• Sylvain Lupari

NORD: The Hidden Garden of Semiramis (2017) (FR)

“Nord devient rock! Rock progressif électronique? Oui et même de la MÉ psychédélique. Vous avez tout ça sur un seul album!”

1 Aurora 15:39 2 The Lighthouse 10:54 3 The Hidden Garden of Semiramis 11:27 4 Petra 8:14 5 Colossus 12:54 6 Sunrize (Morning in the Hills) 7:40 Nord Music

(DDL 66:48) (VF) (Berlin School, Prog E-Rock)

Je ne sais pas si vous êtes comme moi; mais je lis rarement les petites notes au bas d'une page. J'aurais dû! Et j'aurais su à quoi m'attendre de ce dernier opus de Nord.

Pourtant, l'aventure démarre très bien avec un vent de mystères qui s'élève de nul part. Il souffle avec force, tant que ses brises percent nos tympans. Un beau mouvement de séquences s'éveille sans tarder et fait sautiller ses ions dans un délicieux mouvement de balancier hypnotique. Des effets et des bruits recouvrent cette rythmique harmonique d'où s’échappe une onde de synthé hybride avec des harmonies de flûtes qui s'égarent dans des voix à peine perceptibles. Le mouvement de Aurora se dandine à la perfection, ajustant sa cadence avec une approche sensiblement plus inspirée. Comme si une menace planait! La ritournelle des séquences tournoie maintenant comme la danse d'une vipère sans venin dans une délicate spirale où l'intensité reste bien accrochée à cette introduction délicieusement minimaliste. Ce mouvement se métamorphose aux portes de la 6ième minute, affichant une vigueur renouvelée avec ce serpentin de séquences qui est devenu nettement plus spasmodique. Et ça tourne vite. De plus en plus vite! Des nappes de brume dorment aux portes de ce mouvement fiévreux. Et c'est là que l'on remarque une guitare électrique qui crache de lourds riffs et de longues complaintes. Le synthésiste Roumain, qui est avant tout un claviériste dans une formation rock, avait la piqûre pour du rock. Du rock progressif électronique! Mais comment y amener sa légion de fans? Et c'est là qu'est venu l'idée de composer un titre avec une introduction très électronique et de l'amener vers un furieux rock avec des riffs d'une six-cordes qui rugit avec la fureur des meilleurs guitaristes de rock progressif et d'une batterie endiablée avec un solo tout aussi enragé qui est sculpté par le logiciel Logic pro X. La transition est parfaite! L'illusion l'est tout autant. Nous sommes barouetté d'un bord à l'autre avec cette violente phase de rythme électronique avec un Aurora qui reste tout de même dans les territoires de la MÉ avec une guitare versus un synthé. C'est moins évident ici, ça le sera plus dans la pièce-titre. Par la suite, les choses se corsent parce que THE HIDDEN GARDEN of SEMIRAMIS, un album dédié par ailleurs à certaines des plus belles merveilles du monde, plonge dans un univers peu coutumier où la MÉ partage ses effets avec du rock plus psychédélique. Une union que mes oreilles ont dévorées avec férocité.

On aime les Doors? On aime ces délicieux mouvements langoureux et suggestif dont les parfums d'Orient fait onduler les hanches avec sensualité? Je demande parce que les fragrances et la tonalité des Doors remplissent les 2 prochains titres de cet album qui font dans le très Ray Manzarek. Comme le rythme sautillant de The Lighthouse qui est aussi parfumé des arômes de ces années psychédéliques dont Iron Butterfly accroche ses plus belles armoiries ici. La structure de rythme est divisée entre la MÉ, pour les séquences autant tranquilles que sauvages, et du gros rock plus psychédélique avec des accords de clavier qui défilent à la vitesse des séquences. Et il y a cette guitare de Kertész Huba, géniale et audacieuse et dont la présence ici relance le fameux débat synthé/guitare, qui crache des solos incisifs et des riffs pesants dans une épopée musicale qui dépasse le rock électronique et progressif tranquille d'Axess. C'est très bon, même assez convaincant, et ce duel entre Huba et Nord, notamment dans les effets percussifs, est à la hauteur de ce que l'on peut espérer d'une fusion la EM et un rock plus psychédélique. La pièce-titre est encore plus convaincante avec une évolution qui embrasse les trois phases dominantes de THE HIDDEN GARDEN of SEMIRAMIS. La finale est très rock et très électronique. Les séquences sont plus endiablées que les percussions. La musique va vous décoiffer avec un superbe et bruyant duel entre le synthé de Nord et la guitare plus vicieuse de Kertész Huba. Petra est un titre qui reste plus dans l'électronique avec une très belle structure qui progresse comme un boléro cosmique. Les séquences sont agiles, vives et agitées. Structurant une rythmique qui semble partir à la dérive, elles sont le berceau d'un genre de ballade éthérée incrustée de bons solos de six-cordes et de belles harmonies qui sont parfois teintées de la mélancolie de Vangelis. Après une introduction sculptée sur le genre Wish you were Here de Pink Floyd, dans le genre pas dans le ton, Colossus s'envole comme du gros rock très progressif cette fois où synthés, séquenceur et percussions Logic pro X dominent comme une meute de loups affamée de rythmes purement électronique. Sunrize (Morning in the Hills) conclut cet étonnant album avec des nappes sibyllines qui flottent comme des gaz sonores morphiques avec des fragrances de Vangelis, une des figures d'inspiration de Nord. Si l'introduction marine entre les ambiances de Chariots of Fire et Blade Runner, la musique ne restera pas en mode ambiant pour bien longtemps. Une ligne de séquences tente de charmer ces chants synthétisés avec une forme serpentine qui fait osciller ses ions d'une façon spasmodique. Les percussions arrivent en même temps que le synthé hésite sur la façon de filtrer la tonalité de ses harmonies, amenant Sunrize (Morning in the Hills) vers une structure plus électronique que rock et dont l'aspect rock relève seulement d'une batterie électronique. Sans nul doute le maillon le plus faible d'un album qui étonne, assomme et séduit avec son habile fusion entre le rock, le rock psychédélique de la Côte Ouest américaine des années 60 et la MÉ très Berlin School.

Sylvain Lupari (19/07/2017) ****½*

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