• Sylvain Lupari

MICHAEL BRÜCKNER & MATHIAS GRASSOW: Polar Vortex (2019) (FR)

“Une autre immersion sonore pas toujours aussi facile à apprivoiser, ce conte ambiant de Brückner & Grassow contient de nombreux éléments séduisants, dont deux moments très forts”

1 The North 18:16 2 Mirror 9:36 3 Drums of Shoom 6:00 4 The Waiting Hour 5:46 5 Xau Etách 10:29 6 Shanti 15:19

7 The Falling of Leaves (Melodic Version) 10:05

Databloem ‎– DBCD090 (CD 75:47)

(Ambient & Drones)

Quoi de plus naturel qu'une collaboration entre Mathias Grassow et Michael Brückner? Malgré les multitudes d'associations d'idées musicales qui jalonnent la carrière des 2 musiciens, jamais la possibilité de croiser leurs visions ne s'est produite. On doit parler au passé, puisque c'est maintenant chose faite avec POLAR VORTEX. Et l'expérience est à la hauteur des attentes des amateurs de ces deux musiciens avec un CD manufacturé rempli quasiment à sa pleine capacité. POLAR VORTEX propose près de 76 minutes d'une MÉ composée dans les textures d'ambiances des 2 musiciens allemands qui, sans être aux antipodes, possèdent des visions très précises de la musique ambiante et d'ambiances. Des effets de réverbérations et des couches de synthé plus luminescentes deviennent ainsi les principaux complices d'une faune musicale puisée dans deux imaginations qui ne sont jamais à court d'idées. La faune sonore est maquillée de tonalités autant organiques qu'insolites alors que les ambiances et la musicalité est plutôt diversifiée avec les présences de Cornelia Kern au piano, Doris Hach au Monochord et Cilia di Ponte qui chante sur Shanti. Ajoutons le violoncelle, la guitare ainsi que les percussions de Mathias Grassow à ses couches de synthé anesthésiantes au travail de Michael Brückner aux synthés et claviers, nous avons là tous les ingrédients pour déguster une œuvre ambiante riche de sa diversité musicale.

The North nous plonge dans des ambiances lugubres avec un long grognement guttural d'où émergent des filaments de synthé bleutés qui valsent avec une philosophie orchestrale dans une forêt où personne n'a encore déposé ses oreilles. Les lentes couches de violons chimérique dansent avec des murmures et des soupirs rauques, avant de se déposer en solos agonisants dans un environnement hostile. Des bruits étranges, comme des longs gargouillements, des tintements percussifs et autres bruits difficilement décrivables s'accrochent à la permutation des ombres résonnantes qui se fondent dans les couches de synthés aux teintes plus séraphiques. Des cognements de portes font sursauter nos tympans, modifiant le long parcours de The North. Les brumes deviennent moins opaques et le synthétiseur écrit quelques notes allongées pour de petits solos aériens. Le synthé multiplie ses solos semblables qui chantent avec plus d'agilité, plus de liberté à l'ombre des drones gémissants. Je ne sais pas si nous sommes au Nord, mais nous sommes dans un territoire reculé où tout peut faire peur, comme enchanter. Un piano dérobe la présence des arpèges flottants avec des notes fragilisées par ces ambiances. Des oiseaux pépient et le soleil semble avoir trouvé la route du Nord. Mais la turbulence des ambiances n'est jamais tout à fait partie. Le tumulte aérien subsiste. The North tente de retourner dans les impasses de son ouverture. Nous sommes autour des 10 minutes et le piano de Cornelia Kern tombe à point. Émiettant ses notes avec la peur de se perdre, il résiste à cette tourmente sonore et tonale. Et le synthé l'appuie avec des larmes qui coulent en suspension, dessinant ces tâches qui glissent mais refusent de tomber sur cette muraille de tonalités éclectiques qui rongent les premières 17 minutes de ce titre qui mérite d'être réattendu. Évanescent dans sa mélodie, le piano achève les tourments de The North avec une sensibilité que l'on n’avait pas entendu venir.

Mirror suit avec une rafale de brises creuses et de vents remplis de bruine cristalline dans un pattern ambiant et avec différents niveau d'intensité. Les arpèges pris au piège dans cette bourrasque sonnent comme dans l'univers de Vangelis, Antartica, ou comme ceux de The North. Des craquements et crépitements ajoutent du tonus à l'aspect glauque de Mirror. Drums of Shoom propose un solo de percussions du genre tam-tam par Mathias Grassow. On dirait des tonnerres qui ronronnent dans un panorama sonique qui va vous rappeler Steve Roach & Byron Metcalf dans un jeu de tam-tams plus sobre. Des effets percussifs attirent notre ouïe sur cette musique sans harmonie, exceptée pour celle très mélancolique du violoncelle qui se pointe vers la finale d'un titre imaginé pour des percussions. The Waiting Hour est un court titre d'ambiances assez dérangeantes avec une horde d'effets sonores qui remplit nos oreilles à ras-bord. Oui! Plus j'y pense et plus les liens avec Vangelis, pour les orchestrations ici, sont solides. Fascinant et séduisant, on accroche à la première écoute sur Xau Etách. Alors que l'on s'attend à retrouver cet univers d'ambiances lugubres, le long bourdonnement méditatif aidant, une série de séquences spasmodiques s'entassent et dansent par saccades. Un peu comme dans un mouvement de sassement. Des accords aux tonalités basses gravitent autour de cette danse stationnaire où l'on peut aussi entendre le violoncelle tirer sur quelques cordes. Un frisson d'intensité se fait sentir et amène cette danse sur 3 accords et secousses du séquenceur vers un passage ambiant où nous attend une fascinante voix Elfique. Le ton est lancé et Xau Etách embrasse une danse de sabots de bois sur de la brique alors que Michael Brückner inonde le ciel de très beaux solos et effets en boucles. Extrêmement étrange et absolument séduisant. Shanti est un titre purement ambiant qui met en vedette Doris Hach et Cilia di Ponte. La voix est aussi séduisante que les effets du monochord dont le blues astral fond dans le silence avant de revenir avec fracas. Un fracas déroutant, puisque c'était très tranquille jusqu'à là, qui m'a plus déplu qu'autre chose. M'enfin, rien n'est parfait! The Falling of Leaves (Melodic Version) termine POLAR VORTEX avec un autre duel entre drones, lamentations de violoncelle et nappes de synthé nimbées de délicates lignes mélodieuses dans un panorama ambiant illuminé par des chants d'étoiles. On sent une légère impulsion d’un rythme fantôme dans une structure jamais à court d'intensité.

Vous l'avez sans doute deviné, POLAR VORTEX n'est pas pour toutes les oreilles. Moi qui a cette chance de découvrir sans cesse de la nouvelle musique et des nouveaux horizons musicaux, j'ai la chance de m'asseoir et de savourer à ma guise les nombreux projets de Michael Brückner et autres artistes qui aiment sortir de leurs zones de confort. Et j'en sors rarement déçu. En fait, quand je n'aime pas, je n'en parle pas! Et j'ai bien aimé POLAR VORTEX

Sylvain Lupari (16/05/19) *****

SynthSequences.com

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