• Sylvain Lupari

MOONBOOTER: Still Alive (2014) (FR)

J'ai vraiment apprécié cet album où Moonbooter mélange tous les styles en une MÉ avec une grande symbiose pour des mouvements si opposés

1 Until Eternity 9:34

2 Dont Move 7:00

3 Number 43 5:02

4 Eternized in Crystal 7:55

5 Impact of Mind 6:30

6 Transition 6:07

7 Still Alive 8:02

8 Automode 7:29

9 Born 4:39

10 Tranquility 5:24

11 Adieu! 5:21

MellowJetRecords | CD-r- MB1401

(CD/DDL 73:03)

(E-Rock, IDM, Electronica)

On évolue! Je ne sais pas si c'est le coup de foudre que j'ai eu pour les productions du label Lyonnais Ultimae Records, mais j'ai paisiblement migré vers le psybient et vers un genre de MÉ un peu trance'n'dance. Le IDM diront certains, le trash électronique diront d'autres ou tout simplement de l'Électronica. Je ne suis pas un grand connaisseur dans le domaine. Je taguerais le style dans le New Berlin School IDM. Mais peu importe, je sais juste que c'est aussi énergisant que beau! Le lien avec Moonbooter? Eh bien, l'alias de Bernd Scholl fait dans un genre musical qui délie les frontières en unifiant tous les styles en une mosaïque de rythmes délicieusement reposée par de beaux moments d'ambiances. Dédié à la mémoire de sa mère, STILL ALIVE est un album concept sur le douloureux passage vers l'au-delà. Si il y a des moments assez éthérés, voire attendrissant, la musique nous amène là où Moonbooter est aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau avec ce mélange de up-beat, de danse, de psybient et même de synth-pop nouée dans les nébulosités du Berlin School et/ou de ses dérivés. Et j'y ai entendu de superbes petits bijoux...

Until Eternity débute cette aventure au pays des rythmes variés avec une approche aussi nébuleuse qu'ambiante. Des lignes de synthé entrecroisent leurs passives énergies en un paysage cosmique teinté de couleurs métalliques où tintent des étoiles. Les lignes de synthé s'agglutinent en une immense mosaïque ambiante. Un mouvement de rythme en ressort. Il fait scintiller ses ions sauteurs en un oblong filament stroboscopique qui se faufile parmi les lentes caresses d'une ligne de basse. Des nappes plus sombres dessinent une approche morose alors que l'on sent des pulsations muettes tenter de réveiller les ambiances. Il y a une bonne dose d'intensité dans ce titre qui s'éveille avec des échantillonnages de percussions manuelles et des gémissements électroniques que l'on pourrait confondre avec une guitare qui crache de longs riffs assez éthérés. Bien que taloché par ces percussions, la structure de rythme de Until Eternity fragmente son approche entre des soubresauts évanescents et des ambiances méditatives, juste avant d'étreindre ses 3 dernières minutes avec ce maillage de percussions et de pulsations nuancées qui se font fouetter par des claquements métalliques et accueillent une douce mélodie fredonnée par un piano rêveur. Ce qui frappe dans la musique de Moonbooter, et notamment dans cet album, est ce souci du détail. La sonorité est riche et ornée de milles tonalités qui accrochent le plaisir de l'ouïe. Le passage entre les rythmes endiablés et les ambiances morphiques apaisent l'anxiété provoqué par ces battements frénétiques et redonnent le goût de les entendre. Comme un bon chef, Bernd Scholl sait doser ses recettes. Et ce même si parfois nous plongeons carrément dans l'Électronica, comme dans le rythme pulsatoire de Dont Move et de ses lignes stroboscopiques qui ceinturent un tempo sec et vif où rôde une mélodie frappée sur une enclume de verre. C'est très genre Orbital dans In Sides, sauf que les lignes de synthé et les filaments de séquences qui tourbillonnent tout autour rappellent constamment les sources de la Berlin School. Berlin School qui est fortement présente sur le superbe Eternized in Crystal et son magnétisant mouvement minimaliste qui envahit les sens. L'introduction offre deux lignes de séquences, l'une qui serpente de ses touches limpides et l'autre qui gazouille de ses tonalités électriques, qui s'entrecroisent en un ballet cosmique qui est chatouillé par une suave voix spectrale. La ligne de séquences limpides se détache pour dessiner une lente spirale hypnotique dont on sent continuellement la menace d'un crescendo exploser à tout moment. Les arrangements et les orchestrations accrocheront une larme à votre âme. Et, après un délicat moment onirique, les séquences papillonnent avec force, entraînant le superbe Eternized in Crystal dans un solide up-tempo où les pulsations se répercutent sur de sobres percussions technoïdes, et d'autres qui rendraient jaloux un serpent à sonnettes, alors que les nappes de synthé flottent comme des caresses éthérées et dont la tendresse et les arrangements accentuent la profondeur d'une finale que l'on ne souhaite plus. Un très beau morceau qui a trouvé la route de mon Ipod; catégorie pièces de musique de l'année! Moonbooter exploite aussi les approches purement ambiantes. Comme dans l'introduction très ambiosphérique de Number 43 où un violoncelle et un piano échangent des parcelles de mélodies qui flânent dans des parois soniques ruisselant de gouttelettes. Si le rythme s'installe peu à peu, il en est tout autrement avec le très sombre mais serein Transition et son chœur ectoplasmique.

Cette ambiance se retrouve aussi dans l'intro de Impact of Mind. Un titre à plus ou moins statique avec sa nuée de séquences argentées qui sautillent ardemment tout en raillant d'une tonalité très métallique. Ces ions montent et descendent dans de gros effets soniques qui placent le titre dans une intense enveloppe d'émotivité alors que le tempo, teinté de nuances, tente de percer une approche rythmique qui s'emmitoufle, tout comme la mélodie pianotée, dans de denses nappes de voix brumeuses. La pièce-titre est de la dynamite concassée. Si Dont Move faisait preuve de retenue, Still Alive est plus du genre à faire éclater un plancher de danse dans un party Rave. Mes oreilles saignent toujours! Sautant d'un genre à un autre sans trop de difficulté, Bernd Scholl maîtrise à merveille les destinées de STILL ALIVE. Après la puissante et explosive pièce-titre, qui est remplie d'effets sonores à faire trembler les planchers de danse, Automode apaise un peu les ambiances avec un beau down-tempo, quoiqu'assez enlevant, teinté par une sonorité très Tangerine Dream des années Miramar. Le rythme est délicieusement cahoteux et offre à nos oreilles ces percussions dérobées dans la queue d'un crotale ainsi qu'une douce mélodie cosmique sifflotée par un synthé rêveur. Disons que ça fait du bien après le rythme acharné de Still Alive. Sauf que Born remet cela avec un rythme tout autant endiablé. Tranquility porte assez bien son nom en offrant une belle structure paisible où les séquences chevauchent comme des riffs dans un désert inondé d'ambiances de Far Ouest où le ciel étouffe de chaleur et les crotales attendent les repas. Et finalement Adieu! Quel beau titre. Jamais la musique de danse n'aura été aussi attirante à mes oreilles. Les percussions sont splendides. Les crotales resplendissent dans un rythme cahoteux imbibé d'une approche cosmique où les séquences finissent par forger une mélodie, mais pas aussi accrocheuse que ces violons qui mouleront un superbe vers d'oreille dans vos tympans. La gradation est savoureuse et les arrangements sont enivrant. Ça pulse, ça bouge et on y sent une tendre mélancolie y flotter. Ça aussi c'est déjà dans mon Ipod! Et je ne sais pas si c'est parce que mes oreilles sont encore imbibées des cendres de Adieu!, mais j'ai adoré ce dernier album de Moonbooter où tous les genres se fondent avec une étonnante symbiose pour toutes ces antipodes. Très bon!

Sylvain Lupari (30/03/15) *****

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Disponible chez MellowJet Records

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