• Sylvain Lupari

LA PONTO ENSEMBLO: The CERN Diaries (2022) (FR)

Une aventure où les côtés rugueux et explosifs sont nivelés par les visions de son histoire

1 The CERN intro 11:04

2 Known Unknown 10:06

3 Kneeplay 1 (cut me) 4:11

4 Dancing of the Protons 7:07

5 Dr. St. Jacque's Lull 3:50

6 Kneeplay 2 (equations) 3:59

7 Song of the Wonderer 3:13

8 Horizon 44 8:36

9 Kneeplay 3 (equinox) 4:10

10 Water Wall 9:04

11 Welcome to the Multiverse 5:21

Cyclical Dreams CYD 0045

(DDL 70:48)

(Art for Ears, Experimental)

Divers battements, certains feutrés et d'autres plus entiers, ornent la lente ouverture processionnelle de The CERN intro. Une nappe de synthé métallisée se jette sur ces battements, initiant cette levée de lentes et morphiques ondes de synthé qui recouvrent un rythme ambiant. Des influences de Steve Roach et de son album Desert Solitaire sont nettement présentes sur cette procession hypnotique balayée par de longues et sinueuses lignes de réverbérations. Des pads de synthé étendent des masses cuivrées sur cette introduction qui atteint un nouveau point en intensité après la 5ième minute. Si les percussions augmentent légèrement la cadence, l'accumulation et la densité des nappes de synthé aux couleurs protéiformes annihile toute proposition de débordement. Amorcé en janvier 2021 sous la forme de CD-R, The CERN Diaries, du duo La Ponto Ensemblo, atterrit sur la plateforme du label Cyclical Dreams. C'est le premier album-téléchargement d'une trilogie qui sera complétée à la fin février. Un album concept qui tourne autour d'une expérience qui amène la Terre à se déplacer dans un univers alternatif où les lois de la physique sont légèrement différentes. Cela s'appelle La Rupture! Suivant la vision assez désarticulé du Eniwetok Suite. La musique se balance entre de l'ambiant et des épisodes de fractures orchestrales dans une vision de musique électronique plus expérimentale, parfois abstraite. Bref, de l'art pour les oreilles de ceux qui sont aptes à imaginer ce glissement de la Terre vers son univers parallèle.

C'est avec des bourdonnements grondants que Known Unknown sort du silence. Les ombres réverbérantes se nourrissent de ces ondes de synthé qui vont et viennent, injectant une bonne dose de musique ambiante ténébreuse à ce long titre sans vie rythmique. La musique voyage par les impulsions des nappes, certaines ont cette tonalité menaçante, avec cette impression de cataclysme musicale qui rôde au-dessus de nos oreilles. Pourtant, Known Unknown frappe une éclaircie quelque part après la 5ième minute. Les ambiances deviennent un peu plus orchestrales avec des accords de clavier qui grignotent le temps. Un violon pleureur se joint à ces accords sonnant comme du Rick Wright dans une finale plus aérée, exception faite des tous derniers instants. Après un début chaotique, Kneeplay 1 (cut me) se lance dans nos oreilles avec de solides percussions qui soutiennent un band de Jazz dont les instruments à vent poussent une solide texture d'improvisation. Un titre très intense et énergique qui sort très bien sur un système Hifi. Après cette bombe rythmique, les protons ne dansent pas vraiment dans Dancing of the Protons qui est un titre d'ambiances méditatives avec un synthé larmoyant comme un violon suite à une lente progression de nappes aux sifflements écarlates. Dr. St. Jacque's Lull vient contrer son aspect méditatif avec un titre animé par diverses tonalités d'accords sonnant comme des carillons. Ordinairement, un Kneeplay sert d'interlude reliant deux actes. Pas sur The CERN Diaries puisque Kneeplay 2 (equations)est aussi furieux et décapant, mais avec une touche de dissonance qui le rend moins attrayant que son premier acte. Il nous guide vers un Song of the Wonderer, un titre bourdonnant de ses vents et où niche une texture orchestrale guidée par un piano tout autant hésitant. Ses ambiances se collent à l'ouverture de Horizon 44 qui poursuit sur cette lancée. Sauf que graduellement, les accords et les instruments se soudent en une fascinante symbiose qui nous tient sur hypnose. Il y a tout un travail de synchronisation de Hans-Dieter Schmidt et E-Clark Cornell, même avec quelques effets d'écho vers la finale, dans ce titre qui part de rien pour créer une approche rythmique lente et obsédante. Proposant une texture organique, Kneeplay 3 (equinox) est le plus doux et musical interlude de cet album. Il nous vers l'intense chute de nappes de synthé qui s'abat sur les 7 premières minutes de Water Wall qui se termine par un piano tout simplement mélodieux. La musique de Welcome to the Multiverse est à la grandeur de son titre avec une texture orchestrale entrecoupée par des éclats explosifs, guidant le titre vers une finale plus électronique et cosmique.

The CERN Diaries s'adresse avant-tout aux aventureux de la musique et de son univers de sons. Il y a peu de place à la mélodie, au plus ce sont des épisodes dramatiques qui viennent secouer le temple de l'imagination. Un peu plus progressif et aventureux que Eniwetok Suite, ça reste une aventure sonore dont les côtés rudes et explosifs sont nivelés par les visions de son histoire.

Sylvain Lupari (11/02/22) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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