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  • Sylvain Lupari

PIOTR GEPERT: Anunnaki (2016) (FR)

Anunnaki est un vent de fraîcheur avec ses rythmes faciles à apprivoiser avec sa faune électronique et ses solos de synthé qui ne souffrent d'aucun complexe

1 Inner Transformation 10:52 2 Anunnaki 10:26 3 El Nino 6:00 4 Boat to Freedom 8:00 5 Exodus 3:46 6 Bolimowski Szlak 5:55 7 Voyager 12:51 8 Loss of Gravity 1:27 GEN CD 038

(CD/Spotify 59:34) (Space Rock , New Berlin School)

Retenez bien ce nom; Piotr Gepert! Pour son premier album, le synthésiste Polonais nous balance rien de moins qu'une grosse claque entre les oreilles. Les délices de ANUNNAKI reposent sur des programmations de rythmes motorik avec de délicieux schémas répétitifs, parfois légèrement décalés, qui hantent notre cerveau et supportent autant de mélodies que de solos de synthés très créatifs aux arômes analogues. La magie repose sur cette approche cosmique qui allie les œuvres de Jean-Michel Jarre à la faste période de Innovative Communication et de son genre de New Berlin School. On accroche très facilement et chaque titre exploite une figure de rythme aussi séduisante que très différente.

Un soupir de synthé s'accroche à notre lobe d'oreille. Des effets intergalactiques pimentent les ambiances tandis qu'une lave de synthé étend une aura un peu plus dramatique, sinon cosmique. Un peu à la Jarre. Ces laves étendent leurs tonalités aussi chaleureuses qu'attendrissantes qui s'entrelacent langoureusement, un peu comme si la vie prenait forme dans le vide intersidéral. Les 120 premières secondes de Inner Transformation sont tissées dans une approche aussi ambiante que cosmique et, comme des bulles qui se bousculent à l'orée d'un goulot, le rythme qui coule débloque avec un maillage de vives oscillations de basses et des percussions très mécaniques. Les oscillations forment des boucles de mélodies rythmiques qui roucoulent comme un pigeon sur acide alors que les laves de synthé enflamment une flopée de tonalités aussi électroniques que cosmiques. Vivant et entraînant, le rythme de Inner Transformation est un genre de fusion entre du rock cosmique acidé, du Jazz et du Funk sur un fond très sidéral. D'autres percussions, on dirait ces claquettes en bois qui ont fait les délices de Pop Corn, ajoutent plus de vélocité à un rythme qui passe de rock cosmique à Funk cosmique pour finalement tomber dans un solo de percussions électroniques aux odeurs de Jazz. Déjanté et totalement inattendu! La pièce-titre est mon premier coup de cœur! Son intro est cousue dans des gémissements astraux, des caresses cosmiques et des tonalités uniques à la musique d'espace. Il faut attendre un bon 2 minutes avant que le savoureux rythme de Anunnaki, aussi simple soit-il, créera cette dépendance à taper du pied comme dans une pièce de synth-pop qui carbure à un rythme Motorik. Toujours nimbée de tonalités volées au cosmos, et il y en a énormément, il cahote comme dans ces danses où les membres se désarticulent comme un robot humain. Simple mais bougrement efficace, ça m'a trotté dans la tête toute la journée. El Nino offre une figure impulsive, qui roule 5 fois la vitesse de Inner Transformation, où les séquences et oscillations palpitent frénétiquement comme des lignes grugées de vifs spasmes métronomiques. Derrière des cris de détresse, les synthés lancent des harmonies fragmentées qui sonnent comme du Tangerine Dream, années Jive.

Piotr Gepert étudie ici différentes structures de rythmes. Celle de Boat to Freedom allume une ligne de séquences qui monte et descend sous de splendides caresses d'un synthé aux parfums analogues. Des cliquetis et des battements parallèles accompagnent les inlassables ascensions et chutes des séquences qui moulent ce rythme ambiant alors que les synthés lancent des harmonies fredonnées chétivement, on dirait des larmes de spectres, et des solos harmoniques parfois déchirants. Il y a du Jarre là-dedans, surtout pour les larmes des spectres! Avec ses claquettes de bois qui picorent des ions séquencés en eaux troubles, le court Exodus pourrait être un tube FM. Le synthé est superbe et nous lance des solos aux agiles cabrioles indomptables. Après des cris d'oiseaux paradisiaques, Bolimowski Szlak nous entraîne dans une forme de rythme qui dessine une course sans fin. Le rythme et les solos me rappellent énormément le puissant House in the Storm de P'cock, un titre phare qui nichait sur plusieurs compilations de MÉ dans les années 80-90. Les solos de synthé ici sont tout simplement ravageurs. On accroche à ce titre tout de go. Et si on fait le décompte, chaque titre nous a entraîné d'une façon ou d'une autre. Le seul point faible de ANUNNAKI est, et toujours selon les goûts, Voyager qui exploite la même figure de rythme, à quelques nuances près, pour toute sa durée. C'est un genre de rock spatial, avec une ligne de basse un peu Funk cosmique, décoré de voix spatiales et de bons arrangements. Étonnement, ça me fait penser au Voyager de Rainbow Serpent. Un peu plus court et ça aurait eu le même impact que les 6 premiers titres. Loss of Gravity conclut ANUNNAKI sur une note un peu plus triste avec un superbe synthé qui étend des solos aussi magiques que mélancoliques sur une délicate berceuse morphique. Il y manque quelques minutes! C'est très beau...

Une superbe surprise que ce premier album de Piotr Gepert. Un mélange de Kraftwerk et de Krautrock, pour les rythmes mathématiques, de Jarre, pour les airs et les effets empruntés du cosmos, et de l'immense variété des artistes d'IC (le synthé me rappelle par moments les folies de Baffo Banfi), c'est une bouffée de fraîcheur avec ses rythmes facilement domptables qui soutiennent néanmoins une faune électronique et des solos de synthé qui n'ont à rougir d'aucuns complexes.

Sylvain Lupari (22 Avril 2016) *****

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© 2019 by Alexandre Corbin for Synth&Sequences \ Sylvain (A.K.A. Phaedream) Lupari

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