• Sylvain Lupari

BODDY & REUTER: Colour Division (2013) (FR)

“Il y a des odeurs de Derwish ici et c'est correct, tellement que les deux œuvres se complètent en raison de leurs particularités sonores”

1 Borderlands 7:39 2 Colour Division 9:10 3 Crescent 8:18 4 Fulcrum 6:57 5 Reveal 6:57 6 Beacon 9:05 7 Slowfall 4:32 DiN43

(CD/DDL 52:54)

(Prog EM, Ambient)

J'ai vraiment aimé la dernière collaboration Ian Boddy & Markus Reuter. Dervish était un album audacieux où des structures électroniques abstraites volaient sur des rythmes tranchants, un peu comme dans l'univers de King Crimson. COLOUR DIVISION s'abreuve de ce même environnement. Si les rythme sont moins percutants, les ambiances sont toujours aussi intrigantes, voire mêmes dérangeantes. Chronique d'une œuvre séductrice où la musique fait plus que dessiner des harmonies. Elle les cimente habilement dans un univers musical fait d'abstractions.

Un synthé ronfle sans vergogne. Laissant filer ses ronflements qui se gonflent en longues torsades aux contours résonnant, il invite les lamentations de la six-cordes de Markus Reuter à tisser une ouverture ambiosphérique qui coule sur un lit d'arpèges scintillants et se jette dans un rythme lourd, martelé de percussions électroniques et de leurs effets d'écho. L'hymne de rock lourd rappelle Home by the Sea de Genesis. C'est un rythme qui disperse sa lourdeur dans des phases ambiantes, là où scintillent des arpèges de verre et pleurent des solos de guitare passifs, pour renaître de ses frappes incisives et transporter Borderlands vers un lourd rock électronique industriel progressif qui embrasse les folies herculéennes de King Crimson. Les solos, tant d'Ian Boddy que de Markus Reuter, ornent une ambiance survoltée qui place déjà cet album dans une classe à part. Après ce premier titre lourd, la pièce-titre nous plonge dans des phases ambiosphériques. Un trou noir sonore où de sombres lignes pleureuses structurent un pattern ambiant qui supporte à merveille les solos planants, rêveurs et parfois déchirants d'un Markus Reuter aussi inspirant qu'inspiré. Un très beau titre qui met la table à la phase ambiante de cet album. De denses voiles de synthé enveloppent l'introduction de Crescent, pareille à une nuit qui se recouvre de sa noirceur. Les deux premières minutes sont stupéfiantes avec lente montée nocturne. Une délicate ligne de basse dessine un faible rythme lunaire que des strates d'une fusion guitare/synthé caressent de douces lamentations. C'est de l'ambiant cosmique qui s'enfonce graduellement dans une mer noire où oscillent des vagues agitées de spasmes contraires. Comme des carillons qui tournoient dans des vents statiques, une petite symphonie de tintements éveillent Fulcrum. C'est le calme avant une tempête sonore, car Fulcrum se voile d'une schizophrénie sonique qui dévisse les tympans. Des riffs de guitares rugissent derrière ce canevas de verre et plonge le titre dans une lourdeur rythmique où des pulsations moulent un lent rythme furtif. Un rythme qui bat sournoisement dans une ambiance noire tapissée de cognements insistants, d'explosions feutrées, de riffs rageurs et de lamentations d'une guitare corrosive qui ulule d'une intense douleur sonique. C'est assez intense, tout comme Reveal, et ce même si les deux structures sont totalement à l'opposé. C'est une litanie électronique ambiosphérique où on peine à cibler les lamentations spectrales du Serge Modular d'Ian Boddy des pleurs fantomatiques de la six-cordes errante de Markus Reuter. Le mouvement respire d'un rythme fantôme par le biais d'une ligne de basse qui pulse comme un beat à l'agonie. Dérangeant de magnétisme! Le principal attrait sur cet opus est cette constante dualité entre les synthés et les guitares qui embrouillent l'ouïe, tellement les tonalités se moulent dans une fascinante symbiose. Comme dans Beacon où elles pleurent dans les brouillards des percussions et des cliquetis feutrés. Des percussions qui peu à peu se détachent et structurent un rythme qui éclate comme un pop-corn dans une éprouvette. La ligne de basse est vicieuse à souhait et ondule sournoisement sur cette structure de rythme aussi insaisissable qu'indéfinissable, alors que chantent, où pleurent, ce fascinant maillage synthé/guitare. Slowfall termine cette dernière œuvre du duo avec une sombre structure ambiosphérique un brin apocalyptique où flotte une odeur de désastre, brillamment peinte par cette envoûtante fusion de tonalités éclectiques.

Mélangeant subtilement les rythmes lourds à des ambiances métaphysiques industrielles, Ian Boddy et Markus Reuter signe un 4ième opus qui respecte les territoires artistiques insoumis du duo aux visions musicales très avant-gardistes. Il y a des odeurs de Darvish derrière COLOUR DIVISION et c'est correct comme ça, tant les deux œuvres se complètent de par leurs particularités soniques. Même si les rythmes sont moins lourds, moins percutants, les ambiances sont de plomb. Et la chimie entre ces rythmes et ces ambiances est aussi séduisante que l'eau chantant sur des coraux corrodés. Un régal pour les oreilles!

Sylvain Lupari (25/09/13) *****

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Disponible au DiN Bandcamp

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