• Sylvain Lupari

IAN BODDY & MARKUS REUTER: Memento (2017) (FR)

Vous n'êtes peut-être pas fan de ce style d'Ian Boddy & Markus Reuter, mais donnez simplement un essai à ce Momento et je suis sûr que vous serez ravi

1 Gyroscope 7:45 2 Spindrift 6:56 3 Linger 6:24 4 Memento 6:31 5 Vermilion 9:08 6 Deadlock 9:34 7 Stay 6:26 DiN52 (CD/DDL 52:58) (Dark ambient on sequenced beats) On a beau ne pas être un amateur des genres, de ce qui sort des studios DiN, mais si on se donne une chance d'écouter un album de cette usine de sons multicolores on se retrouve au banc des conquis. Je suis tombé dans la marmite Boddy & Reuter après l'étonnant Derwish en 2009. J'aimais cette ambiance d'un King Crimson qui éparpillait une étrange musique dans un univers parallèle. Et depuis c'est toujours avec un intérêt que je décore mes sens de cette musique qui flirte avec tant de genres sans pour autant perdre son identité. MEMENTO est le 6ième opus, si l'on compte le désossement de Derwish avec Unwound en 2010, de ce duo dont les approches créatives se fondent admirablement bien dans une enveloppe sonique qui enchante autant que dérange notre perception de la MÉ contemporaine.

Un souffle flûté flotte avec un beau parfum de sérénité, alors que doucement Gyroscope prépare le festin sonore de MEMENTO. Une ligne de séquences trace une structure de rythme ambiant qui monte et redescend avec une teinte d'harmonie dans le ton. Des percussions lourdes tombent, martelant un rythme mou et lent qui est le compagnon idéal à l'enveloppe un brin dramatique qui se dégagent des ambiances de Gyroscope. Ce qui saute aux oreilles est cette masse de sons qui convergent vers un mouvement linéaire d'où flottent des larmes d'une six-cordes électrique plaintive. Un exemple? Les séquences volètent toujours, les percussions déboulent et reviennent, des nappes de voix et de synthé ornent un décor de paranoïa dont les nuances se faufilent pour se perdre dans une renaissance sonore qui cherche constamment à relier les fils des ambiances sibyllines qui se dégagent de Gyroscope et de MEMENTO. Par la suite la structure de rythme revient avec une approche plus saccadée sans trop comprendre comment se forge de l'Électronica avec une saveur de Darkwave sans parole. Les souffles de voix feront l'affaire dans ce tintamarre, pourtant si bien structuré, où les sons et la musique se multiplient dans une zone de contrôle hertzienne. Le voile de ces ambiances absconses se transforment en marche funèbre dans Spindrift où la guitare de Markus Reuter règne sur une pesante marche des percussions. Séparé par des phases d'ambiances très polychromes, le mouvement transite entre une possession des sens lucifériennes et des amorces de rythmes qui restent plus intenses qu'entraînantes. Oui! Une musique sombre et envahissante avec des phases de rythmes qui soulèvent constamment les passions. C'est la musique de MEMENTO! C'est la musique de Boddy/Reuter!

Linger, tout comme Deadlock, offre ces paysages d'ambiances noires avec de longues complaintes rauques qui se forgent en un intense murmure des drones réverbérants et torsadés. La guitare est tranchante, notamment dans Deadlock qui est plus infernal que Linger, créant des lamentations spectrales, plus anonymes dans Linger mais plus virales dans Deadlock. D'ailleurs, la finale de Deadlock va vous river à vos écouteurs. La pièce-titre est un pur délice avec son mouvement de séquences à la Redshift, ou Arc, et ses ambiances à la King Crimson. Une étonnante fusion, dans une structure littéralement entraînante où les séquences se parent de tonalités divines et où la guitare rôde comme un spectre affamé. Très bon! Et Vermilion l'est tout autant avec son rythme vivant, qui scintille sur les sautillements agiles de séquences limpides, et sa mélodie envoûtante, qui va vous dorloter les sens pour longtemps. L'esthétisme sonore est absolument saisissant ici avec une approche moins sombre mais tout autant obsédante avec et habile fusion synthé et guitare qui forge une fascinante enveloppe d'ambiances. Après l'immersion dans les territoires noirs de Deadlock, Stay est comme une oraison méditative et repentante suite à l'impressionnante approche luciférienne de ce monument cabalistique qu'est Deadlock. C'est une finale d'ambiances avec de lentes et larges ondes de drones qui se tortillent comme un ver géant évitant les lames acérées d'une guitare menaçante. Une invitation pour faire rejouer Gyroscope et de plonger à nouveau, et toujours avec plus de plaisir, dans cet univers de découvertes sonores où l'on sera récompensé et dont le pinacle, Momento et Vermilion, nécessite une bonne dose d'ambiances chthoniennes. Et à ce niveau, nous sommes plus que servi avec ce superbe album qu'est MEMENTO! Dans les bacs le 19 Mai prochain!

Sylvain Lupari (13/05/2017) ****½*

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