© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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JEFF GREINKE: Before Sunrise (2018) (FR)

“J'ai apprécié cet album qui possède un bon mélange acoustique/électronique, donnant une profondeur que j'ai rarement entendu sur une musique ambiante sombre avec une touche New Age”

1 High Flyers on the Night Sky 9:45 2 Slow Train on an Open Plain 7:06 3 Night Watch 6:10 4 The River 5:31 5 Under Falling Stars 4:50 6 Mountains and Clouds 5:45 7 Rain, then Snow 6:11 8 Before Sunrise 11:59 Spotted Peccary | SPM-3701

(CD 57:20) (Dark Ambient, New Age)

C'est la 1ière fois que je mets de la musique de Jeff Greinke, et pourtant je connais le nom, entre mes oreilles. Associé fortement au New Age et à la musique d'ambiances dite ténébreuse, Jeff Greinke a pourtant joué un rôle important dans le rayonnement du mouvement de musique électronique d'ambiances dans le milieu des années 80 aux États-Unis. BEFORE SUNRISE est aussi un premier opus du musicien Texan sur le label Spotted Peccary, deux de ses précédents albums (Virga et Winter Light) ont paru cependant sur Lotuspike qui fut acheté en 2008 par Spotted Peccary. Et comme chaque album de ce label est passé au peigne fin par Ben Cox et Howard Givens, il faut s'attendre à un fascinant rendez-vous avec une MÉ qui surfe plus sur les axes du New Age mais dans une vision plus progressive. Sauf qu'ici, Jeff Greinke emprunte une autre avenue en offrant des panoramas musicaux où les ombres sombres des textures des synthés et de ses échantillonnages sont jumelées à des instruments acoustiques, tel que trompettes, saxophone, cor français, alto, violon, violoncelle et piano. Et cette union donne une texture musicale qui se reflète dans le bleu acier d'une pochette qui exprime sans détour la vision de BEFORE SUNRISE. Et l'aventure débute avec High Flyers on the Night Sky qui se développe dans une ambiance nocturne avec un concerto de criquets qui fait lever une brume synthétisée aux parfums des rosées matinales. Des larmes de piano tombent sur ce voile de lignes dont les contrastes fredonnent une ode ambiante légèrement stridente qui accueille la chaleur des instruments à vents. Cet ensemble acoustique donne de beaux reflets aux nappes de synthé et à leurs couleurs miroitantes. Le violon étire aussi ses larmes, ajoutant plus de texture sino-américaine à ce titre qui évolue avec une belle intensité émotive digne d'une musique de film. Ce violon est plus présent dans Slow Train on an Open Plain qui est une continuité de la pièce d'ouverture. Son débit est un peu plus lent, un peu comme une procession mortuaire où le chagrin se traduit par les lamentations du violon. Encore ici, les instruments à vent dominent sur les ondes ambiantes d'un synthé alors que, pensif, le piano est un peu plus mélodieux. Night Watch démontre le talent de Jeff Greinke pour sculpter un panorama d'ambiances sombres. Un sourd bourdonnement s'échappe de son introduction, soulevant des brises rauques, comme des tintements de carillons, qui sont prisonniers d’une tempête statique. The River propose une structure plus joyeuse. Plus animée avec de fins riffs saccadés qui dansent avec ce genre de Jazz léger des rues de la Nouvelle-Orléans. Les clairons et les nappes de synthé recouvrent cette rythmique un brin spasmodique, on dirait par moments un genre de transe spirituelle, alors que l'ajout du violon et du piano opposent un contraste de morosité nostalgique.

Under Falling Stars débute par une nuée de violon qui descend des cieux dans des accords pincés d'un autre violon. Cet effet de cascade est amplifié par un piano, structurant un beau canon musical qui est plus mélodieux, notamment grâce à des tintements de carillon, que grave et austère. Un bon titre très musical qui tourne vers un rythme léger dans sa deuxième moitié. Mais au final c'est une pièce de musique aussi bien fignolée que ficelée avec une belle et enivrante cacophonie musicale qui reste toujours assez près d'une fascinante cohésion. Mountains and Clouds est un titre d'ambiances sombres avec des échantillonnages d'instruments acoustiques qui flottent sur un plateau d'ombres sonores sibyllines. Les vents rugissent et mugissent avec une froideur dans le ton qui donne un aspect glacial à la lente évolution tonale de ce titre. Beau et dérangeant à la fois, j'ai bien aimé cette tourmente qui se cache derrière le piano tantôt rageur et tantôt rêveur de Rain, then Snow. Une sublime nappe de voix fantomatique berce les deux visions scindées en une seule approche d'un piano qui me fait penser à du George Winston. La longue pièce-titre resplendit les 7 premiers chapitres de BEFORE SUNRISE avec une approche lente où les parfums mélancoliques déjà présents abondent avec le même ensemble d'instruments acoustiques que High Flyers on the Night Sky. L'alto est criant d'émotion et de tristesse alors que le piano échappe ses gouttes de tendresse dans ce mouvement linéaire où les vents sombres de Jeff Greinke engloutissent au final une introduction qui donne ses frissons garantis à une âme en détresse. Des frissons qui se comptent aussi par dizaines dans les 58 minutes de cet album de Jeff Greinke. Je ne dis pas que je suis un fan du genre ambiant noir avec un zest de New Age! Mais j'ai bien aimé ce voyage dans les territoires d'une musique méditative sombre où les instruments acoustiques complètent, sinon dominent, les usuels panoramas électroniques du genre. Il y a des moments surprenants dans cet album qui me font aussi penser un peu à du Erik Wollo à cause de cette vision de froideur qui se cache dans les évolutions des titres plus longs. Au final; je n'aurais jamais pensé aimer. Mais c'est tout le contraire!

Sylvain Lupari (07/05/18) ***½** SynthSequences.com Disponible au Spotted Peccary