• Sylvain Lupari

M!d!-B!tch: Sequenz (2022) (FR)

Un splendide album dont la portée cinématographique appartient qu'à notre illusion

1 Troglodyt 4:08

2 Anamnesis 6:05

3 Arche 7:09

4 Idola Tribus 5:16

5 Idola Specus 6:24

6 Idola Fori 6:46

7 Idola Theatri 6:35

8 Logos 4:10

9 Arete 4:53

10 Panta Rhei 5:12

MiDi BiTCH Music

(DDL 56:42)

(E-Rock)

Des accords de piano tombant avec hésitation, avec chagrin embrasse nos oreilles en ouverture de Troglodyt. Dès lors, le panorama d'une ville en éveil assaille les ambiances avec une voix hors-champs, des bruits de véhicules sur les rues et des filaments pleureurs qui sortent des synthés. Une nappe de basse ajoute un voile de mélancolie à ces accords de piano qui courent maintenant avec cette grâce qui nous amène un délicat linceul harmonieux. Jouant sur deux tableaux, Troglodyt se cherche entre son ambiance de morosité et son envie d'exprimer sa liberté. Nous sommes très loin des fertiles terres de rythmes industriels électroniques de M!D! B!TCH avec son plus récent album SEQUENZ. Construit sur un principe philosophique des plus déroutants, la conscience de humains, ce nouvel album de Fredy Engel en surprendra plus d'un de par son orientation musicale nettement plus poussée, voire créative que les derniers albums de M!D! B!TCH qui sont propulsés par des rythmes électroniques enlevants dans des ambiances industrielles du style Synthwave. Un album concept. Une bande sonore d'un film qui appartient à nos perceptions avec une incursion dans une bande dessinée de couleur écarlate, ce SEQUENZ est tout simplement ahurissant. Ici, la musique est construite sur des paramètres qui ressemblent drôlement à du Vangelis sans pour avoir autant la même saveur musical. Il y a quelques clins d'œil à la musique, notamment dans la couleur des nappes de synthé métallisées, à la légende Grec, mais sans plus. Le reste étonne. Un peu comme si M!D! B!TCH avait atteint une maturité créative tout à fait inattendu. Tant et si bien qu'après plusieurs écoutes je reste toujours autant séduit qu'à la première. Au final, c'est un splendide album très musical dont la portée cinématographique appartient qu'à notre illusion.

Bourré de nappes de synthé remplies de crachins métalliques, Anamnesis propose une structure lente et lourde. Les accords résonnants de la ligne de basse provoquent un effet d'explosion feutrée, donnant plus de tonus à ces percussions qui viennent par à-coups et structurent un rythme chaotique. La musique et les ambiances sont très riches, ici comme partout dans les 57 minutes de SEQUENZ. On dirait une musique de film dystopique avec des ambiances plus moroses, dû à ces larmes de synthé et leurs minces filets plus mélodieux qui pleurnichent dans l'effet d'une bruine perpétuel. Le séquenceur y dénoue un discret filet rythmique circulaire, amplifiant encore plus l’effet dramatique de la musique. Arche propose un rythme plus entrainant pour les neurones avec des séquences de pulsations qui palpitent dans le sillon de l'une et de l'autre. On dirait des petits pas qui tournent en rond, ou encore ces claquements de gorgoton que font certains bruiteurs. La basse y est résonnante, de même ces nappes de synthé dont les arômes industriels donnent une nouvelle dimension à SEQUENZ. C'est une ligne de pulsations vives, style Pulsar de Vangelis mais dans un ton plus grave, plus bas, qui ouvre Idola Tribus. Ces battements répétitifs reviennent inlassablement, comme un long lasso rythmique élastique, sous des ondes de synthé bleutées. Des percussions et l'effet d’écho des séquences ajoutent une dimension plus animée au rythme. Du bon rock électronique très ténébreux! Un beau titre lent et envoutant, Idola Specus propose un rythme flottant qui ondule sous de basses pulsations et des percussions sobres. Le synthé tisse un dialogue électronique avec des pépiements qui virevoltent en symbiose avec les ondulations flottantes. Ils s'étirent parfois en filaments torsadés. Le décor tonal est grandiose avec de très beaux effets, certains fascinent avec une brillante orientation percussive. Les nappes de synthé glissent avec un élan de nostalgie, projetant une aura apocalyptique et rappelant un univers dystopique de Vangelis.

Des petits pas du séquenceur courent en tous sens afin d'introduire la structure plus atmosphérique de Idola Fori. Le titre coule sur des nappes de grésillements dont la texture organique flirte avec de la mécanique. Le rythme est en format discontinu avec des apparitions plus soutenues du séquenceur, mais la musique est majoritairement plus relaxe ici. Si des arpèges scintillant ici et là ajoutent une touche d'espoir, le décor de la musique reste ocreux avec quelques éclaircies, préservant cette subtile touche de citée sur le déclin qui entoure la majorité des titres de l'album. Idola Theatri propose aussi une ligne de basses séquences pulsatiles qui structure un rythme vif que des petits pas métalliques cernent d’une démarche hâtive. C'est tout simplement délicieux pour les oreilles avides de sons venant d'une autre dimension, et on en trouve en bonne quantité dans ce dernier album de M!D! B!TCH. Il y a un effet boomerang élastique dans cette structure de rythme qui flirte avec le modèle plus rock du Berlin School. Il suit une courbe ostinato et subtilement spasmodique tout en étant accompagné par des riffs de clavier, donnant l'impression d'orchestrations vives découpées sous forme de staccato, et suit une tangente circulaire zigzagante sous des nappes et des lignes de synthé dont les couleurs sombres tamisent une ambiance ocrée. On accroche assez facilement au rock électronique de Logos. Son chapelet circulaire du séquenceur active un rythme de basses séquences pulsatiles qui est solidement matraquée par de bonnes percussions électroniques. L'enveloppe et les harmonies mélancoliques du synthé ont cette saveur très Vangelis qu’on retrouve aussi un peu partout dans les 10 structures de SEQUENZ. Des vagues de sons bourdonnantes, transpercées de lueurs plus bleutées, initient l'ouverture atmosphérique de Arete qui revêt un peu l'enveloppe dystopique et apocalyptique de Troglodyt. Son rythme est lourd et lent avec une ligne circulaire du séquenceur qui trace une mélodie rythmique qui nous fait zigzaguer sous une immense nappe de synthé dont les partielles touches écarlates insistent sur le caractère de fin du monde de la musique. Avec ses arpèges limpides qui tournoient en un carrousel harmonique, Panta Rhei endosse à merveille la signification de son titre. Le rythme pulsatoire est doucement arrimé à des effets de percussions claquantes et son panorama est rempli de ces ondes de synthé plus azurées qu'écarlates. Si certaines se lamentent toujours, d'autres sont plus nuancées et injectent cette ambiance ocrée qui ceinture SEQUENZ. Il y a un subtil crescendo émotif derrière ce titre qui conclut admirablement ce très grand album de M!D! B!TCH. De loin son meilleur et une très belle surprise si mélodies, rythmes et ambiances pré-apocalyptiques, et certainement dystopiques, stimulent votre besoin de découvrir et d'être au diapason du bonheur d'écouter de la très bonne musique électronique de haut niveau.

Sylvain Lupari (10/09/22) *****

SynthSequences.com

Disponible au M!D!-B!TCH Bandcamp

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