• Sylvain Lupari

COMPUTERCHEMIST: Volcan Dreams (2019)

“C'est tout un album de Berlin School lourd et puissant qui est bourré de bons solos et poussé par des mouvements vifs du séquenceur”

1 Volcan Plain 12:03 2 Through the Volcan Forest at Dusk 10:08 3 Volcan Sea 15:31 4 Valley of Modulation 6:45

5 Subsonic Volcan Flight 14:55

TerrainFlight | TF010 (CD/DDL 59:22)

(Berlin School)

Computerchemist est le projet du musicien Anglais Dave Pearson. Actif musicalement depuis 2007 avec un album hautement acclamé en Atmospheric. Le synthésiste qui vit maintenant en Hongrie, effectue un retour avec son 7ième album; VOLCAN DREAMS. Et de quoi rêve les volcans? Eh bien, de Tangerine Dream! Sur des structures de rythmes assez entraînants, Computerchemist forge des approches très Berlin School dans une programmations du séquenceur qui n'a plus rien à apprendre de Chris Franke. Voguant entre l'art minimaliste et un genre de transe psychotrobique, les rythmes servent plus la cause des harmonies et des solos de synthé que son contraire, créant ainsi la parfaite illusion des années 70 avec une tonalité très près de cette époque. Et Dave Pearson insiste, il n'y a pas de synthés, ni d'effets virtuels sur cet album. Utilisant la gamme de synthé Volca, le musicien anglais tisse des solos qui sont parfois même ahurissants, et toujours très attrayants, qui tourbillonnent constamment avec des couleurs et des niveaux d'intensité variables mais avec un doigté qui donne des frissons. C'est donc avec un énorme plaisir que je vous fais part de mes observations sur VOLCAN DREAMS, un album qui a dépassé mon niveau d'attente. Tant au niveau des compositions, de la musique que de son excellent tonalité pour un album disponible en CD, mais principalement en téléchargement sur la plateforme Bandcamp de Computerchemist.

Ce qui sort de mes Totem sont des accords gras et résonnants. Juste derrière, on entend une suite de séquences qui marche sournoisement. Une marche qui devient plus présente, plus accentuée avec l'arrivées des percussions électroniques. C'est donc un genre de up-tempo légèrement boitillant que Volcan Plain étend sa musicalité tout autour de ma salle d’écoute. J'insiste sur ce point, pas par snobisme, mais pour bien faire comprendre que dans une version téléchargeable la sonorité de VOLCAN DREAMS éclate de partout. Le synthé livre de belles lignes avec un soupçon de violon pleureur chinois alors que les 2 tonalités des lignes du séquenceur s'affrontent tout en s'agrippant aux percussions. Cette structure soutenue et un brin minimaliste accueille ces brumes qui ajoutent un décor plus mystique à une musique dont les parfums sont assez tangibles. Le synthé lance de bons effets et des solos qui tournent à tour de rôle avec des accords de claviers qui laissent leurs empreintes harmoniques dans nos oreilles. Chris Gill complète les travaux avec une guitare vive et éclatante dont les solos ajoutent une touche progressive à Volcan Plain. Prenez les harmonies spectrales de Phaedra et collez-les à un rythme vif et spasmodique, et vous obtenez les principaux ingrédients de Through the Volcan Forest at Dusk. Deux lignes de séquences structurent un débit vif, dont une qui papillonne vivement, auquel s'ajoute une ligne de basse sournoise et des cliquetis de percussions, donnant un semblant d'ailes à ce rythme électronique assez entraînant. Cette structure est interrompue à quelques endroits avec des séquences qui papillonnent en solo afin de donner au synthé l'espace nécessaire pour émettre ses courtes mélodies évasives. Les solos abondent sur ce titre avec des tracés aléatoires et des tonalités changeantes. L'essence des années 70 est bien restituée dans ce titre, tant au niveau rythme que les ambiances et harmonies du synthé.

Avec un niveau du rythme où on tape du pied et roule du cou, Volcan Sea explore tout à fait le sens de son titre. Initialement, le rythme est construit sur des séquences stationnaires dont les papillonnements et le flux aux tonalités flûtées convergent vers une masse sonore sombre et menaçante. Des gerbes de sons émerge par des solos de synthé et des riffs de clavier sobres. Le ton du synthé est très aiguisé avec des solos perçants qui roulent sur eux alors que l'intensité rythmique gruge le cadran afin de rejoindre une symbiose d'intensité autour des 5 minutes avec l'arrivée des percussions. Le rythme spasmodique hoquète toujours alors que le synthé allume sa flamme progressive en crachant des solos de feu qui me rappellent les bons jours de Manfred Mann's Earth Band avec l'album Solar Fire. Intense et superbe dans ses dérives et ses axes aléatoires, c'est un très bon titre qui a laissé ses empreintes sur mes murs. Valley of Modulation démontre encore le talent de Computerchemist pour tisser des solos morphiques. Sur un rythme lent, genre down-tempo cosmique, Dave Pearson conçoit ses solos qui se rallient à une approche mélodieuse. La batterie de Zsolt Galántai ajoute un brin de sensualité astrale avec une bonne présence qui accentue la lourdeur du rythme. Peu à peu, ce beat s'essouffle et les solos harmoniques voguent seuls vers une finale bombée de résonances qui avalent tout, pour disparaître tout à coup et déstabilisant ainsi une écoute qui était devenue hypnotique. Subsonic Volcan Flight termine VOLCAN DREAMS avec du gros Techno & Trance! Basse séquences qui font boom-boom-boom, claquements de percussions et de mains et un décor qui fuit les sens à 100 à l'heure, le rythme sort vraiment des territoires Berlin School avec une approche à la Vanderson, mais en plus lourd…et même plus vite. Du Jean-Michel Jarre je dirais, lors de sa dernière tournée Electronica. Outre des nappes orchestrales saccadées et des effets psychotroniques, le synthé a encore quelques énergies pour forger quelques bons solos.

Un trouvaille! Une très belle trouvaille que cet album, et la musique, de Computerchemist qui propose un album sans bavure et qui est hautement stylisé de par les très nombreux solos de synthé qui sont les fondements de la MÉ. Évoluant principalement sur le mode Berlin School, Dave Pearson est aussi très créatif dans la programmation rythmique avec des multi lignes sur un même titre, créant une richesse opaque qui satisfait les caprices de mon ouïe qui n'a jamais assez de séquences à se foutre entre les oreilles. Mais l'attrait principal demeure ce Volca que Computerchemist manipule avec style et panache, créant un des beaux albums de pur Berlin School guidé par séquenceur que j'ai entendu dernièrement. Du bonheur plein les oreilles tout au long des 60 minutes d'un album parfait pour les fans de Berlin School rétro.

Sylvain Lupari (24/05/19) ****½*

Disponible sur le site Bandcamp de Computerchemist

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