• Sylvain Lupari

Ian Boddy & Erik Wollo: Revolve (2022) (FR)

Updated: 6 days ago

La balance est plus que parfaite ici entre rythmes et panoramas atmosphériques

1 Tellus Mater 5:43

2 Abeona 7:13

3 Revolve 6:44

4 Terra Incognito 5:33

5 Turnabout 5:10

6 The Winding Path 6:26

7 Apogee 7:13

8 Adiona 7:36

DiN073

(CD/DDL 51:39)

(Ambient, sequencer-based EM)

Un lointain vent océanique alimente l'ouverture atmosphérique de Tellus Mater. Des effets électroniques et des ondes de synthé sonnant comme des clairons sont parmi les éléments dominants de cette introduction à REVOLVE qui déjà fait montre de sa diversité tonale. Une ombre de basse rampe dans ce panorama, jetant une aura dramatique qui s'amplifie avec la six-cordes de Wollo dont les gémissements possèdent ce don unique de chambouler nos émotions. Ainsi débute cette 3ième collaboration entre Ian Boddy et Erik Wollo. Lames et larmes de guitare. Écarlates comme céruléennes, elles voyagent à travers les différents panoramas de REVOLVE que le fondateur de DiN structure sur des rythmes parfois entraînants, des rythmes qui flirtent même avec du Berlin School, ou ambiants. Parfois, il n'y a aucun de ces rythmes. Juste des textures atmosphériques que les deux complices tissent avec la pointe de leur imagination. Dans un album nourrit d'atmosphères plus chaleureuses, peut-être à cause de la présence du Moog, le duo Boddy & Wollo s'éloigne de ces froides poésies musicales dépeintes dans Meridian, projetant un canevas musical nettement plus détaillé où les rythmes bercent des mélodies spectrales qui poussent comme des vents contraires alors que l'opposé existe dans les phases atmosphériques. Encore une fois, il s'agit d'un très bel album qui renoue légèrement avec les essences de Frontiers.

Les woosshh de Tellus Mater dépassent ses frontières pour se faire picorer par les tintements percussifs qui animent l'ouverture de Abeona. Cette courte sérénade cadencée se fait délicatement bercée par les bourdonnements passifs d'une nappe basse sans ambition. L'effet structure deux éléments rythmiques en parallèles, initiant la guitare à lancer ses bouts d'harmonies qui flottent en symbiose avec ceux du clavier. Le rythme est lent jusqu'à ce que le Moog, ça sonne comme un Moog à la Mark Shreeve, structure un rythme qui palpite nerveusement après la seconde minute. Ce rythme oscille. Il court quasiment dans une structure ascensionnelle à la Arc, qui est à cheval entre vitesse et lenteur. La guitare ornent sa progression en lançant des nappes acuités dont les airs fantomatiques se faufilent dans l'effet de tourbillonnement d'un essaim d'arpèges limpides. Cette structure sonore riche et diversifiée par le talent et la créativité des deux compositeurs est l'apanage des presque 52 minutes continuelles qui lient les 8 titres de REVOLVE. Ce sont des nappes de synthé aux orchestrations brumeuses qui dégênent les tintements percussifs dans l'ouverture de la pièce-titre. Des accords de guitare virevoltant en boucles complètent cette vision rythmique qui palpite nerveusement. De là, Revolve enchaine avec un rythme lent et résonnant après la 90ième seconde. L'effet caoutchouteux des séquences structure un sournois mouvement ascendant du Moog sous un maillage d'accords de clavier et de guitare qui virevolte comme une nuée de lucioles musicales. La guitare ajoute une touche légèrement plus Funky en milieu de parcours.

Terra Incognito est un titre atmosphérique qui laisse la basse étendre ses respirations. Elles vibrionnent sous un duel entre les nappes et les harmonies spectrales du synthé et de la guitare-slide. Il y a un fascinant chant de chouette synthétisée qui magnétise les sens dans ce titre idéal pour une marche de nuit dans un cimetière. Les effets de clapotis d'eau sont récurrents dans la majorité des ouvertures des titres de REVOLVE. Ils sont donc à l'origine de Turnabout qui privilégie une trame sonore dramatique avec des effets de bourdonnements de la guitare. Une marche cadencée se met en branle après la 90ième seconde, structurant un rythme théâtral dont la tranquillité sert l'arsenal des nappes et lamentations de Wollo à la guitare. Une délicate mélodie se met à roucouler et ses boucles donnent une texture plus lumineuse aux ambiances ténébreuses du titre. The Winding Path propose un rythme comme Abeona, peut-être légèrement plus lascif, dans un décor tonal à la Rick Wright pour les accords de clavier. La guitare texture une ambiance des plus émouvantes avec un effet de vibrato dans ses harmonies. Apogee propose en contrepartie une structure de rythme plus fluide et nettement plus entraînante dans une enveloppe très électronique avec un sursaut énergique supérieur à celui de la pièce-titre. Il y a un mélange de Jazz et de Funk dans la texture harmonique de la guitare sous des envolées spectrales du synthé et un solide rythme du genre England School. Intense et émouvant, Adiona termine ce nouveau chapitre de Boddy & Wollo avec une vision atmosphérique onirique. Les ondes spectrales de Erik Wollo donne des frissons et l'impact ne serait pas le même sans ses respirations du Moog qui donne une tout autre dimension à ce très beau et encore poétique REVOLVE et dont la balance est plus que parfaite entre ses rythmes et ses panoramas atmosphériques.

Sylvain Lupari (05/09/22) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au DiN Bandcamp

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