• Sylvain Lupari

BRENDAN POLLARD: Isolated Passages (2020) (FR)

Updated: Feb 16, 2021

Il n'y a pas de temps morts ni vides dans les 77 minutes de Isolated Passages qui est une pure merveille des rythmes séquencés de la Berlin School

1 Sun 11:03

2 Flow in 3 25:01

3 Flow part 1 13:22

4 Inability Capability 12:24

5 Journey 7:48

6 Section from "For Max" 7:30

7 Extracts from all tracks 2:46

Acoustic Wave Records ‎– AW017

(CD/DDL 77:21)

(Berlin School)

Ce n'est pas tous les jours qu'un nouvel album de Brendan Pollard nous soit présenté. ISOLATED PASSAGES, comme des passages isolés sur différentes plateformes numériques depuis Octobre 2018 à Avril 2006, rattache près de 15 ans entre Live in Concert 2006 et ce dernier album du synthésiste Anglais. Entretemps, il a noué ses visions et son instinct avec des artistes comme Free System Projekt, Javi Canovas, Adrian Dolente et Michael (Hashtronaut) Daniel. Trois splendides albums ont été produit lors de ces années, soit de 2009 à 2013; Two Roads, Mind out of Time et Time out of Mind. ISOLATED PASSAGES est construit autour de 5 longs titres inspirés du modèle exploratoire-improvisé de la Berlin School. Chaque titre est issu d'une prestation en concert et/ou en studio et privilégie des structures de rythmes minimalistes et hypnotiques d'un bon Berlin School arrosé de superbes solos de synthé et/ou de Mellotron. Aficionados d'un genre scellé dans les années 70, Brendan Pollard nous en met plein les oreilles et prépare son retour avec 5 excellents albums en 2020.

Joué lors d'un concert sur Facebook en Mars 2020, Sun députe cet album-retour de Brendan avec panache! Un gros souffle flûté du Mellotron chante sur de lourdes pulsations pleines de jus radioactif, nous rappelant la période Peter Baumann du Dream. Brendan Pollard ne perd pas de tout pour tenir son auditoire éveillé avec un séquenceur qui dribble ses billes sauteuses sur cette procession toujours amplifiée par les résonnances des pulsations séquencées dont leurs ombres sont imitées par des claquements métalliques. Gracieusement, Sun entreprend son exil vers les territoires de la Berlin School avec des ruades savamment tressées par le séquenceur. Ce rythme stationnaire migre avec de lents mouvements oscillatoires, au niveau structurel, mais avec un bon débit au niveau du séquenceur qui tient nos neurones en éveil. Maintenant, comme Brendan Pollard est l'un des plus beaux architectes contemporains dans les structures vintages, il insuffle à ce rythme électronique ces lignes intrinsèques au genre avec des nappes de Mellotron, des solos de synthé, dont certains sont mélangés aux chants errants de ce Mellotron, ainsi que des lignes de rythme qui viennent de tout côté, enrichissant le décor de Sun d'une profondeur que l'on trouve rarement ailleurs si ce n'est qu'avec Arc qui détient toutes les richesses au niveau des équipements que Brendan possède. Un excellent titre qui débute assez bien ISOLATED PASSAGES. Flow in 3 nous vient d'une autre performance sur Facebook qui est toute récente, soit le 5 Avril dernier. Une rivière d'arpèges miroitant chante comme des goélands électroniques au-dessus des arrivées des grosses vagues massives qui bordent l'Angleterre. Une réverbération sournoise et un chant fragile du Mellotron ornent cette ouverture jusqu'au pont des 4 minutes, moment où le séquenceur libère sa ligne de rythme à laquelle il y manque un ion sauteur. Ce faisant, le mouvement devient inégal, spasmodique et s'appuie sur cette ligne de basses pulsations tout en étant recouvert de ce sublime Mellotron et de ses brises brumeuses. Des effets percussifs étreignent une section rythmique qui flirte avec celle de Sun, mais avec une présence plus sibylline au niveau des voix de la chorale. Et comme un papillon musical, Flow in 3 arrive à sa mutation autour des 11 minutes. Pour y arriver, il a dû assouplir sa parure convulsive afin de glisser ses ions qui entre en période de transition pour en ressortir aussitôt avec un mouvement plus fluide. Les oscillations viennent vite! Dans une alternance équilibrée, le séquenceur crache ses billes sauteuses qui suivent un parcourt avec de fines nuances dans son design sous une horde de lignes de Mellotron. Et toujours ces percussions aux tintements de métal en brosse qui épousent la courbe des basses pulsations. Elles restent l'ossature rythmique de ce long titre qui hérite d'une dernière mutation, plus linéaire, avant de sombrer sous les gaz et les flûtes d'une phase chtonienne. C'est 36 minutes de Berlin School pure que BP vient de coller dans nos oreilles.

Flow part 1 présente une vision alternative qui a été sculptée en studio le lendemain. Son ouverture est tissée dans une lourde nappe de réverbérations où se cache une mini chorale chantant des odes chtoniennes. L'orgue est riche de sa présence ténébreuse et tout est plus onctueux au niveau sonore alors que le rythme. Le rythme s'installe autour de la 5ième minute. Les nuances de la première versions sont mieux définies ici alors que l’on sent un peu mieux l'effet caoutchouteux du rythme. Les effets percussifs sont aussi mieux définis. En fait, c'est comme prendre les 11 premières minutes de Flow in 3 et de les enrichir avec de bons solos de synthé et d'ondes brumeuses du Mellotron et de sa flûte onirique. Je n'ai jamais trouvé Flow in 3 trop long, mais j'admets que cette version est nettement supérieure à ces 11 premières minutes. Joué et enregistré en studio en Octobre 2018, Inability Capability est en mode rythme ambiant dès le début. Un rythme lent, emprunté à l'esquisse de Flow part 1, qui augmente constamment sa vélocité pour atteindre un mouvement plus entrainant pour les neurones et les doigts tapotant. Une ligne de séquences papillonnant s'incruste à ce second élan sous les caresses d'une brume fredonnée du Mellotron et de ses chants flûtés. Et toujours ces percussions feutrées et gazées de son écho l'accompagnent dans son essoufflement. Enregistré lors de cette même soirée, Journey utilise aussi l'effet entrainant de ces percussions sur un mouvement vif du séquenceur. Noué entre une ligne de basses séquencées aux oscillations fluides et une ligne de basse qui en épouse la courbe, le rythme s'approprie aussi d'une banque d'éléments percussifs qui vont et viennent à l'intérieur de cet oblong mouvement ondulatoire. Du rythme électronique pur que mes oreilles ne se lassent pas d'entendre. Section from "For Max" offre une belle ouverture sur mellotron suivie d'un rythme pulsatoire lent et ces effets percussifs qui font écho aux lentes pulsations. Le séquenceur fait dribbler ses ions dans les vapeurs d'un beau chant flûté alors qu'une autre ligne de rythme injecte à la potion magique du séquenceur et qu'une flûte du Moyen-Orient charme nos sens.

Comme vous venez de lire, il n'y a aucun trou, aucun moment mou à l'intérieur des 77 minutes de ISOLATED PASSAGES que j'ai finalement découvert en Décembre 2020, soit avec l'arrivée de Isolated Passages Two. Auparavant j'avais succombé aux charmes de Prologue, Diffuser - The Rehearsal et Live and More; 3 magnifiques albums d’un Berlin School réanimé pour des oreilles incrédules. ISOLATED PASSAGES de Brendan Pollard dépose 5 splendides titres, tous en rythmes, qui charmeront les fans les plus récalcitrants de ce merveilleux univers des années 70 de Tangerine Dream. Offert en téléchargement et en CD-r, c'est quasiment la perfection!

Sylvain Lupari (27/12/20) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Brendan Pollard Bandcamp

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