• Sylvain Lupari

JOHAN TRONESTAM: The Long Journey (2016) (FR)

“Cet album montre que Johan Tronestam est devenu l'ambassadeur le plus notable du E-rock cosmique depuis les meilleurs jours de Jarre et Garrison”

1 A New Frontier 3:34 2 Starting Point 5:54 3 Speed 6:56 4 Miscalculations 10:24 5 Beyond all References 6:36 6 Journey to Nowhere 5:28 7 The Eternity 8:16 8 New Worlds 6:56 9 Good Ambitions 6:56 10 Longing for Home 7:30 11 Back in Orbit 6:00 SynGate | CD-r JT03

(CD-r/DDL 74:30) (Classical cosmic rock)

Une ligne de basse rampante qui traîne son chagrin en gravissant péniblement les cimes des rythmes électroniques, et des larmes de synthé qui balaient les horizons avec des meuglements stridents à la Vangelis avec une structure de rythme ambiant qui est imprégnée du sceau de la mélancolie. Des prismes scintillent sur les reflets assourdissant des lignes de synthé qui tournent lentement comme l'œil d'un gyrophare agonisant alors que des voix absentes embrument nos émotions asservies à ces ambiances lourdes animées de tonalités électroniques qui sont au diapason d'un langage intersidéral. Inspiré des travaux de l'astronome et auteur Peter Nilson (1937-1998) et d'un poème à saveur cosmique de Harry Martinson, THE LONG JOURNEY épouse assez bien les grandes lignes de cette nouvelle qui dépeint un voyage cosmique qui s'est avéré beaucoup plus long que prévu et qui a surtout connu un dénouement tout à fait inattendu. Un voyage cosmique pour une musique très cosmique! Mine de rien, Johan Tronestam est devenu le plus bel ambassadeur de rock cosmique électronique à saveur analogue depuis Jean Michel Jarre et Michael Garrison ont abandonné le genre, pour des raisons très différentes. Toujours fortifiée d'une touche dramatique à la Vangelis et de nappes de synthé aux arômes très Floydiennes, la musique du synthésiste Suédois a ce don de nous balancer dans les frontières du cosmos avec des rythmes entraînants ou mous, parfois même ambiants, qui sont les fiers transporteurs de mélodies mangeuses de neurones.

Après la lente et très efficace introduction en A New Frontier, Johan Tronestam attaque le rythme accrocheur avec Starting Point et sa mélodie ambiante qui se détache de son emprise morphique pour rayonner sur un bon rythme électronique aux vieilles tonalités du rock cosmique des années 70. Boîte à rythmes et séquences basses pulsatrices dynamisent une structure qui sonne tellement comme le bon rock cosmique français des années 70 alors que le synthé émerveille encore plus avec une mélodie tisseuse de ver-d'oreille et dont la tonalité ne pourra jamais renier les influences qui guident la musique de Tronestam. Et ce qui impressionne le plus sont ces arrangements poignants qui surdimensionnent l'approche mi-mélancolique et mi-dramatique de Starting Point. Et ce n'est pas juste un caillou dans l'océan! Ni un coup de chance car les rythmes et les mélodies très accrocheuses, et surtout très accessibles et/ou commerciales, abondent dans cet album. Good Ambitions, le superbe Longing for Home et, dans une moindre mesure, Beyond all References, quoique l'intro ici est plus ambiante, sans oublier New Worlds, sont des titres qui accrochent à la première écoute. Et comme Johan Tronestam nous a si bien habitué depuis Far Away, il est aussi capable de nous concocter des rythmes qui se développent dans une enveloppe un peu plus travaillée. On peut dire que Speed est un genre de Punk cosmique avec un rythme sec et saccadé qui dérive dans une phase plus danse cosmique avec des percussions claquantes qui résonnent sur une ligne de séquences robotique et des lignes de chants de vampires. Ici comme ailleurs, les nappes de synthé sont gorgées de voix absentes, de caresses orchestrales et de prismes lunaire qui chantent autant qu'ils scintillent. On entend des étoiles filées comme on tambourine des doigts sur des mouvements de séquences qui font du rodéo dans le cosmos. Bref, tout un arsenal de sons et de tons aux nuances aussi explosives que saisissantes.

Miscalculations est un long titre qui déploie une structure similaire à Speed, mais en mode plus lento et avec de délicates permutations entre le rythme et les harmonies. Le rythme est sautillant, comme un cœur plein d'espoir qui palpite avec la régularité d'un métronome, avec 4 accords qui tracent les lentes ondulations d'un serpent d'eau rassasié. Le transfert de rythme pour la mélodie se fait en douceur et ces 4 accords séquencés deviennent objet d'obsession harmonique dans un bassin d'effets électroniques et surtout des nappes qui soupirent comme des voiles de nostalgie. Ça fait très Michael Garrison, surtout au niveau des séquences qui viennent de nulle part pour disparaître subito presto. La pièce-titre offre un rythme répétitif qui plus fluide et plus dynamique avec des oscillations vivent qui roulent en boucles sur des effets de percussions et dans des effets intersidéraux. Encore ici, les nappes de synthé moroses jouent un rôle déterminant en déviant l'effet de répétition d'une MÉ assez endiablée je dirais. The Eternity est le titre le plus calme ici. C'est un genre de boléro cosmique qui débute par des arômes de Pink Floyd dans Wish You Were Here et dont l'intensité dévoile les charmes d'un synthé aux solos et aux effets des meilleurs moments des années Garrison. Back in Orbit conclut ce dernier album de Johan Tronestam avec un rythme sec et nerveux qui sautille et clopine dans une démarche très robotique. La 2ième portion est plus enlevante. Un très bon rock électronique où l'on roule du cou et où Tronestam démontre toute son habilité à faire chanter ses synthés.

Du rock cosmique entrainant avec des mélodies qui accrochent nos neurones tout autant, THE LONG JOURNEY est dans la continuité de ce que nous offre Johan Tronestam depuis que Far Away a envahi nos oreilles et assouvit cette soif de rock cosmique à la Jarre ou à la Garrison en 2012. Mais c'est aussi un voyage dans les corridors du temps de Johan Tronestam car les prémices de l'album remontent en 2008, soit lors de son tout premier album Island. Et cela s'entend!

Sylvain Lupari (05/04/16) *****

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Disponible au SynGate Bandcamp

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