• Sylvain Lupari

INDRA: Archives Platinum Two (2016) (FR)

“D'accord ou pas, Indraest un phénomène comme Klaus Schulze et comme lui, ses albums ont toujours un petit quelque chose qui glisse à merveille entre les oreilles”

CD 22

1 Meteor 29:20 2 From Beyond 31:11 3 In the Sky (excerpt) 16:12

Indra Music (CD-R/DDL 76:44)

(Roumanian School)

Contrairement à Platinum One, dont la musique remontait autour de 2005, ce PLATINUM TWO est un album qui nous rapproche de plus en plus des visions musicales contemporaines du synthésiste Roumain qui offre une musique composée et enregistrée autour de 2013. L'album propose 3 longs voyages intra sensoriels évolutifs avec des structures minimalistes qui sont mûres afin d'accueillir les fruits de la créativité d'Indra. Meteor débute avec le chant d'un rossignol coincé à l'intérieur du synthétisé qui fait roucouler ses cercles harmonieux en boucles hypnotiques. Des éléments percussifs font cliqueter leur tonalité de métal qui résonne parmi des effets cosmiques et autres effets avec des tonalités un brin organique. Cette introduction regorge d'une faune sonore très diversifiée, un nouvel élément de richesse tonale dans l'univers contemporain d'Indra. Une ligne de basse séquences fait pulser ses ions qui sautillent avec une gradation tonale qui s'intensifie de plus en plus avec la compagnie d'une large bande de nappes atmosphériques, digne des belles années d'éther de Klaus Schulze. Des cognements sourds modifient la course harmonique des roucoulements alors que ces derniers s'effacent de plus en plus, laissant la voie à des cigales jouant de la castagnette. Cette mise-en-scène sert la cause des synthés qui étendent autant de voiles de brumes que de voix éteintes, de même que de beaux solos qui sonnent comme dans la période In Blue. Le rythme est ambiant et circulaire, et chaque cognement amène un nouvel élément dans la progression de Meteor. Des percussions structurent un rock électronique morphique qui se couvre de nappes de voix et d'éther. Étrangement, le chant du rossignol électronique réapparait, de même qu'une voix elfique qui étend ses murmures dans les axes de cerceaux qui s'entrechoquent et sur le lit de séduisants autres effets percussifs. Des lignes de séquences s'activent comme des vols d'abeilles s'apprêtant à quitter la ruche. Et Meteor s'envole sur un mouvement spasmodique où les séquences bourdonnent autour d'un rythme toujours bien entouré par une belle créativité au niveau des percussions. L'effet est de secousses rythmiques avec des percussions qui tintent comme des enclumes et une aura stroboscopique qui lie les lignes de rythmes en un essaim convulsif. Les solos irradient ce rythme qui change aussi ses nuances après d'autres cognements sourds pour s'exiler vers un hymne de rock dansable ornée d'une assez belle mélodie qui se fredonne comme des colibris s'excitant à l'unisson. Le mouvement se calme et offre un beau Berlin School où revient nicher cette mélodie d'ouverture qui a si souvent changer d'octave et de peau dans cette séduisante évolution de Meteor. Une énorme nappe de sérénité déroule les premiers instants de From Beyond qui multiplie ses ondes célestes et dont l'amoncellement dessine un dense voile sonique flagellé par des sifflements d'étoiles sonores. Opaque et figée dans son statut de musique ambiante, la structure commence à donner signe de vie avec des lignes saccadées qui flottent avec des heurts dans ce qui est convenue de décrire maintenant comme étant un gros lac en suspension et dont l'eau est versée en de fines orchestrations. Les effets sonores agacent un peu, car le mouvement, et ses orchestrations lunaires, est d'une tendresse à faire pleurer les astres qui le surveillent. Mais ils ne sont pas là pour rien. Ils éveillent des percussions en insufflant tonus et musicalité à un chant amphibien qui se sert des percussions afin de faire moduler ses charmes rampants. Cette étrange fusion donne des moments forts, comme ces chants de synthé qui multiplie les frissons alors que doucement From Beyond s'éveille pour fuir sa torpeur dans de puissants arrangements et un rythme mou bien mastiquer par des percussions. Les orchestrations sont dominantes et incroyablement enveloppantes tout au long des 31 minutes de ce titre qui a su évoluer efficacement dans son éveil lent mais très bien calculé. Un très gros titre d'Indra! Après une lente intro assez Pharaonique, In the Sky (excerpt) se met en branle avec un rythme sculpté par des séquences liées en séries de riffs. De somptueux pads orchestraux, présents depuis les premiers instants, enrobent ce rythme ambiant conçu pour les neurones, mais pas vilain pour les doigts, jusqu'à ce que des séquences percussives sautillent d'une oreille à l'autre. Ce rythme sans vraiment de destiné fait bouger un peu nos doigts jusqu'à ce qu'il soit avalé par une zone d'effets et de miroitements. Il revient terminer In the Sky (excerpt), dont on entend seulement un extrait. J'aimerais entendre la suite…

Que ça plaise ou non, Indra est un phénomène comme Klaus Schulze! Les différences sont les époques, le musicien Roumain est arrivé sur l'échiquier au début des années 90 alors que l'utilisation des logiciels pour synthé battait son plein, et la vision commerciale nettement déficiente en Roumanie où l'artiste a débuté l'exportation de ses œuvres une douzaine d'années plus tard. Mais pour le reste, Indra est une boule de créativité comme l'était Klaus Schulze dans ses belles années. Une boule qui se contracte et s'assèche de son énergie depuis la fin de cette série, mis à part un dernier album en 2017, Kamalatmika, de la série Tantric Celebration qui devrait connaître une suite bientôt. Où vais-je? Nulle part! Je viens juste de dire qu'Indra est un phénomène comme Klaus Schulze et comme avec ce dernier, ses albums ont toujours quelque chose de séduisant à se mettre entre les oreilles.

Sylvain Lupari 14/04/19 ***¼**

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Disponible chez Indra Bandcamp

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