• Sylvain Lupari

MYTHOS: Jules Verne Forever (2015) (FR)

Nous voulions une MÉ qui évolue dans quelque chose de différent? Eh bien ... Mythos a entendu nos revendications avec un beau conte en MÉ

1 The Mysterious Island 8:40 2 Mighty Orinoco 3:57 3 Eight Hundred Leagues on the Amazon 6:50 4 All Around the Moon 9:08 5 Southern Star Mystery 5:20 6 A Drama in the Air 7:10 7 Off on a Comet 7:26 8 The Ice Sphinx Adventure 9:50 9 Jules Verne Forever 10:16 10 Five Weeks in a Balloon 9:31 Groove | GR-217 (CD 78:20) (Filmic, oniric, lively and new EM)

Étrange et fascinante que cette dernière œuvre de Mythos. Plus de 3 ans après le solide Surround Sound Evolution, Stephan Kaske nous revient avec une nouvelle aventure musicale assez audacieuse qui s'inspire librement des récits de Jules Vernes. En fait, JULES VERNE FOREVER nous entraîne littéralement là où bien des cinéastes ont su nous amener…en musique. Soit vers des sites enchanteurs dans une œuvre très ambiosonique et très cinématographique où l'on se surprend à voir des images des livres de Vernes trottées dans notre tête avec le même aplomb que ses œuvres qui ont portées au cinéma. L'approche de Mythos respecte celle des cinéastes tel que Henry Levin, Cy Endfield, Richard Fleischer, Michael Anderson, et dernièrement Brad Peyton, qui ont su mettre en image la féérique imagination de Jules Vernes. JULES VERNE FOREVER c'est 10 titres. C'est 78 minutes de MÉ où des structures de rythmes, aussi difficiles à mettre en écrits que les images de Vernes en vidéo, plus oniriques qu'enlevantes nous emmènent maintenant au cœur de l'imaginaire de Mythos qui relève cet audacieux pari avec tout le panache qu'on lui connait.

On remarque l'approche très stylisée de Stephan Kaske dès les premiers instants de The Mysterious Island. Une structure de rythme menaçante fait bouger ses accords qui sautillent comme des gros pas sournois. Une ligne mélodique recouvre cette amorce avec une amalgame de jets flûtés et d'arpèges frappés sur un genre de xylophone en verre (Laser Harp?), étendant tout de go la grande richesse tant musicale que sonique qui sera la pierre d'angulaire des 78 minutes de l'album. Ne cherchez pas les rythmes. Il sont présents mais pas explosifs. À mi-chemin entre ambiants ou enlevants, ces rythmes qui feront bouger les ambiances de cette dernière aventure de Mythos sont aussi secrets que les harmonies. Ici on roule du cou avec cette structure un brin fantomatique. Les arpèges en verre ainsi que les lignes de flûtes et leurs harmonies un brin saccadées vont et viennent comme un carrousel qui ondule dans un tunnel plein de menaces, alors que la base de The Mysterious Island se fait picorer par des percussions dont les frappes sont tellement en discordance avec le mariage flûte et xylophone que notre expectative face à un projet d'une telle envergure est abordée avec finesse. Mythos nappe toutes ses structures d'une incroyable richesse. Tant que les oreilles, de même que nos deux hémisphères, courent de gauche à droite afin d'assimiler ces chœurs sombres, ces solos vampiriques, ces harmonies moqueuses et ces lignes de séquences harmoniques qui scintillent, roulent en boucles et flottent sur une structure dont les charmes se nourrissent tant de son ambivalence que son imperceptible dessein secret. Et ça sera ainsi pour les 9 autres structures. Mighty Orinoco offre une structure électronique lourde qui est martelée par un impressionnant maillage de percussions, de pulsations et de séquences. Les ombres des mélodies qui y rôdent dépeignent avec justesse les tensions de ce voyage insolite sur ce long fleuve vénézuélien. Eight Hundred Leagues on the Amazon épouse un peu ces mêmes bases, mais avec une approche cinématographique assez babylonienne. Le rythme fracassant éteint sa violence pour faire entendre les charmes sifflotés d'un beau synthé qui chante soit dans une jungle ou dans un chœur Grégorien. C'est intense et ça fait très Vangelis, tout comme le très beau Southern Star Mystery et son enveloppe tribale un brin fantasmagorique. La flûte, les voix et les percussions soufflées dans une longue sarbacane dégagent des parfums assez poignants. De loin le plus beau titre de cette aventure avec le solide A Drama in the Air et son rythme lent qui forge une fascinante ascension dans un décor électronique au mille parfums soniques.

On parle de rythmes difficiles à décrire? Que dire de All Around the Moon et de sa résonnante approche sphéroïdale où séquences organiques et accords de clavier dansent en rond avec leurs contrastes. Off on a Comet offre une toute autre approche avec un rythme qui sautille comme des gobelins dans une grotte où pétillent milles artifices et ululent d'étranges voix féériques dont l'union avec un chœur Grégorien ajoute une dimension surréelle à une musique qui se boit de l'imaginaire de Jules Vernes. Les ruades des séquences, délicates faut dire, et les cercles qu'elles sculptent sont au cœur des ces rythmes insaisissables qui nourrissent les particularités de cet album qui dévoile ses charmes titre après titre. Je pense ici à The Ice Sphinx Adventure qui est bâtit à peu près dans le même moule. La pièce-titre est plus fluide et nous balance une délicate structure de rythme circulaire qui envahit les oreilles avec des séquences en parallèles et de sobres percussions qui roulent en saccades. Ici, comme tout partout dans JULES VERNE FOREVER, Mythos forge des séquences uniques avec des tonalités de prisme qui sautillent ou se battent avec d'autres parfumées de résonances ou de voiles organiques dans les caresses de voix elfiques ou dans les tendresses des brises flûtées. C'est un rythme qui fini par mouler un beau ver d'oreille. Et c'est pareil avec Five Weeks in a Balloon où les essences de Off on a Comet sont plus fluides, plus vives et dont les harmonies sont aussi enivrantes que Jules Verne Forever.

Si décrire les structures de cet album s'avère un exercice qui peut manquer de mots, de termes, la musique en revanche manque de rien. Ce dernier album de Mythos est à la grandeur de ce brillant musicien qui cherche constamment à repousser ses limites en améliorant cette sonorité si unique qu'il a su développer au fil des ans. Les rythmes pétillent de fraîcheur dans une approche qui devient plus harmonique que rythmique. Et l'effet final est assez spécial car on a constamment l'impression d'entendre une musique qui vient d'ailleurs. Tout comme l'imagination de Jules Vernes.Et à mon avis, c'est le plus beau compliment que l'on peut faire à JULES VERNE FOREVER.

Sylvain Lupari (25/05/15) ****½*

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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