• Sylvain Lupari

PAUL ELLIS: Pulse Width (2022) (FR)

Paul sculpte ici une panoplie de rythmes avec une belle et créative utilisation du séquenceur et des percussions électroniques

1 Ancient Paths 18:33

2 Pulse Width 13:35

3 Center of Gravity 14:33

4 Slow Velvet Murmuration 10:18

5 Lightning On The Serengeti 6:34

Cyclical Dreams Music CYD 0052

(DDL 63:36)

(Ambient Berlin School Art for Ears)

Le nom de Paul Ellis retentit aux 4 coins de l'univers de la musique électronique (MÉ) depuis que le multi-instrumentaliste américain a aménagé son nouveau studio. En plus de ses récentes œuvres sur le label Hollandais Groove nl, le 3ième et dernier volet de sa trilogie Panoramas est attendu cet été, il a réalisé un album avec Daryl Groetsch, The Interior Rhythms, sur Cyclical Dreams à la fin 2021. PULSE WIDTH est donc sa seconde contribution avec le label Argentin qui est aussi offerte en format téléchargement uniquement. Le titre de l'album est une bonne indication de ce que nos oreilles découvriront puisque Paul Ellis voulait créer un album avec plus de rythmes, mais aussi plus de changements à l'intérieur de chaque titre. Hormis pour le très atmosphérique Slow Velvet Murmuration, on peut dire mission accomplie! Flirtant avec le style Berlin School, Paul sculpte une panoplie de rythmes avec une belle et créative utilisation du séquenceur et des percussions électroniques.

Le résultat ne se fait pas attendre avec Ancient Paths. Des nappes de synthé ayant une tonalité de cornets de musique antiques proposent une vision d'abord très cinématographique. Le timbre est austère avec des vents se faufilant entre ces chants de cornes où circulent aussi des effets sonores plus contemporains, ajustant adéquatement ce duel en musique qui attend nos oreilles à l'aube de PULSE WIDTH. Duel parce qu'au-delà des surprenants rythmes de son nouvel album, Paul Ellis reste attaché à ses visions atmosphériques sylvanesques qui donnent cette profondeur inouïe aux couleurs de sa musique. Et ces rythmes ne perdent pas de temps à éclore, comme ici une 40taine de secondes après la 4ième minute. D'abord dirigé par de sobres accords de clavier tombant prestement, ce rythme linéaire laisse partir un magnifique mouvement oscillatoire du séquenceur. Nous sommes en mode Berlin School avec un mouvement ascendant où dansent de multiples accords de clavier, structurant des mélodies aussi évasives que les ombres de spectres, et virevoltent des solos de synthé à demi-complets sur des nappes d'orgue structurant une vision de rock progressif du début des années 70. La force de Ancient Paths réside dans les nuances sur la vélocité et la lourdeur du rythme qui s'égare vers une phase atmosphérique quelques secondes avant la 10ième minute. Paul Ellis en profite pour restructurer ce rythme, avec des accords de clavier sautillant avec un aura d'écho autour de chaque accord tombé, et ces ambiances, avec une approche plus aléatoire et des effets de synthé dispersés entre une vision structurée et une autre plus près de l'univers du Psybient. Ce qu'on découvre dans ce très long titre alimente aussi les phases des prochains titres à défiler entre nos oreilles.

Des accords résonnants dessinent des cercles rythmiques dans l'ouverture plutôt atmosphérique de la pièce-titre. Le décor tonal est tacheté par diverses tonalités, résonnantes comme plus musicales, qui épousent plus ou moins la danse rotatoire des courts cercles qui se dissolvent dans cette masse de filaments sonores. Ces derniers se contorsionnent pour former un essaim de boucles synthétisées qui virevoltent entre des exclamations orchestrales du synthé, de même que des ombres dramatiques qui tombent lourdement sur cet enchainement de spirographes sonores. L'aspect dramatique est le cœur de Pulse Width qui amorce un virage rythmique autour de la 5ième minute avec une ligne de basse-séquences et des séquences aléatoires qui convergent comme un troupeau de chevaux sauvages dans une plaine attendrie par une belle vision éthérée et orchestrale d'un synthé en mode harmonie flutée. Frénétique comme une course d'étalons, le rythme reste cerné par des effets sonores ayant un langage et une vision organique. Usant de son côté sauvage, il évolue vers une structure de rodéos et de ruades élastiques tout en conservant cette allure de course débridé dans une faune sonore qui se rempli de courts solos et de cerceaux harmoniques du synthé. Gardant sa constance rythmique sur un long parcours qui avoisine 9 minutes très intense, Pulse Width maintient la présence de ses solos charmeurs qui ressortent d'une faune tonale gorgée de riffs de clavier et de pads de synthé brumeux qui mélangent à merveille les parfums de Pink Floyd comme la période Logos à Wavelength de Tangerine Dream. Un excellent titre qui donne beaucoup de travail à nos oreilles!

Un piano électrique fait résonner fortement ses notes pensives en ouverture de Center of Gravity. Les ondes de ses notes irradient une texture légèrement métallique qui n'enraye en rien la vision dramatique de cette ouverture puissante qui reste méditative. Les notes tombant avec fracas créent des effets de résonnance et de réverbération, on entend même des ruisselets d'arpèges couler, qui s'enlacent de façon à créer une structure de rythme sans élans. Par moment, l'impression d'entendre un harpiste et un pianiste se défouler sur ses cordes et ses touches est forte tant la masse sonore qui en rayonne est puissante. Center of Gravity continue son évolution en nous faisant entrer dans une zone où les accords tintent comme un concert de carillons, créant une zone de canons sonores qui survit dans des attaques de synthé qui a su éparpiller ses merveilles depuis le début du titre. La 3ième mutation de Center of Gravity propose une structure de rythme caoutchouteuse calquée sur le modèle de tintamarre impressionniste de ce titre qui commandera quelques écoutes supplémentaires…comme aucune autre. Ça dépend de notre ouverture face à l'univers des improbabilités texturales de Paul Ellis. Le timbre métallique des accords de Center of Gravity se retrouve aussi sur Slow Velvet Murmuration. Sauf qu'ici, l'impact n'est pas le même. Entre la promenade et les murmurations de ces arpèges dans un boisé musical et une délicate berceuse électronique, le ton est austère avec une vision mélancolique qui me rappelle certaines textures de Emerald Web, notamment avec la flûte. C'est un beau titre méditatif avec un clavier élégant qui arrive à nous rendre méditatif. C'est en voulant donner une autre texture de sons à une guitare que Lightning on the Serengeti a pris forme. On entend ces textures se contorsionner sur une structure de rythme tribale animée par des percussions électroniques dans un cadre musical qui fait très musique pour documentaire sur la faune Africaine. Et c'était loin d'être l'idée de départ de ce titre qui m'a plongé dans mes souvenirs du temps où Vangelis collaborait avec les documentaires de Frederic Rossif.

Plus beau que très étonnant! Et cela, à la grandeur des 64 minutes de PULSE WIDTH.

Sylvain Lupari (16/05/22) ***¾**

SynthSequences.com

Disponible au Cyclical Dreams Bandcamp

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