• Sylvain Lupari

GHOSTS IN MIRRORS: Cold Dust (2020) (FR)

Un opus principalement destiné aux amateurs de musique Dark Ambient à tendance industrielle

1 Why is Irrelevant 19:23

2 The Thought was Missing 19:49

Littl'Antenna Rec. – LAR004

(CD/DDL 39:12)

(Dark Ambient Music)

C'est comme une machine qui ronronne. Qui respire. Une onde de synthé céruléenne plane sur ce sombre mouvement de machine qui peine à expirer, projetant un halo de bleu acier qui cherche à transpercer ce gros ronronnement industriel. Les premières minutes de Why is Irrelevant mettent la table à cet intense opus de musique d'ambiances ténébreuses (Dark Ambient) que Ghosts In Mirrors a performé dans le cadre des Live Session à PostX de Merelbeke, le 18 octobre 2018. L'album disponible en édition limitée à 200 CD ainsi qu'en téléchargement, est passé totalement inaperçu. Et pourtant, nous sommes dans l'élégie de la musique ambiante pour ces nuits où le sommeil est notre ennemi. Le rythme repose sur ces lents respires synchronisés qui sont identiques à ces lents déplacements d'un prédateur invertébré. Le port d'un bon casque d'écoute amplifie le plaisir auditif où on entend les moindres nuances, comme ces lointains éclats qui semblent nous murmurer l'incompréhension. Graduellement, ce halo argenté qui ornait cette lente procession méphistophélique s'évapore comme un cerceau de boucane ayant terminé son cycle, modifiant l'inexactitude de sa portée sonore pour un banc de bourdonnements après la 9ième minute. Ce premier titre de COLD DUST devient alors plus intense avec cette nouvelle couche de réverbérations qui étouffe les murmures chtoniens que nos oreilles perçoivent non sans peine. Le synthé tisse des arabesques difformes au-dessus de cette lente vibration continue. Ils se regroupent pour former un improbable chant synthétisé qui captive notre ouïe. Ce chant ondule lentement, tantôt sourd et tantôt plus acuité. Il est aussi ce signal inattendu qui fait battre les machines, procurant un rythme abstrait et pourtant très efficace auquel se greffe une suite de bruits industriels qui tisse une autre structure de rythme ambiant dans une harmonieuse vision de cacophonie métallurgique.

Ghosts In Mirrors est un projet solo de Koen Buytaert, la moitié de The Roswell Incident. Il m’a fait gentiment parvenir cet album dans le cadre d'un échange de messages concernant les projets futurs du duo Belge. Ainsi, j'ai appris qu’un nouvel album deThe Roswell Incident était prévu pour cet automne, de même qu’un nouvel opus de Ghosts In Mirrors. Avec ce nouveau projet solo, Koen Buytaert vise une audience qui affectionne le style plus ambient sombre avec une touche industrielle de ficelée autour des ondes vrombissantes des synthés. Ne cherchez pas de séquenceurs, ni de batteries électroniques, il n'y en a pas. COLD DUST est un concert de musique pour ambiances très noires qui est à la recherche du vide de l'existence. Keon y ajoute une touche industrielle qui sied bien au décor dans lequel il a présenté le premier acte de son nouveau projet solo. Le ronronnement de The Thought was Missing accoste nos oreilles avec plus de violence. Il se divise en lignes qui se tortillent comme une poignée de couleuvres apeurées par les cognements industriels pour se regrouper en une masse compacte de mugissements mécaniques et dont les sifflements ont une couleur éclipse de feu. Ça me fait penser aux moments corrosifs et acidés de Klaus Schulze dans ses premiers albums Cyborg et Irrlicht, surtout lorsqu'une nappe d'orgue ténébreuse cerne le mouvement après que des notes de piano ont structuré une cadence de film d'épouvante. Ces accords et leurs résonnances jumelés aux crissements industriels peuvent alimenter la névrose collective. Je dois avouer que j'ai trouvé ce passage pour le moins assez pénible pour mes oreilles. Une chose est certaine, cette ouverture de The Thought was Missing n'a rien pour nous guider vers le sommeil. Tout son contraire où nos oreilles sont rivées à son ascension guidée par les ondes de cet orgue sinistre qui font du slalom entre les diverses sources de bruits industriels. Augmentant l'inclination de son chant luciférien après la 12ième minute, elle continue cette introspection sonore où les sons cherchent de nouvelles couleurs dans une finale qui a sans doute trouvée le vide de l'existence.

Il n'y aura pas de mensonges ici, COLD DUST de Ghosts In Mirrors est un album difficile à apprivoiser si vous n'êtes pas un amateur de musique pour ambiances ténébreuses et métallurgiques. Il y a un côté obsessionnel à cette musique, même dans The Thought was Missing, qui nous accroche à nos écouteurs. Signe que c'est bien fait et que Koen Buytaert a su habilement créer une ambiance où le délire des uns communique avec la curiosité des autres. Je suis bien curieux d'entendre le suivant…

Sylvain Lupari (23/08/22) *****

SynthSequences.com

Disponible au Antenna Festival Bandcamp

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