• Sylvain Lupari

PICTURE PALACE MUSIC: Natatorium (2009) (FR)

C'est une œuvre splendide où PPM multiplie les rythmes sur des variations émotives

1 Drowning Moon and Eleven Suns 7:28

2 Moon Dial 14:44

3 Blue-Hour-Glass 11:09

4 Risk Pool 9:02

5 Drowning Suns on Moonlight Drive 4:41

6 The Gretchen Tragedy (Faust Outtake) 7:15

PPM016

(DDL 54:18)

(Post-Rock, Theatrical EM)

Oh que j'ai entendu de belles choses sur NATATORIUM! Réalisé dans l'ombre des concerts donnés avec Tangerine Dream et à l'abri de distributeurs d'importance, ce dernier effort de Picture Palace Music s'est laissé attendre (et désirer) avant d'aboutir sur ma platine Cambridge. Ceux qui aiment les séquences frénétiques au crescendo démoniaque à la Poland, la pièce-titre, vont en saliver. Ceux qui aiment les solos de guitares bien ciselés et fignolés avec force, qui s'enroulent et se déroulent vicieusement, vont en avoir plein les oreilles. Et ceux qui aiment les explorations sonores d'un monde sombre et obscur avec une kyrielle de chuchotements qui nous rendent paranoïaques s'en cureront les oreilles. Et finalement ceux qui, comme moi, pensaient que Curriculum Vitae I était un petit chef d'œuvre en seront quitte pour revoir leurs échelles de valeurs musicales, car NATATORIUM - Music For Moonlight Drive & Swimming Pools va plus loin et dépasse les états bizarroïdes de CVI. Un extraordinaire opus divisé en 2 actes, dont les 5 premiers titres s'emboîtent alors que The Gretchen Tragedy conclut avec une touche poétique et mélancolique. Un opus qui débute comme Thorsten Quaeschning à l'habitude de surprendre.

Cris et chuchotements d'une vie animée de quartier ouvrent la voie de Drowning Moon and Eleven Suns. Un doux synthé y flotte, comme les souffles d'un fantôme perdu dans cette masse vivante. Une ligne de basse y laisse ses traces, accompagnant un clavier aux arpèges solitaires. Déjà, l'ambiance de cet album baigne dans une pléiade de sonorités théâtrales qui sont au cœur de chacune des compositions dans NATATORIUM. Une superbe séquence se contracte et sautille frivolement dans cette ambiance aussi réaliste qu'étrange. Les percussions tombent et habitent de plus en plus ce titre introductif qui prend un virage dramatique avec la gravité d'un Memotron aux souffles discrets mais chaleureux. Un titre hybride hésitant entre deux rythmes et tombant dans la magnificence de Moon Dial qui possède la fureur de Redshift ainsi que de Near Dark, tout en embrassant la structure rythmique d'un Poland déchaîné. Moon Dial débute bien innocemment avec une séquence lourde et minimalisme sautillant dans un bassin d'effets sonores tous aussi ingénieux les uns des autres. Elle active un rythme lourd dans une tangente spiralée et saccadée, tout en subdivisant sa lourdeur rythmique pour embrasser une 3ième ligne du séquenceur qui adopte les formes d'un Poland frénétique, alors que l'ambiance est de plus en plus angélique. C'est la beauté de la noirceur qui s'étale dans nos oreilles où bruits glauques grignotent une structure devenue sauvage, mordue qu'elle est par de superbes et stridents solos d'une guitare agressive. Des solos qui déchirent un voile mellotronné si calme et serein que nous ne pouvons qu'être à la croisée de deux mondes. Totalement génial! En mi-parcours, une batterie explose le rythme qui devient encore plus déchiré entre ses différentes options rythmiques. Lorsque que je vous dits plein les oreilles!

Et ce sont avec les oreilles bien pleines que l'on déguste ce brillant opus qui étonne de titres en titres. Blue-Hour-Glass nous entraîne dans une sombre phase de nostalgie avec un superbe piano dont les notes hésitantes trébuchent sur un violon mellotronné et ses cordes aux tonalités métallisées. Un beau titre où la tranquillité est basculée par des passages plus violents et forts intenses où des bribes de The Who dans Reign Over Me foulent nos mémoires. Tout en douceur Blue-Hour-Glass verse sur l'intro ondulante de Risk Pool, redonnant à l'album sa rythmique lourde sur une bonne structure de basse et un synthé aux boucles fantomatiques. Elles roulent en survolant le tapage des percussions claquantes et sur les vocalises tamisées d'un vocodeur. Et le titre nous entraîne dans les méandres d'une techno légèrement aseptisée par un synthé aux voiles tentaculaires. Le rythme fait sentir ses options pour nous replonger dans les douceurs nostalgiques qui baignent sur ce CD avec le doux Drowning Suns on Moonlight Drive et ses accords frivoles qui dansent comme une ballerine gracieuse le ferait sur l'eau. Une superbe finale d’un premier acte d’une intelligence créative à jeter par terre. The Gretchen Tragedy (Faust Outtake) conclût avec une ballade sombre où des milliers de vagues sonores se repercutent sur un tendre mellotron flûté, nous ramenant paisiblement au bercail de la réalité.

NATATORIUM - Music For Moonlight Drive & Swimming Pools est une œuvre splendide où Picture Palace Music multiplie les rythmes sur des variations émotives avec une étonnante maîtrise artistique. Un album qui embrasse les visions de la Berlin School et celles d'une somptueuse musique théâtrale sur un fond de Techno composé avec une empreinte de tendresse nostalgique qui fait son effet jusqu'au fond de notre âme. Un autre superbe opus! Ah oui…. Un gros merci à Edgar Froese qui nous a fait découvrir ce superbe artiste.

Sylvain Lupari (20/11/09) *****

SynthSequences.com

Disponible au Picture Palace Music Bandcamp

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