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  • Sylvain Lupari

JEAN-MICHEL JARRE: Waiting for Cousteau (1990) (FR)

Un album en deux temps avec ses phases de rythme contagieux et de mélodies exotiques ainsi qu'une longue phase de musique méditative

1 Calypso I 9:15

2 Calypso II 6:20

3 Calypso III 6:25

4 Waiting for Cousteau 47:00

Polygram CD 8773912

(CD 69:00)

(Electronic Tribal beats, ambient)

Mon premier contact avec cet album m'a extrêmement déçu. Je m'en souviens! Juste à l'idée d'entendre un long titre de 47 minutes, je m'imaginais des trésors d'errances cosmiques avec des soubresauts rythmiques d'un séquenceur aussi créatif qu'aux périodes d'Oxygene et Équinoxe, de pure ambiance méditative, oui j'ai été déçu. J'espérais ces rythmes analogues, un retour au sources quoi! Rien de tout cela! Nada! Sauf une longue kermesse atonale où une sombre ambiance mi aquatique mi-cosmique évolue en suspension sous de mélancoliques accords d'un piano ayant honte de faire entendre sa mélodie linéaire froide comme le fond des océans. Heureusement, il y avait la trilogie Calypso en hommage aux navires Calypso du Commandant Yves-Jacques Cousteau. Car ce 14ième opus de Jean-Michel Jarre est dédié à l'œuvre de l'océanologue Français.

Je me suis donc rabattu uniquement sur les 3 premiers titres pendant une longue période de ma vie. Des titres bouillants qui sont imprégné de rythmes et d'ambiances exotiques caribéennes. Un gros ronflement industriel fend une eau bouillonnante, témoin des empreintes de Révolutions dans EN ATTENDANT COUSTEAU. S'ensuit un air de fête avec des percussions Antillaises qui accompagnent des arpèges nerveux, stigmatisant une harmonie aussi vive que le débit rythmique. Débit agréablement appuyé par un maillage de percussions aux teintes tant brésiliennes qu'industrielles et d'autres plus en mode rock qui flirtent avec le coté électronique du séquenceur et une solide ligne de basse. Oserais-je écrire qu'une étreinte de Zoolook y traîne que je me ferais crucifier? Pourtant la vision tribale-techno des rythmes ainsi que des effets vocaux sont là pour nous rappeler cet imposante œuvre avant-gardiste dans la discographie du célèbre musicien français. J'aime bien, et Calypso II est encore meilleur avec son intro apocalyptique futuriste. Auparavant, des milliers de mouettes électroniques injectent leurs cris dans des impulsion de ligne de synthé vacillantes et les remous géants des océans. Des faisceaux électroniques auscultent un horizon sonore énigmatique et une ligne de séquences hyperactives titube dans une démarche spasmodique harponnée par de stupéfiantes percussions militaires. Le rythme qui suit dépose son arsenal de percussions dont les échos et les tonalités de marteau sur une enclume séduisent autant que ces nappes de synthé aux lancinantes mélodies hantées. Le rythme change de peau afin d'épouser une structure unique à la MÉ que des centaines de percussionnistes invisibles maltraitent avec une mélodieuse approche rythmique. L'effet est terrible dans des écouteurs! Calypso III propose un rythme plus lent avec son vision mélodramatique bien ancrée par de lourdes percussions résonnantes et des nappes de synthé orchestrales. Cette première moitié d'EN ATTENDANT COUSTEAU est très attrayante avec sa mélancolie pour l'album Révolutions.

Maintenant, la longue pièce-titre! Je l'ai trouvé décevante avec ses 47 minutes de pure ambiances. Un titre immersif méditatif tissée dans le calme des eaux tranquilles par une soirée et une nuit sans vents, alors que nous flottons carrément dans l'océan. Si les nappes tissent le décor lunaire, le clavier fait tinter des accords qui répondent à leurs harmonies, comme une écho sur mer dont la Lune est le seul témoin. Ça m'a pris beaucoup de temps afin de trouver du bon dans cette symphonie ambiante. Et avec les années, j'ai succombé au point de dire qu'il s'agit d'un des meilleurs titres de musique ambiante méditative de par ces accords qui glissent sur le fil d’une eau tranquille. Des effets sonores ajoutent une vision organique bien en avant de son temps, alors que les notes tintant dans la nuit océanique continuent de charmer la lune… et ma période pré sommeil. Pour en apprécier sa juste valeur, il faut aborder En Attendant Cousteau les oreilles ouvertes dans une paire d'écouteurs, les yeux fermés. On y découvrira alors un étonnant voyage musical où l'imagination devient le facteur premier. Ou bien on voyage au cœur d'une grotte virginale, ou bien on flotte dans un cosmos entouré de points d'eau, ou bien on est tout simplement en état de synchronicité avec sa doublure intérieure.

Il faut prendre le temps d'apprivoiser cet album énigmatique qu'est EN ATTENDANT COUSTEAU. Un album en deux temps avec ses phases de rythme contagieux et de mélodies exotiques ainsi qu'une longue phase de musique méditative qui part des confins des océans pour embrasser les frontières d'un cosmos. Il faut se laisser envelopper et submerger par ces 47 minutes. C'est la seule façon d'y arriver. Et voyez-vous, depuis près de 20 ans que je me tape cette pièce-titre dans les noirceurs de mon âme afin d'y trouver les raies de lumières qui s'y tapissent. Une belle œuvre à découvrir dans son entier de Jean-Michel Jarre.

Sylvain Lupari (28/03/10) *****

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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