges est fascinant sur cette structure où j'entends même les inspirations de Mark Shreeve flotter comme le fantôme d'un ami pas trop loin de la coupe de créativité du duo Boddy & Mullaney. Les ondes du French Connection Ondes Martenot gémissent comme des spectres à la recherche de leur corps sur un bref passage atmosphérique avant que Run the Clock Down explose comme un gros England School à la Arc. Une finale à la hauteur d'un magnifique album qui est disponible tout à fait gratuitement sur le site Bandcamp de DiN jusqu'à la fin décembre. À recommander sans hésitations, ce SMOKE & MIRRORS appartient à mon top 10 de 2021!

Sylvain Lupari (21/12/21) *****

SynthSequences.com

Disponible au DiN Bandcamp

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