• Sylvain Lupari

<G.U> Music for Astronauts (2021) (FR)

La musique tient la promesse de ce qu'elle laisse entendre, jusqu'à sa finale éclatante

1 The Depths of Triton 6:00

(featuring Rhea)

2 No Stars Without Darkness 4:23

3 Nebula 9:55

4 Bioluminescence 8:26

5 Deep Shift (featuring Rhea) 9:32

6 Quadrature 8:30

7 Black Hole Surfer 7:48

(featuring Michael Brückner)

8 Final Destination (The 12 Gates) (featuring Michael Brückner) 7:02


9 The Phoenix Lights 9:43

Venja Music

(CD/DDL 71:19 /61:36) (V.F.)

(Cosmic Berlin School)

Que j'ai écouté attentivement ce nouvel album de Galactic Underground! Je l'ai depuis plus d’un mois avec la promesse de publier la chronique le jour de son lancement officiel, le 3 septembre 21. Nous y sommes! Dans une enveloppe musicale et sonore de qualité exceptionnelle, <GU3> MUSIC FOR ASTRONAUTS nous fixe un rendez-vous avec le temps. Le temps de s'assoir et de savourer chaque minute les oreilles bien emmitouflées dans un casque d'écoute accompagné d'une lumière tamisée pour écouter le summum de la MÉ contemporaine. Summum puisque Johan Geens invite Rhea et Michael Brückner, deux artistes dont les idées peuvent contraster, comme c'est le cas ici, afin d'amener ce vaisseau musical hors des frontières des deux premières albums. D'une texture ambiante à des formes de rythmes kaléidoscopiques, <GU3> MUSIC FOR ASTRONAUTS rempli les promesses de ce qu'il laisse sous-entendre jusqu'à l'atteinte d'une finale qui revient hanter son ouverture. Une finale agrémentée d'un titre bonus, The Phoenix Lights, à l'achat du CD.

C'est à travers de chants de baleine transformées en métal que s'ouvrent les voies cosmiques de The Depths of Triton. Sombre et à la hauteur de ces profondeurs, la musique nous aspire comme un gros œil de tornade tournant au ralenti. Rhea et Johan Geens projettent des ombres de murmure et des lentes oscillations de nappes de synthé aux tonalités variées, on entend nettement ce duel entre les différentes couleurs des nappes et le mugissement glauque qui cherche à rester en retrait dans cette masse de sons. Ce lent maelstrom vivant de magma devient aussi assourdissant que le son des navettes spatiales dans un long plan-séquence qui nous montre la vastitude du vaisseau sur un écran géant avec la sonorité THX. Un titre ambiant noir et intense par deux des meilleurs sculpteurs dans le genre. No Stars Without Darkness poursuit sur cette vision de Dark Ambient intense et enveloppant. Granuleuse, la texture sonore étend son charme avec une splendide voix cachée dans un décor irréel alors que la musique distribue ses lents arabesques se fendant en longs filaments tortueux qui sèment ses secrètes impulsions dans un Cosmos se développant instantanément dans nos oreilles connectées de facto à notre imagination. C'est de cette façon qu'on peut entendre et voir la musique de <GU3> MUSIC FOR ASTRONAUTS. Nebula propose la première structure de rythme de l'album. Un rythme ambiant dont le doux flux infiltre nos oreilles dans un fascinant duel au niveau des tonalités. Éclatés comme réservés et feutrés, ces ions sautillent en zigzagant pour s'entrechoquer, créant ainsi des sons de clankers foudroyants sur une structure musicale qui n'est pas sans rappeler les voyages musicaux de Steve Roach dans les arides terres australes. Des nappes de brume viennent flairer cette structure en même temps qu'un kaléidoscope fait tournoyer une ligne d'arpèges séquencés, créant une riche texture de rythmes qui remplit une toile atmosphérique déjà pleine avec les filaments bleutés chantant dans cette masse grouillant d'intensité. Du très bon Venja jusqu'ici. Débutant doucement dans un décor interplanétaire riche de ces filaments chantants, Bioluminescence propose un rythme électronique ascensionnel vif avec des séquences, changeant de peau sonore et de rayon d'intensité, qui montent un escalier invisible. L'ascension est rapide et accompagnée par divers tintements qui la rende plus esthétique, musicalement parlant. Ce très beau mouvement de Berlin School s'épuise et amenuise son impact rythmique dans une finale ambiante où murmurent encore ces flûtes angéliques.

Nous sommes dans le second chapitre de musique ambiante noire avec Deep Shift, écrit et interprété avec Rhea. De lentes nappes, résonnantes de voix en sourdine, sculptent les ailes vaporeuses qui incitent la musique à prendre un envol non sans peine. Lourde avec des élans de murmurations, la musique nous visse les oreilles à nos écouteurs avec des puissants woosshh que nous font penser à Michael Stearns revisitant ses couloirs de Chronos. Un mouvement intense et poignant qui se fane avec une tempête d'explosions dans un corridor cosmique où les feux d'artifices manquent d'oxygène. Un Stearns qui semble exercer aussi ses influences sur Quadrature et son immense cadran tournant sur un mouvement d'arpèges séquencés. Construit avec des multicouches de synthé soigneusement découpées, afin de créer un ingénieux mouvement percussif saccadé, ce défilé musical devient un immense kaléidoscope avec des bourdonnements qui émergent de son cercle, alors que de sourds élans de la basse dynamisent ce rythme circulaire qui différencie ses sphères pour atteindre une finale éthérée. C'est entre Chronos et surtout M'Ocean (la pièce-titre et Fireflies' Delight) dans un mouvement plus puissant, plus enveloppant. Tout simplement imposant, Quadrature initie le coup d'envoi aux meilleurs moments de cet album! Qu'on le veuille ou non, Michael Brückner impose son style partout où il va. Ce brillant musicien allemand co-écrit les deux derniers titres de <GU3> MUSIC FOR ASTRONAUTS, donnant ainsi une touche de Techno Berlin School à cette dernière ode du collectif de Venja. Après un 90 secondes de vents et d'éléments atmosphériques, la structure de Black Hole Surfer est secouée par des oscillations séquencées, avec de fascinantes tonalités organiques, qui structurent une ligne de rythme pulsatoire spasmodique qui nous fait sautiller de la pointe des orteils. On dansotte sur le son des tssitt-tssitt pour un autre 90 secondes avant que des cercles oscillateurs nous entourent d'une aura psychédélique contemporaine. Parmi tous ces éléments de charmes, on entend le travail des percussions qui se promènent en stéréo alors que les méga cercles musicaux nous absorbe pour nous amener vers une finale dont une mince couche de sons nous amène à Final Destination (The 12 Gates) qui tranquillement se développe en rock cosmique tout simplement inattendu. La ligne de riffs, les basse-séquences et la batterie électronique sont des éléments envahisseurs sous des nappes de synthé dont les formes giratoires sont annonciatrices de catastrophe. Intense, je me suis perforé les tympans à force d'augmenter le volume, tant l'effet enveloppant est à sens unique. Un titre en prime vient avec l'achat du CD. Son seul défaut est d’arriver après 3 titres aussi canons. Mais tout de même The Phoenix Lights est un excellent Berlin School qui fixe un lointain lien avec Final Destination (The 12 Gates). Son rythme du départ est nerveux avec des ions virevoltant sur place jusqu'à ce que des percussions le redressent un bon rock cosmique stationnaire. La musique se développe en colligeant ces secrets qui l'embellissent dont d'onctueuses nappes chloroformiques et des perles percussives qui forcent le titre à galoper sur place, embrassant ce mouvement spasmodique circulaire qui est à l'origine du dernier tiers de ce merveilleux album de MÉ contemporaine.

Dans une qualité sonore exceptionnelle et versatile jusqu'au point de nous balancer de l'autre côté de son spectre initial, <GU3> MUSIC FOR ASTRONAUTS est possiblement le plus solide album de ce projet initié par Johan Geens en 2017. L'équilibre rythme versus les moments planants et méditatifs est juste à point alors que la présence de Michael Brückner permet à Galactic Underground de sonder des nouveaux territoires pour le plaisir de nos oreilles. Excellent et possiblement le plus bel album de 2021!

Sylvain Lupari (02/09/21) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Venja Music Bandcamp

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