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  • Sylvain Lupari

NOTHING BUT NOISE: Formations Magnétiques et Phénomènes D'incertitude (2019) (FR)

“Nothing But Noise y va d'un engagement audacieux avec de longues structures évolutives qui refusent de se stigmatiser dans des phases minimalistes”

CD1 47:46 1 Autom@ta 8:10 2 Beton BB84 22:36 3 Xperiment777 12:53 4 Autom@ta Reprise 4:07 CD2 43:30 1 Curved Attraction 12:04 2 Methode Obscure 13:26 3 Dust to Nebula <> Self Replicating Forevers 12:58 4 Curved Attraction Reprise 80 4:42 db2fluctuation (2CD/DDL 91:14) (Experimental, ambient, Berlin School) (V.F.)

La trilogie sur le temps étant chose du passé, Nothing But Noise s'attaque à un nouveau défi avec un autre imposant projet intitulé FORMATIONS MAGNÉTIQUES ET PHÉNOMÈNES D'INCERTITUDE. Dépassant les 90 minutes, l'œuvre est présenté en 2 CD soigneusement enveloppé dans une pochette digipack orné des symboles d'un autre langage uniques à la mystérieuse vision de Daniel B.et Dirk Bergen. Le titre est assez représentatif d'une musique exploratoire où des parfums d'un Larry Fast, dans sa période de réflexions pour séquenceur et synthétiseur, émerveillait les oreilles en 1975. Nothing But Noise ose un audacieux engagement avec des longues structures évolutives qui refusent de se stigmatiser dans des phases minimalistes. Si les séquenceurs sculptent des horizons rythmiques lourdes et résonnantes, genre Tangerine Dream, Redshift et Arc, il se décousent assez rapidement dans des textures d'ambiances et de tintamarres intenses qui flirtent avec du psybient ou des orchestrations dignes des univers cinématographiques pour film d'horreur. L'improvisation semble être l'élément déclencheur d'une créativité toujours en alerte et qui demande quelques ajustements de l'auditeur. Et même les plus avisés! Bref un solide album qui, contrairement à ce qui se dit, flirte à peine avec le Berlin School. Mais au final, c'est du vrai Nothing But Noise comme on aime! Une note sombre et une lourde réverbération sinueuse remplissent l'ouverture de Autom@ta. Une pléthore d'ondes stagnantes, de lignes hurlantes et toujours ces réverbérations qui poussent la multiplication des demi-cercles sonores aux limites d'un patibulaire univers chthonien. Ce titre d'ouverture de FORMATIONS MAGNÉTIQUES ET PHÉNOMÈNES D'INCERTITUDE est un genre de transfuge du genre Industriel Électronique des premiers opus de Nothing But Noise vers une zone tampon où le genre Berlin School analogue se gave des nouveaux instincts du duo Belge. Des orchestrations en staccatos allongés imposent une fusion de douces et rudes saccades, structurant un rythme aussi romanesque qu'une armada de chevaux dans des plaines cinématographiques. Des cognements, un peu comme des halètements, aident à augmenter la portion sauvage d'un rythme qui se découd dans des effets sonores, hésitant entre une finale d'ambiances ou de rythme orchestral. Un dernier sursaut et boum! Autom@ta débarque dans les horizons de Beton BB84. Ce très long titre évolutif exploite un peu les ambiances de Jean-Michel Jarre à l'aube de ses structures hésitantes. Les orchestrations cosmiques sont sinueuses et interminables, alors que des cognements et leurs échos coulés dans de l'eau figé regardent le futur de Beton BB84 avec une vision où l'intensité est à portée de doigts. La première partie de ce titre crache un venin sonore extrêmement efficace. C'est avec une chorégraphie d'oscillations vives que son rythme se met en branle. Lourd et pourtant fluide, il traverse une première zone de turbulence pour s'arrêter et respirer dans les délicatesses d'un clavier ambulant et d'orchestrations lentes, lugubres. Un nid de réverbérations sinueuses éclot peu de temps après, ouvrant les portes d'une société secrète où rodent des ectoplasmes sonores à la recherche d'une vie harmonique, sinon rythmique. De gros tam-tams électroniques foudroient ces ambiances avec des cognements tempétueux, restructurant un rythme entraînant pour les neurones, tout est pour les neurones dans cet album. Cet efficace tintamarre rythmique échoue sur des radiations soufflées par de vives oscillations puis de lentes saccades de violoncelle sépulcrale, entraînant un autre changement d'horizon sonore qui s'engouffre dans une vision ambiosphérique bourrée de vents et de ses particules soniques. Si Beton BB84 commande quelques écoutes, Xperiment777 en demande encore plus. Un nuage de bruits blancs orne son éclosion radioactive. Un séquenceur imagine une structure rythmique qui s'écroule et tourne en rond dans un fascinant chaos alors que tous les éléments en place sont à l'image d’une Tour de Babel de créativité. Une marche zigzagante s'échappe de ce tintamarre pour divaguer dans les corridors d'un cosmos qui semble se construire au fur et à mesure que Xperiment777 évolue. Et on avance ainsi dans une zone de turbulences ambiosoniques qui se transforme graduellement en une chorale chthonienne. Fragile et chétif, Autom@ta Reprise évoque qu'un pâle reflet de la séduisante ouverture de ce premier CD de FORMATIONS MAGNÉTIQUES ET PHÉNOMÈNES D'INCERTITUDE. Le 2ième CD est à l'image des premières 48 minutes de ce dernier opus de Nothing But Noise. Des cognements sourds ouvrent les horizons de Curved Attraction. Les faibles lueurs résonnantes installent une ambiance glauque qui devient de plus en plus funeste à mesure que les cognements intensifient leurs nuages de réverbérations. Des orchestrations façonnent le plafonnement des ambiances jusqu'à ce que ces résonances activent la furie du séquenceur qui lance ses ions dans un désordre rythmique très séduisant. Nous ne sommes pas loin de Redshift ici. Dommage que la seconde moitié végète dans des ambiances sordides gonflées d'une pléthore de tons, mais c'est typique à Nothing But Noise dans sa vision de l'art analogue. Ces ambiances soufflent sur des ondes de réverbérations qui s'échappent en ouverture de Methode Obscure. L'ouverture est lugubre avec des lents mouvements en staccato de violons lourds et accablants. La faune sonore est taillée dans du sinistre avec des minces filets de voix spectrales et des bruits étranges qui suintent des parois d'un long corridor d'effroi. Lorsque ces ambiances relâchent un dernier souffle, autour des 6:30 minutes, le staccato devient plus vif et moins pesant, initiant le réveil du séquenceur qui lâche ses ions gambadant dans la lourdeur et les courbes zigzagantes du Berlin School. De petits tintements ornent cette procession qui sera sectionné par une phase ambiante avant de revenir sous forme de rythme. Du bon Berlin School, mais j'ai entendu mieux! Plein de woosh, comme des vents chantants dans les stigmates d'une grotte, et d'effets de cognements sourds, Dust to Nebula <> Self Replicating Forevers est une longue phase d'ambiances claustrophobiques qui se jette dans la structure des séquences bondissantes de Curved Attraction Reprise 80. La musique épouse vraiment cette nouvelle orientation des années 80 avec un séquenceur qui a une visée harmonique alors que les ambiances en décident autrement. Un court titre qui est à l'image de cette parfaite incohésion d'un album dont l'audace nécessite quelques écoutes, et un travail acharné pour une ouverture d'esprit, mais qui séduira les plus tenaces. Sylvain Lupari (25/03/19) ***½**

SynthSequences.com

Disponible au Nothing But Noise Bandcamp

© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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