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  • Sylvain Lupari

E-MUSIKGRUPPE LUX OHR: Kometenbahn (2013) (FR)

On ne peut pas avoir de plus belle surprise que ce Kometenbahn qui est un superbe voyage dans le temps. Chapeau E-Musikgruppe Lux Ohr!

1 Prolog im Himmel 2:25   2 Durch den kosmischen Dunst 11:26   3 Nachtgeis 6:25   4 Sonnenwind 8:45   5 Sonnenaufgang 9:05   6 Mythos 3:05 Bandcamp (DDL 41:13) Svart Records2 013 (LP 41:13) (Berlin School/Space Rock)

Vous vous rappelez la belle époque des disques vinyles? Des sons riches et des ambiances? Vous vous rappelez ces années 70, et même les années 80, où la MÉ respirait d'une fascinante liberté créative? De cette époque où des magiciens tels que Klaus Schulze et Chris Franke extirpaient toutes formes de chaudes ambiances et de fascinantes musicalités de ces bêtes à 1 000 fils qu'étaient les gros Moog? Vous vous rappelez les débuts de Neuronium? L'émergence des artistes français, comme Jean-Michel Jarre et Space Art qui redéfinissaient les structures cosmiques? Le temps où la MÉ, incertaine de ses ambiances, erraient avec le rock progressif de Pink Floyd et du Krautrock? C'est en plein dans ces souvenirs que je suis tombé lorsque mes oreilles ont croisées KOMETENBAHN du groupe Finlandais E-Musikgruppe Lux Ohr. Et je vous le dits d'emblée; c'est mon coup de cœur en 2013. J'écoute l'album en boucle depuis 2 jours et les mots se bousculent dans ma tête, tant il y a tant à dire. Le son! WoW! On dirait ce son que le bras Linn Ittok arrachait des sillons dans les plus belles années de la musique tous genres confondus. La musique? Re WoW! On dirait une œuvre aux tonalités analogues perdue dans l'espace temps. Et dire que je failli passer à côté…

On se sent envahi par ces ambiances dès Prolog im Himmel et son approche vaseuse à la Neuronium. Ordinairement, l'utilisation d'un vocodeur est agaçante. Ici, elle est énigmatique et la voix railleuse flotte sur les cendres morphiques d'un Memotron dont le crescendo alimente une fièvre musicale que l'on palpe avec des oreilles déjà attentives. Le rythme pulsant sournoisement, accueillant un Memotron à la mélodie enchanteresse, Durch den kosmischen Dunst sautille avec cohérence dans sa brume cosmique. L'ambiance est riche et incroyable. On touche les étoiles et on sent ces brises qui déplacent les comètes souffler dans nos oreilles sur une structure de rythme ambiant, un peu comme dans le monde électronique de Michael Garrison, qui se rebelle et se cambre pour pulser avec plus d'énergie. Les touches du séquenceur empruntent deux tonalités, gambadant en deux lignes entrecroisées dans une nappe de brouillard mystique qui continue son tour de charme avec des souffles de flûtes nasillards. Les percussions sonnent la charge pour soutenir un rythme toujours ambiant, mais plus coriace, qui se satisfait des caresses d'un Memotron dont les soporifiques ombres flûtées chantent dans un linceul orné de pépiements cosmiques. Le rythme revient avec plus de force après ce doux passage onirique. Les percussions tonnent, les synthés tracent des harmonies qui rêvent sur le dos des étoiles et des voix d'outre-monde, enrobant une lente implosion rythmique dont les continuelles ruades restent prisonnières d'un intense et riche canevas ambio-sonique. Ce rythme lent, cerné d'une épaisse couche de brume irisée, accueille Nachtgeis et ses longues complaintes d'une six-cordes habilement torturé par Kimi Kärki. Après ce doux blues aux errances cosmiques, Sonnenwind libère des cerceaux musicaux dont les échos forgent une mélodie extraterrestre qui résonnent dans un genre de champ magnétique. Des grésillements, semblables à des pleurs du genre Martenot, flottent comme des spectres auréolés de statique sur une structure de rythme processionnelle qui offre un sournois crescendo, où tombent des accords graves et sifflotent des harmonies évanescentes, mais dont on perd le sens du tempo avec cette avalanche de tonalités éclectiques. Des riffs de guitare circulent comme des empreintes de Manuel Gottsching alors que Sonnenwind armure sa membrane sonique de souffles noirs qui flottent comme des serpents autour de leurs proies, entraînant sa finale vers un impressionnant maillage de sons et d'ambiances colligés depuis sa toute première seconde. Et c'est justement dans les interstices d'Ashra que Sonnenaufgang nous entraîne. Le rythme est lourd et le synthé très musical avec ses brises harmoniques qui roucoulent sur une structure pulsatoire où riffs de guitares et percussions laboure une intensité refoulée par des ombres vampiriques. On dirait un maillage de Space Art et Earthstar avec une touche de contemporanéité à la Death in Vegas. C'est de la superbe MÉ avec un bon zest de Krautrock. C'est beau, c'est bon et diantre que ça nous rappelle les années analogues. Puissant de noirceur! Le meilleur de tous les mondes, Mythos nous plonge dans les entrailles des œuvres analogues ambiantes de Klaus Schulze avec des ombres de Memotron qui flottent et planent dans les pépiements des astres électroniques et les accords nostalgiques d’une six-cordes esseulée.

On ne peut pas avoir plus belle surprise que ce KOMETENBAHN d'E-Musikgruppe Lux Ohr. Pertti Grönholm, Kimi Kärki, Jaakko Penttinen et Ismo Virta tissent un album, comme dans le temps où les vinyles avaient une durée approximative de 45 minutes, où la ligne de confusion qui délimitait le Krautrock de la MÉ engendrait des œuvres aussi remarquables qu'éclectiques. Ajoutons à cela les romanesques approches de la MÉ cosmique française ainsi que ce son si distinct des années analogues et on a un album qui dépasse les espoirs. Superbe, puissant et imaginatif, c'est mon coup de cœur en 2013. Pour ceux que le vinyle intéresse toujours, KOMETENBAHN est aussi offert en vinyle dans une édition très limitée de 300 pressages.

Sylvain Lupari (13/09/13) *****

SynthSequences.com

Disponible au E-Musikgruppe Lux Ohr Bandcamp

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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