• Sylvain Lupari

JOHAN TRONESTAM: Far Away (2012) (FR)

“Far Away est un très bel album de rock cosmique monté sur des basses séquences et rempli de mélodies contagieuses”

1 A Wider Perspective 5:54

2 I am Already There 5:57

3 Exoplanet 7:00

4 Discovering the Unkown Space 5:31

5 Seen from a Distance 5:43

6 Silent Symphonies 5:41

7 Pulsar 6:10

8 Nebula 6:36

9 Distance and Time 5:30

10 Event Horizon 5:44

11 Artificial star Traveler 6:03

12 Beyond the Horizon of Knowledge 6:48

(DDL 72:36)

(Melodious Cosmic Rock)

Le cyberespace regorge de talents cachés qui se font connaître de bouches à oreilles. Et c'est le cas avec FAR AWAY du synthésiste Suédois résidant maintenant en Finlande Johan Tronestam. Chez les Tronestam la musique est une vocation. Fils d'un musicien qui le poussait à apprendre le violon, Johan Tronestam préférait de loin jouer de l'orgue électrique. C'est ainsi que sa passion lui donnait la chance de jouer des claviers pour divers groupes locaux et d'acquérir un premier synthé à l'aube des années 80; un synthé Korg Trident. Parallèlement, la découverte de l'album Oxygene de Jean Michel Jarre allait changer sa vision artistique et son approche musicale. Et c'est au cœur de ces influences que baigne FAR AWAY, un puissant album de MÉ vivante et vibrante avec 12 titres aux structures rythmiques vitaminées par des séquences et percussions parfois indisciplinées qui finissent par s'unifier en d'étonnantes symbiose rythmiques. Ces rythmes sont honnêtes et accrocheurs où crissent, hurlent et susurre des vents d'Orion aux multiples formes, tant aérées que vocales. Bref, est un solide opus où le rock cosmique va de pair avec ses ambiances secrètes.

A Wider Perspective nous jette tout de go dans l'impressionnante toile musicale de cet album avec une lourde rythmique aboulique qui pulse sous un bon synthé aux lignes mélodieuses et étoilées. Nous sommes en plein état d'apesanteur bien rythmé avec une horde de percussions éventée par les effets d'écho des castagnettes et des pulsations mouillées qui pétillent sous les charmes d'un synthé aux mélodies et solos plaintifs, comme des lamentations de spectres coincés dans le cyberespace. Une ligne de séquences se détache pour onduler en solitaire et serpenter un rythme de plomb qui forge un tempo accrocheur et dont les mélodies cosmiques des synthés enrobent d'un envoûtant ver-d'oreille alors que tranquillement et trop abruptement A Wider Perspective disparaît dans l'oubli. Vous en voulez d'autres? Eh bien I am Already There remet ça! Cette fois le rythme est plus coulant avec une ligne de basse qui ondule de ses pulsations sourdes, jaugeant le poids des froids accords qui forgent une mélodie cybernétique. Comme pour la grande majorité des titres de son album, Johan Tronestam joue avec ses approches rythmiques, leur donnant différentes qui se rattachent dans une étonnante symétrie. Et ces ambiance sont assez cosmiques avec des solos fantomatiques, des voix éthérés et des brouillards argentés qui encerclent des figures de rythmes aux modulations tranchantes, un peu comme si Kraftwerk ferait un jam avec Tim Blake. C'est très bon et très efficace! L'intro d'Exoplanet offre une première incursion atmosphérique avec de brumeuses et nébuleuses couches de synthés dont les visions toujours harmoniques roucoulent dans un couloir cosmique. De violentes frappes de cymbales métalliques en perturbent la brève atonie, portant ce lourd ver cosmique vers une ligne de séquences dont les accords alternants, qui finiront par s'enchevêtrer, moule une rythmique circulaire et forge une belle approche harmonique sous un copieux festin de solos. Nous continuons de nager en pleine biodiversité rythmique avec Discovering the Unkown Space et ses lignes de synthé aux souffles de saxophone et aux brumes contemplatives qui suivent une progression d'un rythme bouillonnant de séquences et de percussions aux antipodes de leurs cohésions.

Seen from a Distance contribue à cette diversité rythmique avec des séquences qui forgent une ligne de vagues cosmiques dont les ondulations roulent sous le poids de solides percussions. Encore là, les percussions injectent des frappes et tonalités variées qui modifient l'axe d'un rythme toujours cajolé par un synthé aux essences cosmiques. Silent Symphonies est une belle mélodie cosmique habillée d'une fascinante facilité juvénile. Les arpèges qui tournoient tels des flocons de neige dans un labyrinthe étoilé rappellent les fragiles harmonies d'un Tomita. C'est simple, toujours cosmique et très accrocheur. Et tout au long de FAR AWAY nos oreilles sont confrontées aux réminiscences qui meublent les rythmes et mélodies de ce très bel album de Johan Tronestam qui enfile des titres accrocheurs avec une aisance déconcertante. Pulsar est une autre belle mélodie qui s'agite sur des percussions dont les frappes arythmiques martèlent un rythme légèrement chaotique. Le synthé y est délicat et infuse une douce ambiance maculée de romanesque avec des brises un peu ibériques qui chantent sous un lit de brume alors que le rythme, toujours en mode évolutif, cahote de ses fins soubresauts circulaires. Des gazouillis robotiques surprennent l'ouïe pour initier l'approche synth pop de Nebula qui offre un rythme soutenu par des percussions symétriques et des séquences voltigeant sous les doux souffles harmoniques d'une mélodie qui se siffle avec innocence. C'est une belle ballade électronique qui n'est pas banale puisque Tronestam creuse continuellement ses compositions afin de surprendre l'auditeur avec des tournures inattendues. Délicat, Distance and Time est le point de rencontre entre Nebula et Silent Symphonies. Event Horizon est un très bon down-tempo cosmique avec un rythme entre deux phases où les percussions feutrées et les séquences circulaires sont bercées de voix lointaines et caressées par un doux synthé aux arômes hispaniques. Ces brises de synthé aux couleurs des terres Ibérique réchauffe le rythme robotique d'Artificial Star Traveler dont l'amorce éveille des réminiscences de Kraftwerk sur The Robot. Beyond the Horizon of Knowledge conclut sur une approche rythmique aussi fine que lourde avec une spirale de séquences aux brefs arrêts rythmiques où la structure se revitamine pour foncer de plus belle comme un train sur des rails cabossés. Moins cosmique, la structure n'en demeure pas moins autant éthérée avec des voix égarées qui chantonnent sous les torsades d'un synthé aux formes et solos aussi charmeurs que mélodiques.

FAR AWAY est plus qu'une agréable surprise. C'est un solide album de cosmic-rock aux harmonies contagieuses. Johan Tronestam fignole 12 bons titres ici qui coulent avec la même biodiversité musicale que si l'on fusionnerait du Tim Blake et du Jean Michel Jarre pour faire revivre l'ère Michael Garrison avec plus de pesanteur rythmique. À ce niveau, le jeu des percussions et les lignes du séquenceur sculptent des squelettes rythmiques qui sont assez similaires mais juste un peu différents pour qu'on les remarque. C'est la belle surprise de 2012 en ce qui a trait à une MÉ séquencée et rythmée. À découvrir!

Sylvain Lupari (03/10/12) ***½**

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Disponible au Johan Tronestam Bandcamp

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