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  • Sylvain Lupari

PAUL ELLIS: Rainforest And Pavement (2020) (FR)

Il faut une 3ième oreille pour écouter les 11 versets et les 78 minutes de cet album de Paul Ellis dominé par le désir de créer

1 Rainforest and Pavement 5:13

2 Northwest Cedar Coliseum 5:51

3 Eyes in the Dark 9:49

4 Liquid Sorcery 7:11

5 Rose Gold, Bronze and Copper 8:25

6 Snow Flurry in Lamp Post Glow 6:16

7 Drifting Through an Astral Doorway 8:30

8 Spectre of the Ancient City of Ur 7:26

9 Conversations for Neon Cello and Haunted Orchestra 5:53

10 The Way that Autumn Came to the Trees 4:28

11 Misty Light of a Forest at Dawn 9:29

Groove-GR-290

(CD/DDL 78:36)

(Art for Ears)

Une basse pulsation semble jouer avec l'effet de sa faible écho en ouverture de Rainforest and Pavement. Des tintements, comme des gouttes d'eau en forme de cristal, scintillent et leurs chutes s'évaporent dans des accords d'une guitare finement liée aux nappes de brume qui ornent le paysage introductif de RAINFOREST AND PAVEMENT. Songeur et rêveur, Paul Ellis l'est sur son dernier album qui vient juste de sortir sur le label Hollandais Groove nl. C'est dans un contexte de constant tiraillements entre le confort, l'énergie des villes et les randonnées pédestres dans les forêts tropicales que Paul Ellis a tissé les grandes lignes de son album. On y retrouve donc une étrange ambiance où sa vision intimiste se perd dans les vastitudes de ces forêts sises sur la Côte Nord-Ouest des États-Unis, lieu de résidence du musicien de l'état de Washington. Album textural où les sons sont des graines qui deviennent des murailles de tranquillité ou des toiles d'une vision névrotique, RAINFOREST AND PAVEMENT saute d'un extrême à l'autre dans un album conçu pour être dompter au fil de quelques, sinon plusieurs, écoutes. Les textures ambiantes dominent autant que ce besoin de se ressourcer loin des villes, alors que ce démon des villes surprennent avec des torrents de sons et de rythmes statiques qu'il faudrait une troisième oreille pour écouter les 11 versets et les 78 minutes d'un album dominé par l'envie de créer.

Northwest Cedar Coliseum est un bon Berlin School qui nous met en confiance après la douce et sereine pièce-titre. Sous un tapis de brume s'élève un mouvement dandinant qui voltige dans une forme ascensionnelle. Une autre série d'arpèges s'active derrière la structure de rythme principale, poussant ce rythme vers une phase tapageuse où se greffent momentanément des effets percussifs chevrotant. Monte et descends, rythme et repos, Northwest Cedar Coliseum est plus dans le genre Pacific School, je pense entre autres à Alpha Wave Movement ici, avec sa structure enjolivée par des effets de pyrotechniques soniques. Un très bon titre! Les rythmes ambiants ici sont principalement mus par une ligne de basse et ses arcs élastiques qui rayonnent comme la bonne basse de Patrick O'Hearn. Son déplacement est plus souvent sournois, comme un loup jouant avec sa proie. Elle est aussi au cœur de Eyes in the Dark où l'acoustique domine l'électronique avec une belle guitare qui recouvre une présence assez psychédélique des synthés, hormis pour cette fascinante mélodie flûtée. Les riffs acoustiques déversent un fiel qui donnent une étrange texture aux ambiances assez biscornues de Eyes in the Dark. Résolument plus en mode de musique d'ambiances qu'animée par séquenceur, l'aventure au pays de Paul Ellis se poursuit avec sa longue toile de réverbérations et de tonalités de synthétiseur des années vintages en Liquid Sorcery. Ce plus long titre de RAINFOREST AND PAVEMENT est comme de l'art sonore abstraite avec des griffonnages synthétisés qui se tordent comme des nouveau-nés de matières réverbérantes. Ici aussi on entend ces nappes de brume des années Baumann tentées de créer un moule pour recueillir ces longilignes formes torsadées qui flottent dans un liquide de sorcellerie. Chaque album de Paul Ellis amène un titre qui nous sort de nos oreilles! Rose Gold, Bronze and Copper est ce titre et offre tout un gros rock électronique progressif et psychédélique. Sur une structure rythmique totalement sauvage, on dirait des dizaines de pas qui courent dans toutes les directions, forgée autour de boucles oscillatrices de toutes les couleurs et dimensions, coulent des riffs âpres et courent des flûteurs-joggeurs. Il y a un tissu de percussions programmées ici qui ajoutent à cette folie passagère d'un titre qui a eu un petit en Spectre of the Ancient City of Ur. Les synthés hurlent et tout tourne en boucles inépuisables dans ce titre qui aurait pu naître d'une fusion entre Gryphon et Synergy.

Après ce titre dur pour les oreilles et inexplicable pour l'imagination, Paul Ellis revient avec un très bon Berlin School progressif en Snow Flurry in Lamp Post Glow. Si l'ouverture respire la liberté de Tomita dans Snowflakes are Dancing, ce qui respire derrière cette image sonore est encore conçue dans le psychotronique avec des réverbérations de tous acabits. Par contre, le séquenceur fait fi de cet esthétisme hallucinogène en sculptant ce Berlin School qui monte et descends jusqu'à plus un son du séquenceur ne sorte dans une course contre la névrose d'une cité en pleine dérive. Un très bon titre qui demande plus qu'une écoute, mais déjà l'attrait y est pour stimuler ce désir de découvrir un Berlin School efficace, même si différend. Drifting Through an Astral Doorway propose un rythme lent avec un séquenceur libérant une ligne de basse séquences qui avancent furtivement et à tâtons dans un univers glauque qui rappelle les sombres corridors de Tangerine Dream dans les années 70 que Monsieur Ellis restitue fidèlement à sa guitare. Après un souffle de brume, Spectre of the Ancient City of Ur étend sa texture avec une ligne d'oscillations vives roulant de façon aléatoire jusqu'à se greffer à un lourd mouvement stationnaire nourri par des boucles d'oscillations dans un univers où l'eau perle de partout. Il y a encore beaucoup d'essences de Rose Gold, Bronze and Copper ici. Des gouttes de cristal tombent et tintent aussi dans le mystérieux décor de Conversations for Neon Cello and Haunted Orchestra. Les ambiances collent à la vision irréelle du titre avec des gémissements résonnants et des lignes de réverbérations sinueuses qui serpentent une zone semi organique. La structure de rythme sautillant de The Way that Autumn Came to the Trees respecte les paramètres de rythmes ambiants de RAINFOREST AND PAVEMENT. Toujours sournois, il boitille dans un univers de MÉ vintage avec sa brume de résidus métalliques qui cerne les bouts de solos d'une guitare et de synthé remplie de blues accompagnés d'une basse aux accords élastiques. Misty Light of a Forest at Dawn termine cet album dans un décor enchanteur. Les lignes de gémissements réverbérants remplissent une introduction où la clarté tente de faire sa mise à jour dans une union sibylline avec l'obscurité. Un drame se joue ici avec des mini spirales lumineuses qui ondulent ici et là, invitées par des chants flûtés et de belles orchestrations qui nous plonge dans l'orée d’une forêt que seule la luminosité peut redonner sa verdure d'antan. Les mouvements du synthé tissent des lignes et des nappes ondoyantes qui s'accouplent en musique jusqu'à pénétrer cette spirale intemporelle qui sonne tellement comme dans Chronos de Michael Stearns, dans une moindre mesure, où l'on saisit finalement l'essentiel de Misty Light of a Forest at Dawn et de RAINFOREST AND PAVEMENT. Un album pas comme les autres, mais un très bon Paul Ellis.

Sylvain Lupari (01/07/20) ****¼*

SynthSequences.com

Disponible chez Groove NL

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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