• Sylvain Lupari

MAGNETRON: Impulse Response (2016) (FR)

“Un vrai bon album de Berlin School qui est aussi le plus accessible du catalogue Magnetron”

1 Dirac Delta 18:46 2 Tessellation 22:42 3 Intermodulation 14:09 4 Convergence 17:05 Magnetron Music

(DDL 72:46) (V.F.) (Vintage Berlin School)

Une lointaine onde de sons (les histoires de MÉ commencent généralement comme ça) étend une forme de soupir qui larmoie dans un univers assez cosmique. Des notes résonnent à l'horizon alors que des bourdonnements teintent la musicalité de ces arpèges d'un voile aussi mélancolique que ces sanglots musicaux qui ornent l'introduction ambiosphérique de Dirac Delta d'une approche cosmique-orchestral. Une ligne de séquences basses fait sautiller des ions qui culbutent l'un après l'autre dans une figure de rythme ambiant où nos doigts martèlent délicatement la cadence. Les ambiances restent de soie, recouvrant cette amorce de rythme d'un linceul méditatif. D'autres ions font des cabrioles séquencés alors que les ambiances génèrent des multicouches de synthé aux parfums autant de brume que de poussières cosmiques. Peu à peu Dirac Delta organise son embellissement de rythme avec d'autres éléments qui font leurs apparitions autour de la 9ième minute alors que le synthé qui brodait ces harmonies larmoyantes de l'introduction les fait maintenant chanter. Et comme ces histoires de MÉ conçues sur le modèle de l'improvisation, Dirac Delta éteint dans une lente finale son rythme et ses ambiances. Composé, performé et enregistré sous le signe de l'improvisation dans la journée du 30 Mai 2016, IMPULSE RESPONSE n'en a pourtant pas les apparences. Ce 6ième album de Magnetron fait moins dans la dentelle que Photonic Waves en proposant aussi 4 autres longues structures assisses cette fois-ci sur des éléments de rythme bien noués autour du modèle séquencé à la Berlin School qui progressent dans ces ambiances teintées d'éléments tant psychotroniques, que cosmiques et orchestraux. En ce qui me concerne, c'est le plus bel album, à tout le moins le plus accessible, de Magnetron.

Évolutif et magnétique, Tessellation débute avec une forte tempête de woosh qui camouflent des bourdonnements menaçants. L'enveloppe de sons est adéquate avec des effets qui enchantent l'ouïe et commande que l'on augmente le volume de notre amplificateur. À ce sujet, l'écoute de IMPULSE RESPONSE est autant jouissive dans un environnement libre (salle de sons et/ou d'écoutes) que dans des bons écouteurs. Un synthé étend un voile de morosité avec de beaux chants aphasiques, tandis qu'un autre génère plus de musicalité avec de belles nappes de violon cosmique qui étreignent ces amorphes danses cosmiques de Software et qu'un autre continu d'émietter des tons électroniques biscornus. Des pulsations menacent ces ambiances avec des pas de loup vers la 7ième minute. Des voix tentent de charmer cette approche de rythme qui accélère tranquillement la vitesse de ses boucles répétitives. La série de séquences est délicieusement imparfaite et dessine un rythme troué d'accrocs qui sonne comme dans un mélange de Poland et Tangram. Et si le rythme séduit par son approche de ruades maladroites hypnotiques, les synthés ne sont pas en reste avec des harmonies flottantes qui résistent aux envies de se taper Logos. Cette structure impose de plus en plus sa mainmise sur nos sens avec l'arrivée de percussions électroniques qui ancre la solidité rythmique de Tessellation dans ce bouillon d'effets et de nappes harmoniques de ses ambiances. Parlant de Tangerine Dream, la structure des séquences de Intermodulation nous rapproche indéniablement de celle du mythique trio Allemand. Les ions hoquètent de soubresauts spasmodiques qui vont et viennent entre les membranes de nappes parfumées de bruine métallique et de brumes ondoyantes. Des arpèges limpides dessinent des lignes d'harmonies évasives alors que les percussions ajoutent plus de vélocité à ce rythme très TD qui se recouvre de nappes de synthés aux teintes et tonalités contrastantes, dont celles des délicieux parfums de Create. Du rythme sur des ambiances de la Berlin School pure, Intermodulation est sans contredit l'un des titres les plus accessibles du catalogue Magnetron. Avec ses nappes de synthé qui flottent comme les pleurs des spectres sur un champs de bataille, Convergence fait compétition à Intermodulation. Si le rythme bouillonne autant qu'une armée d'ions qui sautillent sur place, les parfums flûtés des synthés est le premier objet de séduction sur ce titre qui termine IMPULSE RESPONSE en beauté. Les nappes cosmic-orchestrales y sont tout autant envoûtantes, on peut même entendre des nappes de vieil orgue, alors que les autres ions qui amènent plus de limpidité au rythme ambiant donnent plus de latitude aux synthés qui déploient de doux solos élégiaques, un peu comme des trompettes astrales sur une mare grouillante d'éléments de rythme statique.

J'ai bien aimé cet album de Magnetron. IMPULSE RESPONSE nous ramènent à cette époque du revival de la Berlin School Anglais avec des longues structures minimalistes enjôlées par de subtiles imperfections dans les boucles, fascinant encore plus la découverte de ces approches minimalistes qui donnent toujours l'espace nécessaire afin de bien décoré chacune des minutes de musique. Les essences de Create et de Xan Alexander fusionnent avec une très belle complicité dans cette album qui se veut certes le plus accessible du catalogue Magnetron. Un must pour les fans de la Berlin School et l'un des beaux albums de ce genre à paraître en 2016.

Sylvain Lupari (29/06/16) *****

SynthSequences.com

Disponible au Magnetron Bandcamp

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