• Sylvain Lupari

PETER MERGENER: Passage in Time (1991-2014) (FR)

C'est un autre très bel album avec beaucoup de senteurs de Software dedans

CD 1 1 Voices of the Earth 5:30 2 Passage in Time 6:35 3 Mechanical World 7:05 4 Military World 7:35 5 Lost Paradise 8:40 6 Patience Nature 3:03 7 Harmony with Nature 9:14 8 Praise 9:10 CD 2 9 Toni the Wind 2:12 10 Voyage 5:09 11 Time 10:16 12 Kindergarten 4:31

13 Space Patrol 12:18 14 Timeless Memories 8:38 15 Eternal Flow 3:13 Cue Records - CUE 103 (1991)

Prudence - 398.6841.2 (2014)

(CD/DDL 110:39) (Cosmic E-Rock, New Berlin School)

Il y a toujours un petit vent de polémique lorsqu'un artiste revisite un de ses albums. Comme je n'avais jamais entendu PASSAGE IN TIME, et suite à certains commentaires négatifs sur cette réédition, je voulais absolument entendre une version original de cet album avant d'écrire sur le sujet. C'est donc d'une oreille assez attentive et au final ravie que j'ai découvert et comparé, grâce à la générosité d'un lecteur, ce 2ième album solo de Peter Mergener. Album thématique sur le rapport de l'homme et ses avancées technologiques versus la nature, PASSAGE IN TIME suit les horizons soniques de Creatures avec une sonorité et des structures qui restent très près de l'univers Software.

Voices of the Earth ouvre ce 2ième chapitre avec un effet de carillon dont l'envoûtement est stoppé net par une chute de riffs d'un clavier. S'ensuit une nuée de brises sombres, d'effets sonores et d'arrangements orchestraux qui ne peuvent que nous rappeler la formidable introduction d'Electronic Universe. Dès lors, le parallèle entre la musique de Mergener et celle de Software ne pourra être évité. Un sublime effet de voix épouse le temps d'un cadran alors que Voices of the Earth progresse de son enveloppe d'ambiances et de son crescendo dramatique qui s'estompe dans une danse des vents et le cliquetis d'une horloge géante. Le premier truc qui accroche sur cette réédition est la passage entre Voices of the Earth et la pièce-titre. On dirait un mauvais MP3 avec ses 2 secondes de décalage. Chose totalement absente de l'édition originale qui couche aussi une sonorité un peu plus chaude, un peu moins froide. On oublie un peu cet accroc lorsque que les limpides accords du séquenceur tournoient avec l'agilité du verre qui se cristallise. Des effets de voix nappent cette délicate ouverture alors que la spirale hypnotique de Passage in Time accroche ses charmes à une ligne de basse qui fait monter et descendre sa série de 12 accords. Les percussions déboulent, apportant ce cortège de deux lignes d'harmonies minimalistes vers un rythme finement entraînant (on tape de pied plus que l'on danse) où les 3 phases accordent subtilement leur rythme en opposition sous les chants d'un synthé suavement flûté. Nous sommes carrément dans l'univers de Software et cette signature est partout dans l'album. Orné de ces mêmes parures, Mechanical World offre une structure de rythme plus ambiant, mais tout de même assez vivante, avec un synthé aux chants toujours aussi harmonieux. Les effets orchestraux nappent l'approche un peu plus sauvage des percussions et de leurs effets métalliques lors que le mouvement des séquences sculptent une spirale un peu chaotique. À date j'aime bien ce que j'entends et le jeu des comparaisons entre l'original et cette édition n'est pas vraiment concluant, sauf pour le pont entre les 2 premiers titres. L'ouverture très militaire de Military World fait contraste avec la relative sérénité des 3 premiers titres. Mis à part les effets d'une parade militaire de 40 secondes, Military World offre à nos oreilles des voix parfumés de sérénité et des riffs de clavier à la Tangerine Dream avec des cliquetis de percussions séquencés qui poussent le rythme vers un mouvement de fluidité très éthéré. Peter Mergener exploite à fond les temps de chaque titre en modifiant la course des rythmes ou en les nuançant avec une bonne dose de subtilité. Ainsi Military World accroît sa cadence, tout en restant assez sédative, avec une approche électronique très Tangerine Dream des années Jive. Un autre beau titre! Divisé en 2, son introduction de 4 minutes étant fait d'ambiances et d'effets sonores, Lost Paradise fait scintiller son chapelet de séquences moirées avec une ligne de basse aussi entraînante que celle de Passage in Time. Après le très calme et très méditatif Patience Nature, où la guitare de Achim Elsen est aussi songeuse que celle d'un bluesman sur un quai qui espère le retour de sa dulcinée, Harmony with Nature nous entraîne dans ces phases de rythmes électroniques à la limite du Groove tel qu'entendu sur Digital Dance. Encore ici, la rupture de style MP3 entre Harmony with Nature et Praise est assez agaçante. Surtout que Praise est un beau titre qui repose sur une structure croissante, toujours alimentée de ces séquences scintillantes et de ces percussions sourdes, où la guitare d'Achim Elsen fait un aussi bon travail qu'un synthé.

Le 2ième CD offre plus de 46 minutes de musique inédite qui a été composée entre la période de gestation de PASSAGE IN TIME et 2014. Et si l'on écoute attentivement, on peut y entendre des versions de l'album original qui sont mixées différemment. Toni the Wind est un titre d'ambiances apocalyptique avec un synthé qui fait chamailler ses brises avec des tonalités différentes, dont la prédominance va à des airs de saxophone. Après une intro chargée d'ambiances éthérées, Voyage offre du bon rock électronique avec des percussions très TD qui maltraitent une très belle structure sphéroïdale brodée autour de ces séquences si limpides unique à l'univers Software. D'ailleurs, l'effet d'avoir déjà entendu ce titre quelque part dans la discographie de Software tenaillera vos sens tout au long de son écoute. Idem pour Time et sa croissance progressive qui semble sortir des sessions de l'album. J'aime bien, même si l'odeur de deja-entendu flotte tout autour de Time, Voyage et Timeless Memories et son saxophone. Kindergarten est un autre titre d'ambiances, tout comme Toni the Wind et Eternal Flow, qui est très aérien, où des clameurs d'enfants flottent sur des ombres flottantes. Space Patrol est le seul titre qui se démarque au niveau de l'originalité. Rien de ses parfums n'allume une alliance entre Software et Peter Mergener. C'est un bon rock électronique cosmique avec un rythme entraînant, même si nos pieds restent enracinés sur le sol, où nos deux hémisphères suivent la courbe de sa danse astrale. J'ai bien aimé et on reste dans les racines de Peter Mergener avec un mouvement en constante progression.

Le jeu des comparaisons maintenant! Statuons tout de suite sur la qualité de PASSAGE IN TIME. C'est un autre bel album de Peter Mergener qui démontre qu'il était l'âme des rythmes serpentins de Software. J'aime mieux l'original qui est sans accrocs au niveau des enchaînements des structures. Pour ce qui est du reste, je n'ai rien à redire si ce n'est que l'original semble posséder une âme plus chaleureuse. Le deuxième CD offre du bon matériel, même avec ses airs de deja-entendu, dont 2 solides titres en Space Patrol et Time. Considérant que la version originale est épuisée depuis longtemps, cette nouvelle mouture est plus qu'acceptable. Et si on manipule l'art de mixer soit même la musique que l'on écoute, l'affaire est bingo! Car PASSAGE IN TIME est dans la continuité des meilleures œuvres de Software. Tout comme Creatures et Take Off qui paraîtront l'année suivante.

Sylvain Lupari (22/08/16) *****

SynthSequences.com

Disponible chez BSC Music

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