• Sylvain Lupari

FRATOROLER: What! (2016) (FR)

Updated: Nov 18

“Pour son mélange subtil de MÉ cinématographique sombre et d'un Berlin School parfois plongé dans le néo-Krautrock, What! sera un album dominant en 2016”

1 Okklusion 17:15 2 Lapsang Souchong 13:24 3 Scoville 21:35 4 Llanfairpwllgwyngyllgogerych-wyrndrobwllllantysiliogogogoch 16:09 SynGate ‎| CD-R FR05

(CD-r/DDL 68:23) (V.F.) (Retro Berlin School)

Fratoroler est devenu ce genre de groupe, un peu comme Perge ou Arcane, dont on attend impatiemment la suite des événements. Depuis Reflections, paru en 2010, ce projet qui réunit Thomas Köhler et Frank Rothe, la moitié de Filter-Kaffee, ne cesse de progresser avec une série d'albums dont le point de maturité fut atteint avec le fascinant Nano paru en 2014. WHAT! est un 5ième album. Un album qui transcende les 4 premiers parce que Fratoroler effleure subtilement les essences du néo-Krautrock tout en restant bien encadré dans ses racines Berlin School rétro. Et ceux qui aime le genre seront ravi d'entendre 4 longs titres qui change subtilement de peau dans ces longs corridors minimalistes où les séquences dominent des ambiances qui cherchent à fuir les origines de la Berlin School.

Et que serait un album de Fratoroler sans ces ouvertures nébuleuses où les sons perdent un peu de leur virginalité? C'est donc dans une ambiance industrielle où les souffles et bourdonnements règnent parmi des cognements et les frissonnements des chaines que s'ouvre Okklusion. Une pulsation quelque peu sournoise s'élève de ce tintamarre d'usine, de même que des percussions babyloniennes. L'introduction cogite entre une approche cinématographique et une autre plus électronique à mesure que le synthé lance une longue nappe plaintive qui larmoie autour d'accords penseurs d'un clavier. Et une splendide ligne de séquences des années vintage s'échappe autour des 130 secondes. Le mouvement est fluide et vif, oscillant à bonne vitesse sous les caresses d'une harmonie flûtée et d'une autre ligne de séquences avec des ions secs qui strient le rythme teutonique. Nous sommes dans les territoires d'une Berlin School réinventée avec de beaux effets électroniques, notamment des jets de vapeurs et de brumes de Mellotron ainsi que des effets de percussions crotales, qui servent les harmonies et qui ornent son rythme délicatement nuancé. Le synthé lance des solos aussi ensorceleurs que les flûtes des charmeurs de serpents. Et plus on avance et plus Okklusion tombe un peu dans le Krautrock avec des riffs de guitare, une lourdeur métallique et des tonalités psychotroniques qui le sort de son lit Berliner. Un très bon titre qui nous met les oreilles en appétit! Après ses 2 minutes d'ambiances carboniques, Lapsang Souchong émerge dans son approche minimaliste avec une ligne de séquences qui fait dandiner 6 ions paisibles devant une autre approche de séquences qui tintent comme des clochettes en céramique. Calme, le mouvement n'en demeure pas moins séduisant à l'oreille avec cette ligne de rythme statique qui répond à ses ombres, qui monte et descend sous des effets électroniques, des accords de guitares pensifs et des solos de synthé très aériens. On reste facilement dans un état d'hypnose pour une bonne dizaine de minutes.

Un long titre proposé en 4 phases évolutives, Scoville présente une longue intro d'ambiances où rôdent quelques percussions crotales, comme un serpent qui émiette son squelette dans un cosmos rempli d'effets électroniques, de wooosh et de vents creux. Un mouvement de séquences fait sautiller des ions un peu après la barre des 6 minutes. Aussitôt, le rythme prend forme avec une pulsation sourde et résonnante qui pilonne un rythme statique sous les chants d'un synthé hybride et de ses harmonies autant nasillardes que symphoniques, rappelant les trompettes des années vintage de Tangerine Dream. Le mouvement pulsatoire n'est plus statique. Il offre une structure de galop une minute plus tard. Suivant une évolution qui épouse la courbe de notre désir, les ions se déchaînent tranquillement dans une figure délicieusement anarchique pour créer une structure toujours aussi statique mais furieusement entraînante si nos doigts suivent l'imagination d'un rodéo par un troupeau de chevaux sauvages que l'on dessine dans notre tête. Les ambiances qui cernent ce mouvement difficile à décrire sont soutirées aux années d'or de la MÉ, notamment les formes d'harmonies crépusculaires de la période Ricochet et Phaedra de qui l'on sait. Scoville atteint son point de saturation autour des 13 minutes, empruntant un corridor d'ambiances assez près de sa longue ouverture, voix et effets électroniques de magma bouillonnant en plus. Un autre mouvement de séquences, plus fluide et plus vivant, apparaît 90 secondes plus loin, plongeant la musique dans une vision plus contemporaine, tant au niveau des séquences que des ambiances et des chants de synthé. Après son introduction d'ambiances louches et glauques nourries de nappes flottantes et de vents sombres où se vautrent des voix étouffées, des bruits électroniques et d'autres bruits sortis des enfers Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch (WHAT!) propose une structure minimaliste qui marche sur le lit des abysses. Une ligne de séquences étale 3 ions qui sautillent lourdement et sournoisement dans une structure d'ambiances mortuaires idéales pour le genre de film où le maniaque sème la terreur auprès d'une victime errant dans un couloir sans issues. Ça fait aussi bien Redshift que John Carpenter avec un mouvement très noir dont la vélocité s’accroît avec l'ajout d'une autre ligne de séquences plus limpide et plus musicale qui tinte et sautille dans une structure de rythme très en contraste avec l'approche minimaliste primaire. Et si le rythme change quelque peu, les ambiances sont toujours aussi noires, toujours aussi aux portes de l'effroi.

Pour ce subtil mélange de MÉ cinématographique noire et de Berlin School trempée dans le néo-Krautrock, WHAT! sera un album dominant en 2016. Fratoroler remplit nos oreilles et nos sens d'une musique qui refuse les compromis et qui surf hors des limites de genres musicaux qui attirent nos passions. Et c'est le plus grand charme de cet album; verser dans l'inattendu tout en restant près de l'identité que l'on lui a connu. Un grand album qui devra séduire encore et toujours à chaque écoute!

Sylvain Lupari (18/05/16) ****½*

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Disponible au SynGate Bandcamp

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