• Sylvain Lupari

BODDY & REUTER: Stay (2017) (FR)

“Stay est un opus ambiant très imposant où Ian Boddy reste ce musicien pour qui relever un défi devient une banalité”

1 Waken 8:18 2 Haze 9:41 3 Vesper 10:02 4 Shore 9:05 5 Aeolian 9:30 6 Stay 9:09 DiN DDL19

(DDL 55:48) (Dark ambient floating music)

Un peu comme Derwish versus Unwound, STAY est la face cachée de Momento. Lors des sessions d'enregistrement du 5ième album du duo Boddy/Reuter, il restait encore du matériel qu'Ian Boddy a retravaillé et mixé dans une approche nettement plus ambiante. Même si l'album est totalement dénudé de rythmes, nos sens voyagent avec les lentes impulsions des lignes de synthé et de leurs longilignes tortillages qui s'entremêlent comme dans une chorégraphie où danseurs et danseuses sont portés par les toiles du cosmos. Et ce même si Momento n'a absolument rien à voir avec le vide intersidéral. Je trouve que c'est un très bel album de musique ambiante avec un fascinant aspect harmonique et même des passages poignants qui se dissimulent derrière un amas de lignes de synthés et/ou des guitares de Markus Reuter qui me semble moins présent sur cet autre côté de Momento.

Un murmure de synthétiseur pleure en ouverture de Waken, entraînant dans son nostalgique sillon une infime quantité de lignes dont les larmoiements et solos sont plus discrets et un peu plus sombres. Cette dualité entre les couleurs des oraisons flottantes du synthé assaille nos oreilles avec les charmes harmoniques des Ondes Martenot et plongent nos sens dans une profonde méditation astrale. Haze flotte aussi dans un cocon cosmique, mais avec plus de lenteur et plus d'intensité dans ses oblongs mouvements. L'effet d’apesanteur et de flottement dans l'espace est très saisissant. Vesper est tout aussi intimidant pour les oreilles des autres avec ces lents mouvements de dérive cosmique qui laisse une empreinte plus géante à cause la présence des ondes du modulaire Serge. Le mouvement atteint des sommets d'intensité sonore unique aux graves tonalités du Serge Modular, un synthé qui peut offrir deux figures, deux harmonies contrastantes dans le même sillon. Shore est tout autant auguste avec ses parfums de Steve Roach et Michael Stearns dans un même combat où les harmonies sibyllines ont des reflets argentés. C'est un très beau titre, mon préféré, où notre subconscient peut percevoir des nappes voix aussi discrètes que les murmures des fées. Malgré sa douceur, Aeolian se développe avec une intensité qui atteint des nouveaux baromètres ici. Très imagé, le titre décolle avec douceur, percute des brises violentes et se referme tout en douceur. Stay est le titre le plus dérangeant de cet album avec ses lourds bourdonnements qui traversent des espaces de quiétude. Un peu comme un ciel noir qui menace la tranquillité d'un site de recueillement. Pour ma part, j'ai trouvé STAY très imposant! Ian Boddy poursuit ici cette aventure de MÉ méditative exploratoire, à essence très cosmique, qu'il a développé d’une façon plus soutenue avec la venue de son étiquette Din DDL. Toujours très habile dans l'art d’exploiter les frontières de la musique ambiante avec une touche de musicalité, de par les innombrables solos flottants, et avec un côté mélodieux qui sied très bien à cette fascinante idée aventureuse de démanteler et d'amender une version et une vision d'une œuvre antérieure, Ian Boddy reste un musicien plein de ressources pour qui un défi devient une banalité. Sylvain Lupari (27/09/2017) ***** SynthSequences.com Disponible au DiN Bandcamp

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