• Sylvain Lupari

DAVID WRIGHT & STEPHAN WHITLAN: The Reflecting Sky (2020) (FR)

Cet album est un coup de génie et offre 75 minutes de pur bonheur en étant audacieux comme très mélodieux

1 Celestial Clockwork (Mizar) 6:20

2 Celestial Clockwork (Kochab) 4:55

3 Celestial Clockwork (Thuban) 7:35

4 Collide (Leptons) 8:22

5 Collide (Muons) 7:08

6 Collide (Kaons) 7:36

7 A Study In Geomancy (Lunar) 7:07

8 A Study In Geomancy (Solar) 5:16

9 As Far As The Eye Can See (East) 7:24

10 As Far As The Eye Can See (South) 4:20

11 As Far As The Eye Can See (West) 9:00

AD Music AD210

(CD/DDL 75:03)

(England School, Melodious, E-Rock)

Un album de Stephan Whitlan et David Wright ne peut qu'attiser une certaine curiosité parmi les adeptes de la England School. Et avec raison! Nous avons affaire à deux excellents synthésistes qui excellent dans leur domaine; la MÉ avec une vision expérimentale pour Stephan, et celle plus harmonieuse de David qui réussit toujours à injecter à ses œuvres une bonne touche de Berlin School. L'exemple de Beyond the Airwaves, Vol. 3 est le plus récent. C'est lors des répétitions pour les concerts de Code Indigo entre 2017 et 2019 que les deux nouveaux complices couchaient les grandes lignes de ce qui allait devenir THE REFLECTING SKY. Entre les temps morts, le duo a improvisé, composé et enregistré du matériel où ressortaient 4 principaux thèmes musicaux. Les deux amis s'étaient donné rendez-vous dans le studio de David Wright à Suffolk afin de compléter cet album. Et c'est au début 2020 que les deux musiciens anglais entrèrent dans le studio. Le confinement aidant, ils ont ainsi pu compléter l'album après 4 mois de minutieux travail de studio. Il en est sorti un album qui correspond légitimement à nos attentes. Les dépassant même avec un départ à la Code Indigo, un merveilleux détour dans l'univers de la MÉ du style Anglais et une finale aussi belle à ce que nous sommes en droit de nous attendre de la part de ces deux musiciens chevronnés qui nous offre en THE REFLECTING SKY, un des solides albums de 2020, sinon le meilleur en son genre.

Une basse pulsation, comme un battement sourd, émerge de cette chaude brise cernée de lointains bruits blancs en ouverture de Celestial Clockwork (Mizar). Les battements s'intensifient et éveillent des tintements dans un corridor de drone et de ses bruits blancs. Le pouls s'accélère, de même que les ambiances qui se collent à la progression rythmique. Des accords résonnants se font entendre en même temps qu'une série d'arpèges. Le mouvement devient plus aérien avec une ambiance à la Code Indigo, sinon Pink Floyd et ces accords de clavier formant une base mélodieuse à la recherche de finition. Le rythme est quant à lui articulé par une bonne ligne de basse et des percussions du type pic-bois alors que des nappes de violons et de contrebasse gémissent dans le fond du décor. Sans le savoir, nous sommes entrés dans Celestial Clockwork (Kochab)! Le rythme, toujours dépouillé de son enveloppe de lourdeur, clopine maintenant. Il emmagasine plus de vélocité dans une faune tonale de plus en plus diversifiée. Il y a un subtil duel entre les claviers et les synthés, dessinant une harmonie toujours prismatique. Le rythme s'accélère toujours et devient plus nourri dès que nous avons franchi le cap de Celestial Clockwork (Thuban). De plus entraînant qu'il est devenu depuis sa genèse, il s'évapore peu à peu dans les brumes des violons et de ces accords si fragiles afin de laisser nos oreilles errer dans les fantasmes tonals de sa finale. Un long coït avec un climax plutôt satisfaisant, la trilogie de Celestial Clockwork est l'ouverture qu’il faut à un album de la trempe de THE REFLECTING SKY.

Collide nous arrive avec une vision cosmique où scintillent vivement une étoile que nous retrouvions aussi dans Celestial Clockwork. Une douce flûte arrime nos oreilles aux ambiances de Collide (Leptons) où nappes de voix mielleuses flottent entre les ondoiements et les tonalités irisées des lignes de synthé. Une nappe de basse recouvre ces ambiances de sa forte présence, annonçant aussi le mouvement de basses séquences qui structurent un rythme électronique de plus en plus frénétique et dont l'évolution ne brime pas la visibilité de la flûte et du mellotron. Collide (Muons) accentue cette structure avec un époustouflant jeu de percussions électroniques. Au début, le débit tinte avec des baguettes jouant de la claquette sur du cristal. Une ligne de basse séquences résonnantes agit comme une main dans une marionnette et manipule la destinée rythmique de cette trilogie tout en laissant de la place à un synthé et à ses solos de violons brumeux. C'est à la 5ième minute que les percussions se mettent en mode gros rock et entraînent le titre dans un furieux mouvement qui accueille ces solos de violons et ces harmonies d'un synthé créatif à ce niveau. Nous avons droit à un furieux solo de batteries avant que Collide (Kaons) nous entraîne dans un rock cosmique acharné. Les effets nous ramène dans les premières années de Klaus Schulze, alors que le rythme reste aussi stylisé que Cold Breeze of Brighton. Dans un savoureux rock électronique assagi par des percussions moins sauvages, les effets cosmiques continuent de ceinturer le titre autant que de bons solos par deux synthés en duel, qui amenant Collide (Kaons) vers sa phase d'évaporation. C'est un des titres les plus furieux que j'ai entendu!

A Study In Geomancy (Lunar) ne reste pas gelé dans un secteur d'ambiances. Le séquenceur forge une ligne zigzagante qui se promène dans les cadres rythmiques de la musique. De très beaux solos de synthé s'échappent et remplissent ce vaisseau rythmique stationnaire qui tourne lentement sur lui-même dans des ambiances qui maintenant ressemblent à du Solar Fields. Le rythme se fracture autour de la quatrième minute, arborant fièrement son down-tempo typique à du David Wright. Des voix marmonnent ici, alors qu'un piano délie ses notes sur cette structure molle dont les murmures et les effets nous attirent vers un psybient un peu trop animé, mais les ambiances y sont. A Study In Geomancy (Solar) emprunte une texture harmonique à la Sebastian im Trauma de Frank Specht. Nous sommes dans les terres de David Wright depuis un gros 6 minutes. C'est aussi le prélude à une finale où chaque couche revient avec plus d'émotivité, en amassant ici et là les structures évaporées de THE REFLECTING SKY. Déjà, les effets dramatiques nourrissent la finale de A Study In Geomancy (Solar).

Si c'est dans un sourd fracas que le titre se termine, As Far As The Eye Can See (East) ouvre avec la délicatesse de son harmonie synthétisée. Des effets cosmiques nourriront son territoire de 21 minutes alors qu'une première structure de rythme avance à pas de loup. Tout est gracieux! Autant ces solos gémissants que ces accords de claviers et ses bouts de mélodies bohémiennes qui tantôt suivent le rythme et parfois s'en éloigne. Mais toujours, ce synthé et ses suaves chants aériens! Les 4 minutes sont frimées sur cet album! Puisque c'est après en avoir franchi cette barre que les percussions raisonnent les ambiances en les encadrant dans un beau slow morphique légèrement sautillant. Stephan Whitlan et David Wright font travailler leur imagination en injectant tous les ingrédients nécessaires pour secouer notre émotivité. Mais la route est longue et son boléro émotionnel trop latent. Une voix dissonante invite le rythme à avoir plus de mordant dans l'ouverture de As Far As The Eye Can See (South) où le synthé pleure toutes les larmes de son interstice. Les percussions érigent une muraille lourde et frappante avec des effets organiques bien implantés dans les frappes. Et là aussi la finale étire sa compassion pour ces arpèges pleureurs et les divers effets sonores où nous sentons un David Wright déchiré entre Walking with Ghosts et Stranger Days. Le néant absorbe la finale, tout comme donne naissance à As Far As The Eye Can See (West). Ce plus long titre de l'album est moulé dans cette vision que David Wright a su planter depuis la quatrième minute de A Study In Geomancy (Lunar). Il y a des longueurs? Oui, mais comme un bon architecte des harmonies qu'il est, il apporte des nuances dans les harmonies, les ambiances et les effets, comme cette longue spirale séquencée en ouverture. Le jeu des percussions apporte aussi ses variances dans la dimension du rythme, comme dans ses couleurs, alors que les solos de synthé réussissent à déjouer nos oreilles qui discernent des solos de guitare. Des accords, comme des riffs, de guitare et/ou de clavier ajoutent à cette dimension sonore sphéroïdale qui encercle la progression de As Far As The Eye Can See. Et toujours cette vision harmonique nuancée à chaque nouveau tour de chant du synthé. Et c'est aussi dans les poussières de sérénité que ce conclut cette excellente trilogie d’un majestueux album qui a dépassé mes attentes…et elles étaient grandes.

THE REFLECTING SKY est un coup de génie! C'est 75 minutes d'une musique qui relève le défi d'être aussi ingénieuse que mélodieuse. Chaque partie à sa place et est à sa place avec des moments extrêmement puissants qui font danser des frissons sur nos bras. Et ce n'est pas juste parce que c'est tendre! Bref, il n'y a pas d'hésitations si vous êtes fan de David Wright ou si vous êtes juste à la recherche de bonne musique qui a tous les atouts et aucun défaut. Même les longueurs sont belles! Quand à Stephan Whitlan, son adresse au synthétiseur ressort merveilleusement bien ici alors que sa vision très progressive de la MÉ est très bien encadrée dans cet album qui fait assurément partie du Top 3 des albums de David Wright et mon Top 5 de cette année. Excellent!

Sylvain Lupari (12/08/20) *****

SynthSequences.com

Disponible chez AD Music

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