• Sylvain Lupari

DIVIDED BY TWO: Electromagnetism (2020) (FR)

Avant-gardiste et gardien d'une idée piégée dans son concept, cet album récompensera ceux qui en attendent plus dans une musique dark ambient

1 Electromagnetism 38:14

2 The Healing Drone 22:07

3 The Silence Beyond 13:50

SynGate Luna DT03

(CD-R/DDL24Bits 74:11)

(Dark ambient experimental music)

Ce n'est pas ici que l'on s'excite le poil des jambes! Autrement dit; si vous cherchez une musique dynamique avec de juteuses séquences et des rythmes imprévisibles, passez GO sans prendre le 200$. Mais si la musique d'ambiances bourdonnante de tension et de secrètes implosions vous attire, vous êtes à la bonne adresse. Disponible sur le site Bandcamp de SynGate en format téléchargeable 24 Bits, de même qu'en CD-R HQ, ELECTROMAGNETISM invite l'auditeur à un voyage dans les circuits électriques. Sauf pour un délicieux 3 minutes dans The Healing Drone, la musique de cet album est totalement ambiante. Et ce 3ième album de Divided By Two suit les mêmes principes que Dissolution avec un album où il est difficile d'expliquer son attachement, tant les dédales atmosphériques intra-géniques nous ramènent au même point de départ, soit les pouvoirs de l'anti-musique. C'est de l'art pour les oreilles avec une couche de sonorité qui se déroule en périphérie du noyau que Perceptual Defence et Syndromeda agrémente avec couche de sons par-dessus couche de tons qui ont cette particularité de glisser une nouveau couleur tonale au fond de nos tympans. Mais comment donner vie à une exposition électro-magnétique? En imaginant une sphère entouré de multitudes d'auréoles, un peu comme Jupiter et ses anneaux, qui emprisonnent sa rotation. La sphère n'ayant d'autres choix que de cracher ses différentes particules électriques qui engraissent constamment les filaments qui s'enroulent tout autour et qui la font rouler lentement, très lentement. C'est ce scénario qui se déroule dans nos oreilles! Gabriele Quirici et Danny Budts ont du travailler d'arrache-pied afin de se coordonner et créer un univers d'électro-magnétisme, car ils le font avec un réalisme décapant.

La longue pièce-titre nous conduit à travers ces corridors où l'électricité vit de son pouvoir statique avec des ronflements quasi-organiques. Son ouverture est composée de vents silencieux qui palpitent doucement, mais glissent artificiellement jusqu'à rencontrer une première pulsation. Une masse de bruits blancs veut participer à ce défilé sphéroïdal alors que des filaments bleutées s'irisent dans ce décor tiré de la science-fiction. Les lignes de synthé sont plus minces que des stries et volètent selon la direction du courant dans un décor où les bigoudis ronronnant d'une vie organique, les impulsions statiques et les longs filaments réverbérants s'éjectent de la sphère pour s'ajouter aux divers éléments qui composent sa masse statique. Ces battements très distancés sont la seule trace rythmique incitative qui fond dans ce décor où s'ajouteront constamment des effets sonores, d'habitude secondaires, qui amplifieront la masse ambiante de Electromagnetism. Et si vous entendez des criquets, c'est que la destruction des arcs sonores à infiltré la quiétude des nuits à l'orée des forêts. On peut voyager selon nos visions, mais on se retrouvera au même point. J'ai trouvé cette expérience de 38 minutes un peu longues, contrairement à The Healing Drone qui nous ramène dans les structures d'ambiances ténébreuses que nous connaissons des répertoires individuelles de Perceptual Defence et de Syndromeda. Son ouverture est faite de vents creux, de ululements muets et de longs filaments qui infiltrent un magma circulaire où les voix chthoniennes sont tenues au silence. De ronflantes lignes organiques font entendre leurs gargouillements gutturaux, créant plus un effet de film d'horreur qu'une visite à l'intérieur d'un circuit électrique. Cette vision aide un peu plus à absorber cette symphonie pour musique électronique expérimentale qui vit de la constante injection d’idées mise en sons. Des stries acérées survolent cette masse ambiante et des effets organiques s'éjectent du noyau et les bourdonnements réverbérants y vont de leurs chants iconoclastes, un peu comme si la matière organique de The Healing Drone mourrait sur place. De cette masse sonore circulaire naît un très beau mouvement de rythme titubant. Un rythme qui sautille et boitille dans un très beau mouvement de la Berlin School unique à la signature de Syndromeda. Ces 3 minutes de vie sont précieuses pour survivre aux 10 prochaines minutes de The Healing Drone où j'ai constamment cette impression d'entendre un quartet à cordes se dissoudre en laissant leurs cordes s'étioler dans la douleur. C'est dans des ululements perdus et des brises musicales creusées dans le vide que la pluie cosmique de The Silence Beyond se glisse dans nos écouteurs. Cette ouverture est le moment le plus lyrique de ELECTROMAGNETISM où des filaments croustillants de liquide perlé ajoutent une vision organique très charmante. Cet élément, qui survivra aux intempéries des brises et de leurs particules électriques, attise la curiosité et nous permet de voyager avec intérêt à l'intérieur des 12 minutes de The Silence Beyond et de sa tempête de perturbations électromagnétiques.

Pas pour tout le monde, mais impressionnant dans sa sphère sonore en constante ébullition de nouvelles idées, ELECTROMAGNETISM est un album qui s'adresse aux amateurs du genre. Avant-gardiste et gardien d'une idée prisonnière de son concept, on pardonne à Divided By Two cet écart qui flirte avec la science-fiction et l'horreur. Deux concepts plus vendeur et plus facile à digérer.

Sylvain Lupari (22/08/20) *****

SynthSequences.com

Disponible au SynGate Bandcamp

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