• Sylvain Lupari

NORD: BERLIN (2011) (FR)

“Près de 90 minutes de pur Berlin School pour les aficionados, on ne peut pas dire que Sztakics István Attila vise à côté de sa cible ici!”

1 Overture 9:21 2 Berlin I 8:03 3 Berlin II 8:55 4 Berlin III 14:14 5 Berlin IV 8:50 6 Berlin V 11:44 7 Berlin VI 14:06 8 My Silent Agony 13:52 Nord Music (DDL 87:09) (Berlin School)

On sursaute! Et dès les premières mesures nos doigts ne peuvent suivre la cadence de Overture. Imaginez les pieds! C'est avec My Christmas Collection que j'ai entendu un segment de BERLIN, soit avec le rythme convaincant et accrocheur de Berlin III. Overture est du même moule. Séquences basses, d'autres plus limpides et percussions électroniques font tout un tabac! Arpèges en verre et accords mélodieux se greffent à ce pistonnage du séquenceur qui saute sur le même point mais avec une telle férocité que l'adjectif vélocité paraît timide. Le synthé lance des bancs de brume et ces solos aiguisés et aiguillés qui sont le point de référence des hymnes électroniques de Nord. Donc, Overture donne le ton à un album dont la référence au Berlin School s'étend plus sur son évolution que des rythmes découverts avec Berlin III et ce Overture. On passe du pur tempo enlevant forgé par un séquenceur créatif à des moments qui demande une plus grande ouverture, surtout avec Berlin VI. Mais il y a plusieurs petites gâteries musicales avant d'y arriver. Les solos sont lascifs et farouchement mélodieux dans le rythme semi-lent de Berlin I. La vision organi-cosmique des bruits interplanétaires et ces solos ajoutent une petite touche très Jean-Michel Jarre à ce titre dont les harmonies stridentes et spectrales donnent des frissons dans le dos. Le rythme évolue pour atteindre une belle vélocité d'un rock fortement attiré par les effluves de la danse avec des percussions qui batifolent et claquent comme une nuée d'ailes métalliques dans une usine à MÉ qui fait très Jarre. Mais il résiste et domine un bon rock électronique! Et lorsque c'est fini, Berlin II nous tombe dans les oreilles qui s'interrogent, nous aussi d’ailleurs, à savoir s'il n'y a pas une erreur parce qu'on a l'impression de réentendre Berlin I. Et ça se comprend! Le rythme est quasiment similaire et il évoluera de façon à embrasser une approche résolument plus danse. Un léger parfum d'Arabie cosmique et des coussins harmoniques, qui sonnent comme du Moonbooter, sont les premières différences notables. Il y a plus d'effets et plus de nappes orchestrales qui lancent des harmonies artificielles voyageant sur des ailes de violons, j'entends du Software ici, dans une approche plus en mode danse. Il s'agit d'un bon titre enlevant avec des harmonies qu'un synthé visse encore très adroitement dans nos oreilles. On connait Berlin III?(Sinon lisez ma chronique de My Christmas Collection)! Sautons donc à Berlin IV et ses souffles en saccade qui ornent son ouverture. Traçant un rythme sous forme de jets de brume, l'introduction demande deux minutes afin de décoller. Et lorsque c'est fait, un barrage de percussions et de tssiit-tssiit ajouté à de séquences en forme de Funk futuriste attaque nos tympans avec une bonne vélocité cadencée qui sert bien les nappes, les lignes et les solos harmoniques d'un synthé qui est aussi très généreux sur les effets sonores. De fines variances déforment une approche minimaliste du rythme qui respire confortablement dans la faune cosmique de Jarre. À mesure que nous avançons, le monde de BERLIN évolue avec une vision plus audacieuse. Si les 4 premiers titres nous invitent dans le pur Berlin School animé par des séquences dont les vitesses variables respirent toujours les magnétismes du modèle Berliner, Berlin IV débute la transition entre du Berlin School violent, pondéré et une musique de danse cosmique. De quoi est fait Berlin V? D'un rythme coulant comme une danse semi-lascive avec des solos stridents qui fondent en de plaisantes harmonies électroniques. Des oscillations en boucles tissent un pattern mélodieux qui fait tranquillement son chemin entre les oreilles alors que le rythme est sculpté de spasmes saccadés qui dansent assez bien avec les oscillations. Ici, comme partout dans BERLIN, les effets spatiaux du rock cosmique Français ornent ces carrousels de rythmes toujours entraînants, même si les vitesses de structures varient beaucoup, alors que les synthés soufflent beaucoup d'influences de Klaus Schulze dans leurs solos. Parlant Schulze, la structure sphéroïdale de Berlin VI colle très bien à son style des années 85-90. Une séduisante ritournelle d'arpèges, dont l'axe monte et descends dans une vision de romance ou de berceuse lunaire, s'extirpe d'une introduction tout de bruits bigarrées. Effets électroniques, bruits cosmiques, gargouillis d'oscillateur à la Kraftwerk et nappes orchestrales irradiées de particules d'éther et d'opium sont parmi les échantillons de sons qui se fondent dans un décor très progressif et qui rendent les ambiances de Berlin VI un peu difficile à dompter. L'ensemble flirte plus avec les expérimentations sonores que la mélodie incisive qui se visse entre les oreilles. Les tonalités du synthé épousent plusieurs influences psychédéliques, dont celles de Conrad Schnitzler, et sont par instants l'équivalent d'un concerto pour voix d'eunuques enrhumées par un virus interplanétaire. Disons qu'il s’agit d'un titre qui risque de décaper des oreilles! Ma belle Lise m'a lancé une couple de regards interrogateurs. My Silent Agony termine ce BERLIN avec une première moitié séraphique. De denses et enveloppantes nappes de brume anesthésiante et d'orchestrations babyloniennes jouent avec des élans d'intensité jusqu'à ce que le rythme trépigne de multiples oscillations et de soubresauts qui se perdront sans avoir progressé. Près de 90 minutes de pur Berlin School pour aficionados, on ne peut dire que Nord vise à côté de sa cible avec un BERLIN dont les 60 premières minutes séduiront ceux qui ont appris à apprivoiser le style à partir des années 75. Il y a comme un mou après Berlin IV, plongeant l'auditeur dans un univers qui n'est pas le sien et qui n'est pourtant pas si loin. Mais un peu d'ouverture et vous découvrirez une musique qui zieute tous les horizons possibles du meilleur de la MÉ, le bon vieux Berlin School!

Sylvain Lupari 24/02/19 *** ½** SynthSequences.com

Disponible au Nord's Bandcamp

  • Twitter - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle

© 2019 by  Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari