• Sylvain Lupari

PIERRE-JEAN LIEVAUX: Perception Totémiste (2010) (FR)

Perception Totémiste est une expérience musicale assez difficile qui a la moitié des charmes de Perception Analogique

1 Dave's Near Vana 7:40

2 Indescente au Paradis 9:36

3 Le Sombre Héros Espagnol 10:42

4 Opuys de Montreuil 8:38

5 Rue Sale Hazard 7:50

6 Un des Nababs Revends son Éléphant 9:40

PWM-Distrib

(CD 54:13)

(Experimental)

Je rêve ou j'entends les hélices d'un hélicoptère, ou d'un énorme ventilateur, hachées la voix trop robotique de Dave (2001: A Space Odyssey) qui filtre à travers des nappes de synthé éthérées et des bruits d'une eau qui dégoutte dans une enveloppe métallisée? Je rêve encore lorsque j'entends ces lointaines sirènes industrielles à la Blade Runner infectées les tranquilles hallucinations soniques de Dave's Near Vana? PERCEPTION TOTÉMISTEest le 2ième volet sur le concept de la perception que Pierre-Jean Lievaux a entrepris en 2009. Nettement moins audacieux et surtout moins charmant que Perception Analogique, mis à part quelques minutes volées au compteur ici et là,PERCEPTION TOTÉMISTEest une agonisante symphonie électronique où les nappes de synthé volent doucement, tressant d'oblongues boucles intemporelles, au-dessus d'un essaim de voix et de murmures autant cybernétiques qu'ectoplasmiques. Des murmures et des voix qui énervent plus qu'elles fascinent et qui avaient pourtant leurs places dans le premier volet. J'imagine que tout est question de perceptions…et d'environnements soniques. Parce que ce qui faisait les charmes de Perception Analogique sont férocement plus difficiles à assimiler ici, tellement tout semble et sonne froid. Tellement tout semble dénuer de passion. Les ambiances sont forgées dans des lignes de synthé aux couleurs stridentes qui embrasent une multitude de grésillements radioactifs qui laissent des empreintes creusées de perplexité dans les oreilles. Je dois admettre qu'il y a des phases assez difficiles comme Un des Nababs Revends son Éléphant que je suis toujours incapable de décrire. Mais il y a bien de fines lignes de basse qui structurent de lents mais lents tempos ondulants, comme celui de Dave's Near Vana, ou celui plutôt lascif de Indescente au Paradis, où, si l'on prête bien l'oreille, on peut entendre une obscure mélodie scintillée dans des pénombres teintées de soie métallique, ou encore celui du nomade errant du sombre et énigmatique Rue Sale Hazard et ses crépitements qui pétillent sur une ligne de basse à l'agonie. Il n'y a rien à dire sur Le Sombre Héros Espagnol, si ce n'est que le sombre héros cherche son ombre dans un tumulte assez éthéré avec des gémissements qui chevrotent dans des claquements épars. Bien que plus tranquille, il aurait eu sa place sur Perception Analogique. Des crépitements qui tambourinent dans le vide, et dont les échos trouent la peau de long drones et bourdonnements, ouvrent les premières secondes de Opuys de Montreuil qui balance sa structure entre une approche clanique indigène et une vision cosmique. Peu à peu le tumulte change de peau alors que le titre embrasse une phase assez ambiante où des voix distordues et des harmonies dissonantes dessinent une phase sonique trop abstraite pour y trouver un intérêt.

Vous avez compris que j'ai trouvé l’expérience de PERCEPTION TOTÉMISTE assez difficile, voire indigeste par moments. Je n'ai pas trouvé cette petite flammèche qui avait littéralement enflammée mon intérêt pour le premier volet de cette quadrilogie. Si les structures se ressemblent beaucoup, il y manque un truc qui avait fait toute la différence sur Perception Analogique. Un rythme inattendu, une soudaine musicalité et des bribes de mélodies enfouies ici et là sont totalement absents de ce deuxième volet qui est entièrement consacré à l'expérimentation sonique et les fruits de sa dissonance. Pour amateurs de musique totalement abstraite!

Sylvain Lupari (19 Juillet 2014) *****

SynthSequences.com

Disponible au Patch Work Music

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