• Sylvain Lupari

NEIL & GETTY: Retrochet III (2011) (FR)

Il y a une musique, son histoire et ses influences qu'on ne se lasse d'entendre

1 A Trip across the Marshes at Midnight 12:18

2 Monolilith 10:09

3 Flow 8:29

4 Sky Racer 12:16

5 Alienice 4:12

6 Table Mountain 10:40

Retrochet Music

(DDL 58:04)

(Berlin School)

Il y a une musique, son histoire et ses influences qu'on ne se lasse d'entendre. Celle de la période de Ricochet, Encore et Stratosfear de Tangerine Dream était le fer de lance d'un mouvement musical alors en pleine ébullition avec l'ajout de rythmes durs et puissants qui secouaient les enveloppes morphiques et psychédéliques des couches de synthé cosmique. Un peu comme dans un rêve inachevé, le duo Neil & Getty force le temps et ses fantaisies en poursuivant l'exploration d'un fascinant territoire musical qui n'a aucune frontière. RETROCHET III n'est pas seulement une suite de la superbe série musicale entreprise en 2010, c'est la preuve que l'illusion n'a de frontières que ce que nous ne voulons voir, ni entendre.

C'est dans une belle fusion des rythmes hypnotiques de Retrochet I et les ambiances plus psychédéliques du Retrochet II que A Trip across the Marshes at Midnight embrasse les fragrances musicales de Stratosfear. De fines séquences fluides sautillent avec délicatesse dans une intro truffée de grésillements et de gaz métalliques. Permutant en frappes tambourinées, ces séquences secouent les couches d'une flûte éthérée alors que le rythme de A Trip across the Marshes at Midnight troque sa légèreté pour embrasser une phase plus lourde trappée dans les lenteurs des valses flottantes où brume morphique et flûte spectrale éveillent les réminiscences d'un monde oublié. Navigant sur des lignes de rythmes fluides et progressives qui s'entrecroisent sous un ciel bariolé de strates autant poétiques qu'atmosphériques, ce premier titre de RETROCHET III jette les bases d'un album où les mélodies astrales se collent à des structures qui voyagent aisément au travers les âges. Monolilith s'enfuit avec une approche rythmique plus incisive. Michael Neil et Graham Getty fouillent les chaînons manquants de Encore avec des séquences lourdes mais fluides qui roulent à fond de train dans de belles enveloppes flottantes. Roulant entre ses lignes réverbérantes et ses sinuosités chloroformiques, Monolilith suit une tangente rythmique progressive avec une fine variation dans la puissance de ses séquences qui obéissent à la force variable d'un synthé dont les lourds ululements, les stries fantomatiques et les brumes irisées embrasent un explosif cocktail éclectique. Après ce titre explosif, Flow coule dans nos oreilles avec une superbe approche poétique où des séquences et pulsations crépitent tels des popcorns anémiques avec la vigueur de leurs retenues sous les couches et les brumes d'un synthé onirique. C'est un titre flottant et méditatif sorti des limbes et qui est un superbe mélange entre la musique de Klaus Schulze (oui-oui dans Black Dance et Picture Music) et Michael Stearns avec Chronos.

Épousant ce mélange de fougue et de retenue de A Trip across the Marshes at Midnight, Sky Racer débute avec une valse chaotique oscillatoire avant d'entrer dans une phase séquencée aux larges ondulations ascendantes. Ce rythme refoulé est enroulé dans des sphères morphiques avec un synthé gazé de brume éthéré qui libère des lignes irisées, jetant un paradoxe poétique sur un titre qui cherche les moindres parcelles désertiques pour enflammer son approche rythmique. Alienice nous trempe dans des ambiances atmosphériques et psychédéliques avec des couches et des ondes de synthé aux sonorités aussi confuses que déroutantes. C'est un court titre expérimental qui précède le joyau de RETROCHET III; Table Mountain. De superbes séquences aux tonalités basses et feutrées sautillent avec grâce dans son ouverture. Comme un ballet féérique elles forment une danse de pas-de-loup qui est traversée par une autre ligne de séquence avec une oscillation plus vive. Ce chassé-croisé séquencé est une savoureuse trouvaille musicale qui étonne et subjugue. Mais on n'a encore rien entendu! Un synthé jette un mélancolique voile de brume et une approche mélodieuse, ajoutant une beauté indéfinissable à cette approche poétique qui ravira les amateurs de Tomita et de Philip Glass. C'est d'une étonnante beauté! Et Table Mountain continu sa danse des vents avec ce merveilleux mélange de séquences innocentes prêtent à se sacrifier dans les couches morphiques d'un synthé poétique pour le plus grand plaisir de nos oreilles. C'est incroyablement beau et j'ai les mêmes frissons qui me caressent l'échine après la 12ième écoute.

RETROCHET III semble être une nouvelle étape dans le cheminement de Neil & Getty. Même si le duo s'entoure des savoureuses ambiances des années Ricochet, il explore des voies plus personnelles en offrant des compositions et des structures qui s'éloignent des réminiscences de cette période dont les innombrables filons musicaux ne demandent qu'à être exploiter. Et c'est la force de RETROCHET III. Plus qu'une suite qui risque de s'essouffler, le duo Anglais déploie son arsenal de poésie mélodique pour insuffler de très belles odes électroniques progressives qui n'ont rien à envier à la sources de leurs influences.

Sylvain Lupari (14/01/12) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Retrochet Bandcamp

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