• Sylvain Lupari

NOTHING BUT NOISE: From Berlin To Brussel (2018) (FR)

“Daniel Bressanutti et Dirk Bergen démontrent une créativité sans égale sur cet album en créant une faune sonore aussi séduisante que le magnétisme des séquenceurs”

1 Berlin 20:16 2 Brussel 16:51

3 eXprmnt 42 5:50

db2fluctuation (CD/DDL 42:37)

(Berlin School)

FROM BERLIN TO BRUSSEL! Un titre assez évocateur pour les amateurs de MÉ du genre Berlin School, surtout venant de Nothing But Noise dont les 2 premiers volets de la trilogie eXistence Oscilla+ion lançaient des écumes sonores très près du style mis sur la mappe mondiale par Tangerine Dream. Encore ici, l'expérimentation, cette photographie sonore du duo Daniel Bressanutti et Dirk Bergen est toujours aussi audacieuse, voire quasi expérimentale avec la créativité des instruments analogues. Le voyage se fait en train, et les différentes tonalités lors des passages sur un pont ou dans un tunnel sont là pour nous le rappeler, de même que les rythmes qui sont modulés sur la progression de ces longilignes serpents mécaniques qui sillonnent les 5 continents de la Terre.

Un premier train quitte Berlin. Du moins, c'est ce que je présume! La gare est remplie de réverbérations qui ondulent sur le tarmac, un peu comme un gros sifflet signalant la présence du train à la gare. On entend des cliquetis, c'est l'embarquement de milliers de pas confus. Les ondes de réverbérations jouent avec leurs mouvements flottants que des orchestrations figent dans un moment d'émotion. Le premiers coups du rythme viennent après cette mise-en-scène qui répond sans doute plus à mon imagination qu'à la réalité. Il est 2:27 et les vents perturbent les embarcadères. Le rythme se façonne dans l'écho des coups du séquenceur et les ambiances se réchauffent par des strates d'une couleur ocre. Les séquences se succèdent dans une sobre création rythmique qu'une ligne de basse happe dans le décor avec de lentes boucles oblongues. Le paysage défile plus vite que le rythme, alors que c'est cette ligne de basse, aux ondulations devenues plus fluides, qui remplace les houleux coups du séquenceur. Il est 5:36 et Berlin coule maintenant avec plus de facilité. L'alignement est donc bien huilé. Des séquences grasses et juteuses complémentent la pesanteur du rythme alors que les synthés stimulent les ambiances en injectant une faune surréaliste, si l'on considère que je suis à l'intérieur d'un train. Une idée de ces ambiances? Une étrange chorale, des violoncelles en mode staccato et des ululements de spectres criards et rageurs avec leurs voix aiguës s'accrochent à ces séquences résonnantes et endiablées qui structurent le rythme effréné du cœur de Berlin. Nous sommes à 12:27 et le train ne vibre plus, le rythme ne bat plus, mais les ambiances respirent d'une multitude de lignes aux couleurs aussi disparates que dérangeantes qui peu à peu font place à un inattendu mouvement de sérénité.

C'est connu, Bruxelles est une ville effervescente. Et il faut s'attendre à ce genre d'enthousiasme en partant à la découverte de Brussel. Dès l'introduction, les sons sont différents et très vivants. Des séquences électriques pétillent en tous sens, simulant un train avant-gardiste quittant une gare électrifiée. Le rythme est fantôme avec des bruits de roues sur des rails et des effets percussifs qui semblent désorientés dans ce tintamarre statique qui épuise ses énergies dans une phase d'ambiances surréalistes. Nous sommes à 8:30 et les strates aux couleurs hybrides tirent autant sur le côté sombre que très écarlate avec des crissements qui se fondent au confort du velléitaire. Des cognements ont surgi ici et là, mais rien pour structurer une approche animée. Mais tout se met en place pour offrir ces rythmes lourds qui ont animé la structure de Berlin. D'autres séquences coupent hacher-menu ce gisement de bruit blancs qui cernent les résonances d'un rythme roulant à fond la caisse avec de fines variations dans son effort. Des nappes fantomatiques enroulent ces frictions du séquenceur qui déploie encore et toujours des éléments séduisants dans sa course pour imiter un train que personne ne prendrait. Excellent, même si très alambiqué! C'est le genre de titre qui demande plus qu'une écoute afin d'y embarquer à pieds joint. Ce n'est pas parce que c'est court que c'est plus accessible, eXprmnt 42 est là pour nous le rappeler. Structurée au travers maintes couches de rythmes et d'éléments ornementaux, la musique respire une fascinante légèreté. Un titre enjoué je dirais qui profite à fond de ses 6 minutes afin de nous faire passer par toute une gamme d'émotions sonores.

FROM BERLIN TO BRUSSEL est sans doute l'album le plus accessible (oui-oui) de Nothing But Noise si nous sommes à la recherche du style Berlin School qui est l'essence du duo Belge mais qui l'exploite principalement comme toile de fond. Ici, les séquences sont lourdes, juteuses et résonnantes dans des courses effrénées où il est toujours impossible de danser, comme dans le Berlin School. Daniel Bressanutti et Dirk Bergen font preuve d'une créativité sans égal en extirpant une faune sonore qui est aussi séduisante que le magnétisme des séquenceurs. Lourd, mes lattes de plancher ont déménagé, incisif, mes tympans résonnent encore, et totalement déjanté, mes voisins ont même logé quelques plaintes, c'est la quintessence d'un univers de rythmes et d'ambiances sans frontières.

Sylvain Lupari 05/05/19 ****½*

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Available at Nothing But Noise's Bandcamp

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