• Sylvain Lupari

PETER MERGENER: Phonetic Society (2010) (FR)

Un retour aux sources de la New Berlin School pour celui qui a fait fleurir ce style

1 Mindflow 6:50

2 Starflight 6:45

3 Shiva Connection 7:05

4 Timepassengers 11:01

5 Rotation 6:34

6 Transformation 3:35

7 Phonetic Society 7:03

8 Floating Energy 8:35

BSC Music/Prudence (398.6808.2)

(CD/DDL 57:33)

(New Berlin School, Downtempo)

En 2010, Peter Mergener mettait sa carrière en veilleuse après la parution de PHONETIC SOCIETY. Pour l'histoire, celui qui fut un pionnier, avec Michael Weisser, du New Berlin School entreprenait sa carrière solo dès qu'il quittait le navire Software au début des années 90. Depuis Passage In Time en 1991, il a signé 15 albums, quelques-uns en duo, d'une MÉ diversifiée mais toujours avec une vision plus commerciale. Une musique électronique plus accessible qui flirtait entre le Synth-Pop ou le New Age et le New Berlin School parfumé des essences Software. PHONETIC SOCIETY est son 15ième album hors des frontières du duo Mergener/Weisser. Et on peut dire qu'il renoue avec ses racines en présentant un très bon opus où les structures de rythmes entrecroisées naissent et défoncent les planchers dans de belles structures oniriques.

Le rythme introductif de Mindflow est roucoulant. Les arpèges roulent tout en flottant dans une belle brume électronique, traçant une approche hésitante qui sautille à pas de loups dans les souffles d'un synthé dont les voix se perdent entre des couches lyriques. Rescapée de ce lourd voile mellotronné, une séquence isolée se dandine candidement et embrasse le doux parfum d'une flûte onirique alors qu'une autre ligne séquentielle plus ondulée subdivise le rythme qui s'alourdit de bonnes frappes de percussions. Mindflow devient une belle mélodie sur une rythmique soutenue par de bonnes percussions lourdes et des séquences entrecroisées. Des arpèges émergeant des souffles de l'introduction cosmique de Starflight dansent avec légèreté. Une étrange danse où un souffle ténébreux protège ce carrousel aux accords funestes qui subitement virevoltent avec puissance dans un furieux maelström séquencé où ils s'entrecroisent, se chevauchent et se multiplient dans une course infernale. Un solide titre sans rythme concret, Starflight devient une puissante danse circulaire sur un mouvement giratoire hyper actif. Shiva Connection est un bon titre où le cosmos rencontre le techno avec, comme toile de fond, une approche tribale du peuple des sables. Des voix de nymphes célestes psalmodient dans un cosmos strié de fines lames de synthé pour déboucher vers une oraison berbère récitée sur les souffles éthérés de son intro galactique. Un délicieux mouvement de rythme séquencé aux accords qui alternent et virevoltent en spirales en émerge. Les séquences papillonnent et dansent auprès de percussions tablas et une étrange ligne de basse aux délicats accords pincés et sautillants. Le rythme ambivalent progresse avec des arrangements orchestraux où les oraisons claniques défilent dans de denses nappes mellotronnée. Plus long titre sur PHONETIC SOCIETY, Timepassengers débute avec une touche pulsative qui entraine une ruche de séquences à sautiller avec un doux souvenir de Arpegiator de Jean-Michel Jarre sur Les Concerts en Chine. Cet essaim de séquences multiplie les sauts dans un pattern arythmique et aléatoire où les riffs de Tangerine Dream nous rentre dans la boîte à souvenirs. Vibrionnant sur une croissance aléatoire, ce rythme franchit les obstacles en ajoutant une ligne de basse-séquences qui l'entraîne vers des solos de synthé, miaulant comme ceux de Syndromeda, et des orchestrations avec des staccatos qui sont influents au niveau rythmique. Cet amalgame constitue un rythme fiévreux que de nouveaux accords, caquetant comme dans l'univers Robert Schroeder sous les lourdes nappes mellotronnées. Plus tranquilles, les violons amènent le rythme dans une phase atmosphérique où un cliquetis, doublé d'un compte à rebours, redirige Timepassengers vers une explosion tintamarresque qui est suivie par une dérivation dans les couloirs du Cosmos. Et lorsque l'on s'y arrête un peu, ne peut avoir de meilleurs conclusions.

Rotation est un titre fougueux et très techno qui sévit mieux sur les pistes de danse que dans nos oreilles rêveuses. Un titre lourd mais bien structuré qui démontre que Peter Mergener a le sens du rythme à nous faire taper du pied. Transformation est un court titre où les ambiances cosmiques entourent une rythmique indécise qui gravite dans des éléments sonores aussi électroniques qu'éclectiques. J'aime bien les lourdes nappes mellotronnées qui enveloppent ce titre, un élément où il est très à l'aise et qui ajoute énormément de profondeur à son nouvel album. Sur la pièce-titre, il exploite une approche très dance et techno avec de lourdes résonnances qui font office de séquences primaires. Des séquences sur lesquelles s'appuie un autre mouvement avec des accords limpides virevoltant sur une structure qui s'alourdit de bonnes percussions. Phonetic Society plonge l'auditeur dans un étonnant univers de techno futuriste où les ronflants effets sonores électroniques sont la clé d'un lourd techno qui tournoie de ses limpides accords en verre. Floating Energy clôture PHONETIC SOCIETY avec une douce intro cosmique qu'une ligne de basse aux accords pulsatifs dérange la quiétude. Ici, comme partout ailleurs sur cet album, le synthé étale des couches hybrides où la brume métallique embrasse les voix éthérées sur une intro qui graduellement s'anime d'une lourdeur pré-technoïde avec de fins arpèges cristallins qui vrillent dans un carrousel mélodieux. La musique se laisse tranquillement emportée dans une rythmique progressive avec des accords résonnants qui palpitent autour d'une scintillante ligne de synthé dont les filaments coulent entre les voix et les douceurs oniriques d'un titre divisé entre les appels du cosmos, la sensualité de sa ligne de basse et la fermeté d'un rythme détourné de sa douceur lascive par de bonnes frappes de percussions. Comme à la belle époque de Software!

Constamment tiraillé entre les douceurs morphiques et cosmiques ainsi que des rythmes évolutifs débordant vers des rythmes vivants et entraînants, PHONETIC SOCIETY est une très belle continuité des œuvres de Software (Electronic Universe II et Digital Dance) avec une très belle touche de contemporanéité. Un très bon album de Peter Mergener qui s'est inspiré de cette nouvelle tendance où l’Électronica et les down-tempos flirtent avec les essences du New Berlin School.

Sylvain Lupari (03/05/11) ***¾**

SynthSequences.com

Disponible chez BCS Music

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