• Sylvain Lupari

FRANCISCO NICOSIA: Time (2021) (FR)

FN propose rien de moins que des textures atmosphériques, rendant sa musique unique...

1 Anestesicos Milenarios 6:05

2 Tiempo 8:46

3 Reloj de Sal 5:18

4 Mar Rojo 10:30

5 Dios, en los Principios y los fines 10:21

6 En el Interior de un Agujero Negro 14:58

7 Falso Sol 9:42

8 Recuerdos del Sonido 4:56

9 La primer ciudad de Marte 7:39

10 Genesis (12 1-4) 4:15

11 Registros Akashicos 4:21

Cyclical Dreams Music

(DDL 86:57)

(Progressive EM Ambient Drones)

Si vous êtes un fan des premiers albums de Vangelis, TIME de Francisco Nicosia est une très belle découverte à vous mettre entre les oreilles. Dans un album qui n'a rien à voir avec l'excellent Cuentos Fantásticos, TIME du musicien natif de Buenos Aires est construit sur l'hypothèse, très crédible d'ailleurs, que l'être humain a défoncé son hypothèque avec la Terre. De sorte que notre sort dépend de ce que nous ferons, en tant que société, du temps qu'il reste pour rattraper et récupérer ces années. Mais, y croyons-nous vraiment? Sur près de 87 minutes d'un album des plus hétéroclites, Francisco Nicosia souffle le chaud et le froid en proposant des textures musicales digne des premiers album de Vangelis. Exploitant les visions progressives, comme abstraites et romanesques du musicien Grec, le musicien Argentin nous propose un délirant voyage musical au pays que Vangelis a quitté pour ses mythiques trames sonores. Parler de TIME est de constamment faire allusion aux premières œuvres de celui à qui l'on doit Chariots of Fire et Blade Runner. De Heaven & Hells à Invisible Connections, Francisco Nicosia propose rien de moins qu'un album atmosphérique où les visions du compositeur restent bien pessimistes.

Et déjà nous sentons cette opposition des ambiances de TIME avec première carte de visite qui se veut à la fois être repoussante, comme attirante. C'est autour de 3 accords de guitare sobres que se déroule la première moitié de Anestesicos Milenarios. Comme un enclos imaginaire qui retiendrait une faune sonore en pleine gestation, ce grossier triangle de sons maintient captifs les fascinantes jérémiades d'un synthé obnubilé par un désir d'être une guitare tant ses tonalités sont aigües. Les solos, comme les lamentations coulent en symbiose avec ce fascinant dialecte robotique qui est aussi cernée par ce trigone fonctionnant comme un champs magnétique triangulaire. Un champs qui s'évapore 17 secondes après la 3ième minute, révélant qu'il était la source de vie de ce titre qui emporte le secret de ces dialectes dans l'oubli. Tiempo nous colle aux oreilles avec un genre de procession, soulevée par une basse-pulsation, où une voix dans un vocodeur réclame du temps. Les ambiances nous ramènent au cœur des années 70 avec cette marche hypnotique dont le caractère ambiant est propice pour entendre naître une grande diversité d'éléments organiques, comme des effets sonores analogues et des voix absentes qui sont gravées dans un décor apocalyptique. Des serpentins semblent fuir le temps avec des prouesses olympiques dans leurs déplacements qui passent d'une oreille à l'autre tout en se désagrégeant dans des effets sonores plus organiques et en se reconstituant d'un arpège ou deux qui se sont perdus dans le processus de décomposition. Mais peu importe, nos oreilles trempent ici dans les années psychédéliques avec un genre de prière au dieu du temps. Du psybient guidé par une transe pulsatrice! Francisco nous attire dans une grotte où le temps cesse de respirer avec Reloj de Sal. Des tintements, certains aigus et d'autres plus neutres, et des cymbales, certaines plus musicales que percussives, sculptent une musique sans forme ni élan me faisant penser par moments, et là mes souvenirs sont vagues, à Invisible Connections. L'effet du vide est absolument envahissant dans ce titre. Mar Rojo est un premier titre qui soulève les passions avec un mouvement de vagues astrales où les violents éclats d'eau sur les récifs soulèvent aussi nos émotions. Il y a un beau clavier sur ce titre qui disperse ses accords dans des patterns mélodieux. Il y a encore de ces pépiements que l'on entendait dans Anestesicos Milenarios, mais pour le reste c'est une belle musique avec des pads de synthé qui accueillent ces larmes d'un clavier avec une tendresse inouïe. Les ambiances du musicien Grec sont omniprésentes, ne serait-ce que par cette constante hésitation dans les doigts effleurant le clavier. Un très beau titre!

Si on veut aller plus loin dans les comparaisons avec Vangelis, l'ouverture de Dios, en los Principios y los fines possède des fragrances de China, penser à The Dragon mais en plus doux, alors que les souffles du synthé sont remplis aussi des souvenirs auditifs de Tangerine Dream. Une dimension musicale que le titre emprunte un peu plus en proposant un beau mouvement du séquenceur dans un titre qui tergiverse quand à son orientation. Soit un gros rock électronique enlevant ou encore, cette zénitude qui se rapproche tant des influences de Francisco Nicosia. Les drones vibrionnant en ouverture de En el Interior de un Agujero Negro (À l'intérieur d'un trou noir) sont assez représentatifs du titre. Ce mouvement se divise en trois branches; linéaire, pulsatrice et apocalyptique qui se regroupent pour se distancer à nouveau, jouant constamment avec les contours noir et blanc déjà érodés par une masse sonore sans oxygène. Près de 15 minutes d'un tel mouvement demande un haut degré de créativité qui se prouve ici par les différentes vitesses des lignes pulsatrices venant des baisers mordants des va-et-vient des ventouses. Il y aussi ces lignes qui se collent et qui se séparent pour prendre différentes formes tonales qui rendent l'exploration de En el Interior de un Agujero Negro un peu plus intéressante. Mais, on ne dort ni ne rêve sur les différents courants de ces bourdonnements. On a donc besoin des douceurs de Falso Sol, à tout le moins son ouverture qui débute avec une vision nettement plus musicale. Francisco fait ainsi l'étalage de sa douceur dans un mouvement qui flirte déjà avec l'incohérence même pas 60 secondes après son ouverture. Falso Sol devient donc un mouvement abstrait coupé en segments qui demande une bonne dose de curiosité si on veut passer au travers ses presque 10 minutes. Et pourtant, le musicien Argentin est capable de belles choses pleine de tendresse et d'émotivité comme le démontre le très beau piano de Recuerdos del Sonido. Après ce calme ode à la sérénité, La primer ciudad de Marte nous fait sursauter avec une ouverture symphonique à la Synergy qui explose avec férocité. Comme les moments les plus fous de Heaven & Hells, ou encore de Albedo 0.39, le titre voyage entre l'audace des orchestrations et l'ingéniosité dans la conception des effets sonores pour se terminer 2 minutes avant la fin avec une collection de zéphir soufflant avec une voix de nymphe dans son décor. Genesis (12 1-4) est un titre tranquille guidé par un beau synthé qui exploite ses timbres aux harmonies progressives. Disons que ça cadre bien dans la conception de cet album qui se conclut avec un autre titre de MÉ abstraite en Registros Akashicos où Francisco Nicosia exploite une forme de langage électronique surréelle. C'est comme entendre les mystérieuses, sinon effrayantes, voix à travers les interférences d'une radio ou d'une télévision, comme dans le film La Voix des morts qui met en vedette Michael Keaton.

Fortement inspiré par Vangelis, Francisco Nicosia n'en demeure pas moins très original dans ses compositions. Sa signature est contemporaine avec une liberté dans les choix de ses textures qui rendent sa musique unique. TIME propose 11 chapitres où l'espoir vit à travers un pessimiste à peine voilé. Et chaque titre vit avec ces extrêmes dans une superbe production où chaque accord vaut son pesant d'or.

Sylvain Lupari (07/08/21) *****

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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