• Sylvain Lupari

M!D!-B!TCH: Rainbow Connection (2021) (FR)

Il y a des coups de génie et des moments poignants dans cette bande sonore inédite

1 LiCHTBLiCK 4:17

2 MODUS OPERANDi 4:48

3 DER EiNZiGE UND SEiN EiGENTUM 5:54

4 DiE DUNKELHEiT DES AUDiTORiUMS 5:48

5 KEiN GESTERN, KEiN HEUTE, KEiN MORGEN 4:48

6 PATiENT 10:28

7 DiE SONNE DES BEWUSSTSEiNS 5:08

8 NOAH FUNK 7:02

9 RÜCKKEHR 6:24

10 PROViNZ 4:04

11 AUFBRUCH 3:45

M!D!-B!TCH Music

(DDL 62:29)

(Ambient, Dark Synth Waves)

C'est avec des échantillonnages de voix couchées sur des cerceaux s'évaporant dans un bleu musical que LiCHTBLiCK hésite à sortir de sa coquille rythmique. Pas que son rythme soit violent, non! Assis sur de lentes pulsations d'une ligne de basse sensuelle, des percussions bien dans le ton, les tchak-a-tchak des DJ et des pads de synthé flottantes, ce down-tempo et sa basse torride avance et arrête entre les dialogues et les éléments cosmiques analogues de science-fiction. Pour M!D!-B!TCH, RAiNBOW CONNECTiON est la bande originale perdue d'un film dystopique qui n'a jamais été tourné. Un concept original dans un album-concept offert uniquement en téléchargement, les 11 titres illustrent le parcours d'une entité dans un monde rétrofuturiste. À un moment donné, il se rend compte qu'il voyage sans bouger et que sa propre existence semble aussi être une illusion. Le mauvais garnement de la rétro synth-pop refait surface avec un étonnant album qui démontre qu'il n'est pas qu'un simple feu de paille. L'environnement sonore est exploité à son maximum pour une palette de titres courts qui totalisent plus d'une heure de rythmes lents assis sur des effets de percussions des années synth-wave et remplis d'effets électroniques cosmiques et futuristes avec de nombreux échantillonnages de voix. Parmi celles-ci, on trouve une voix artificielle, une synth-diva, qui nous donne des frissons par moments. Pour la plupart du temps, le décor est nourri d'effets réverbérants et de courtes nappes de synthé (pads) qui sont à l'origine de mélodies continuées dans les voix artificielles.

Les vents électroniques poussant MODUS OPERANDi initient un jeu chevrotant des basse-séquences sous un ciel illuminé d’effets électroniques comparables à des feux d’artifices futuristes. Hormis les échantillonnages de voix spatiales, il y a une nappe de voix absentes dont la fusion allume un genre de rock électronique (E-Rock) avec un bon rythme plus entrainant que lent. La guitare devient plus perceptible après la 3ième minute, lançant des solos et complaintes ambiantes à donner des frissons à l'âme. Un très bon titre qui devient poignant et DER EiNZiGE UND SEiN EiGENTUM n'a absolument rien à y envier. Son lent rythme morphique est bien tassé dans son écrin de brume anesthésiante truffée de réverbérations. Des accords de clavier enjolivent cette introduction qui s'accroche à son lent débit qui fait plus synth-wave des années 80 avec des pétarades de percussions de cette période et des errances atmosphériques remplies des murmures d'une Synth-Diva. Les arrangements sont bien faits avec un niveau d'intensité plus dramatique, plus cinématographie, lié aux accords de clavier qui sont pourtant très discrets. S'échappant de son noyau de réverbérations, adoucit par cette voix artificielle prédominante dans RAiNBOW CONNECTiON, DiE DUNKELHEiT DES AUDiTORiUMS offre une très belle ballade lunaire avec une vision plus dramatique ici qu'ailleurs sur cet album. Son rythme lent semble traîner le poids de l'univers sur ses percussions. Les pads de synthé s'ajustent aux fredonnements de la voix alors que les arrangements sont conçus pour nous donner des frissons. Un super de beau titre! On reste toujours dans des structures lentes, même lorsque poussées par des éléments circulaires, comme dans KEiN GESTERN, KEiN HEUTE, KEiN MORGEN et ses ailes papillonnantes qui la font vibrionner sur-place dans un décor qui sent l'improvisation avec cet orgue crachant le feu d'un E-Rock inachevé.

Des cymbales d'un genre Drum'n'bass papillonnent en ouverture de PATiENT qui propose ni plus ni moins qu'un long dialogue entre un patient et son psy sur une texture de réverbérations qui se lovent comme un nœud de couleuvres. Les ambiances deviennent intenses par moments, lâchant du lest pour éviter une explosion appropriée. Un long intermède atmosphérique avant la structure de danse qu'est DiE SONNE DES BEWUSSTSEiNS. Le séquenceur effiloche une ligne circulaire et spasmodique, soutenant un clavier est ses accords parsemés ainsi qu'un synthé aux courts souffles visant à devenir des harmonies, comme des solos.

NOAH FUNK n'a pas vraiment besoin de descriptif, son titre disant tout! C'est un excellent Funk inséminé par une flore électronique cosmique avec des arrangements qui surprennent autant que charment avec son cœur de trompettes et de saxophones. Tout ça se déroule dans le Cosmos et ses multiples effets ainsi que ses feux d'artifices musicaux. La batterie est exceptionnelle vers sa finale. Un slow très différent ce RÜCKKEHR! Son rythme lent est activé par de bonnes percussions qui font la job alors que la texture d'harmonie reste nébuleuse avec des ondes de réverbérations, plus musicales ici qu'ailleurs, et des nappes de synthé patibulaires gribouillées par des effets de guitare et de lointains arrangements de saxophone. PROViNZ nous ramène aux atmosphères plus fournies de la première partie de RAiNBOW CONNECTiON. Son débit inexistant personnifie une texture cinématographique d'une ville en effervescence avec des effets sonores créatifs qui ont réussis à aguicher mes oreilles. AUFBRUCH offre une finale qui se connecte littéralement à l'histoire de l'album. L'ouverture s'effectue par la voix rauque, de celui qui ne voulait pas jouer du piano j'imagine (PATiENT), articulée à l'aide d'un canule inséré dans le cou. La musique prend vie avec un délicat clavier dont les accords limpides sont envahis par une voix criarde jérémiant ses revendications. Structuré sur de bonnes percussions, AUFBRUCH avance avec les élans lancés par le synthé et une guitare qui se partagent ambiances et rythme sur ce titre sombre. Ces impulsions deviennent plus accentuées, donnant une texture dramatique à ce titre qui nous fera entendre encore ce clavier avant de s'éteindre. Pas grave, on a qu'à recommencer!

Moins puissant que Transkosmos, RAiNBOW CONNECTiON n'en reste pas moins un bel album avec une première moitié très forte. Trop forte par rapport au reste de l'album! Ça ne demeure pas moins que j'aime bien entendre l'univers de ce Punk déviant qui tente de l'Électronica dans des textures électroniques pas loin du Post-Punk. Il y a des petits coups de génies de M!D!-B!TCH dans cet album, ainsi que des moments poignants démontrant que nous avons affaire avec un artiste aux innombrables tentacules créatrices.

Sylvain Lupari (17/07/21) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au M!D!-B!TCH Bandcamp

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