• Sylvain Lupari

JEROME FROESE: Neptunes (2005) (FR)

Autant Neptunes est lourd, autant mélodieux et déchiré entre ses passages éthérés il est, comme avec ses rythmes FM, ses belles mélodies et sa Guitartronica

1 Radio Pluto 7:30

2 Friendship 7 10:35

3 The Fade from Death to Afterlife 4:32

4 My Reality at 52 Degrees of Latitude 5:47

5 Sky Girls 6:29

6 Decoding with Celine 10:12

7 Through the Moving Light 5:21

8 A Room in the House Closed to the Public 6:33

9 C8 H10 N4 O2 (Re-stirred 2005) 7:34


10 The Murder Mystery Dinner Train 6:56

11 At Marianas Trench 5:17

12 40 Sublunary Seconds 0:40

Moonpop Moon CD-702

(CD/DDL 77:53)

(E-Rock, Electronica, Guitartronica)

Ouf! Qu'il y a du jus et de la puissance sur NEPTUNES. Un opus que j'ai trouvé brutal et très rock mais au final, et après plusieurs tentatives, que j'ai fini par adorer. Il tourne en boucles dans l'auto! Faut comprendre que je ne suis plus vraiment friand des rythmes lourds qui dévissent les planchers, mais si l'on compare cette œuvre de Jerome Froese à 220 Volts Live, on découvre tout son charme. Les rythmes lourds sont au cœur de belles ambiances avec un bon dosage des séquences, d'accords et riffs de clavier ainsi que des nappes de synthé bien coloriées. Les percussions, en mode rock ou IDM, et finalement la guitare qui est lourde et harmonieuse, par moments ambiante, sont au cœur d'un album de rock électronique tout en nuances. Il est écrit à l'intérieur de la pochette que NEPTUNES est majoritairement construit autour des guitares. C'est dans une vision de rock électronique lourd que Jerome appelle Guitartronica. Oui il y a beaucoup de guitares! Et de la grosse six-cordes remplie de solos incisifs et surtout de riffs pesants, faisant de NEPTUNES son premier album qui réunit tous les ingrédients pour plaire autant aux amateurs de EDM que de rock électronique. On est loin du Berlin School…mais c'est Jerome et j'aime Jerome!

Les 2 premiers titres de cet album se retrouvent aussi sur le E.P. Radio Pluto. Ce sont deux titres aux structures ambivalentes où les rythmes côtoient des approches plus éthérées. The Fade from Death to Afterlife est dans cette optique en proposant une musique d'ambiances sibyllines. Ces ambiances sont lourdes avec un ruisselet d'arpèges miroitants qui est entouré de nappes bourdonnantes et de voix angéliques. Les contrastes s'attirent dans ce titre planant tout comme At Marianas Trench, et ses accords de guitare qui remplacent la voix des anges et le court 40 Sublunary Seconds. Ces deux titres concluent un premier album solo de Jerome. Mais avant, il y a du rythme et des riffs! Les ouvertures d'ambiances sont assez récurrentes dans ce NEPTUNES, créant confusion et hésitation dans quelques titres, comme dans le fougueux My Reality At 52 Degrees of Latitude qui a besoin de 150 secondes pour étaler sa structure lourde remplie de percussions assommantes et agitées, d'une bonne basse bien grasse et d'une guitare qui multiplie ses nombreux riffs et des solos naissant de ces riffs. Un gros titre lourd avec une ambiance poignante plantée par une guitare inspirée et inspirante. C'est devenu un incontournable dans le répertoire de Jerome Froese, tout comme A Room in the House Closed to the Public qui présente un peu plus de passages séraphiques avec ces nappes de voix de collégiennes insérées entre des phases d'un gros rock pesant et tourbillonnant de fureur qui sont nourris de gros riffs. En fait, peut-il y avoir plus lourd que ces passages? Une couche d'un synthé brumeux et ses souffles flûtés, ainsi que des riffs légers d'une guitare rêveuse initient Sky Girls. Une ligne zigzagante du séquenceur sculpte des longs huit un peu intoxiqués, alors qu'une belle voix séraphique chantonne au-dessus d'une guitare qui ne peut contenir la fureur de ses riffs et de solos rageurs s'émiettant dans cette structure qui s'anime finalement avec ces percussions nerveuses et ses effets percussifs. La structure principale ondule dans cette masse rythmique statique qui sert de base à cette guitare et ses effets de Guitartronica. Entre un statique rock lourd et du soft rock, genre Radio Pluto, Sky Girls suit cette courbe de rock éthéré qui ondule sur des percussions nerveuses et de bons solos de guitare mélancoliques.

Decoding With Celine est un autre titre qui nous plonge dans l'ère 220 Volts Live. Tout est noué autour d'un séquenceur et de son rythme en saccade et spasmodique qui sautille sur une longiligne et ondoyante ligne de synthé embrumée. Les percussions amorcent un éveil du rythme qui est vite rejoint par de mélodieux accords d'une guitare sobre et un synthé aux solos plaintifs. Toujours nerveux, le rythme atteint un point de rupture où ambiances plus planantes et couches de synthé survolent des percussions toujours aussi vives. Et le rythme reprend avec des accords qui gambadent et sont harponnés par de furieux solos de guitare, nourrissant l'ambivalence des rythmes de Decoding With Celine. Des accords d'une guitare acoustique un brin métallique ouvre le très beau Through the Moving Light. Les percussions déboulent pour marteler un rythme franc et sec, alors qu'un piano et une guitare lance de beaux accords et des solos mélodieux sur un rythme lent et lourd. C'est un beau rythme et une superbe mélodie d'un genre Beatles électronique où l'approche mélodieuse est subdivisée par plusieurs instruments, mais c'est la guitare qui domine avec de beaux accords, des couches éthérées ainsi que des beaux solos qui décrochent des soupirs à mon âme. Un superbe titre que ce Through the Moving Light! Après l'improbabilité des rôles et de leurs phases dans A Room in the House Closed to the Public, C8 H10 N4 O2 (Re-stirred 2005) est légèrement modifié ici. Il prend en effet une belle tangente techno-rock, qui s'insère dans une structure plutôt ambiante. The Murder Mystery Dinner Train nous replonge dans des structures ambivalentes où le puissant rythme est entrecoupé de passages plus calmes. Des rythmes furieux et lourds, martelés de bonnes percussions, de bons riffs de basse et guitares ainsi que de lourds solos incisifs qui déchirent sa toile rythmique.

Autant NEPTUNES est lourd, autant il est mélodieux et déchiré entre des passages éthérés, des rythmes FM, des belles mélodies et des riffs de guitare lourds et brutaux qui sont à l'origine de beaux solos d'une guitare qui parvient à nous émouvoir. Mais j'ai surtout été surpris de constater son importance dans les approches rythmiques du Dream. Seul et libéré du carcan de Tangerine Dream qui à l'époque cherchait à conquérir 2 publics, Jerome est très à l'aise dans ce rock lourd comme éthéré où la guitare est aussi importante que les nombreux plans de percussions en boîtes. Il y a beaucoup de Tangerine Dream qui se cache derrière chaque construction d'un titre, comme le contraire peut facilement s'appliquer. Au final, ce NEPTUNES est un solide album où la rage créatrice de Jerome Froese saura vous conquérir.

Sylvain Lupari (30/09/09) ***½**

SynthSequences

Disponible au Jerome Froese Bandcamp

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