• Sylvain Lupari

POLLARD/DANIEL/BOOTH: Volume VII (2016-2018) (FR)

“Pollard, Daniel et Booth VII est un autre délice musical qui projette l'auditeur au milieu des années 70, à l'époque des concerts Baumann, Franke et Froese”

1 Red Gryphon Dream State 23:56 2 Towards That Moment 52:38

EEMC 1018 (CD/DDL 76:34)

(Berlin School) (V.F.)

La dernière fois, c'était avec Pollard/Daniel/Booth IV! Une chronique que j'avais écrit au début 2011 et où le trio Anglais continuait de visiter les obscurs couloirs de la MÉ des années Phaedra et Rubycon avec cette touche d'improvisation liée aux concerts légendaires de Tangerine Dream. Que s'est-il passé depuis? Il y a eu les épisodes Vet VI, les deux volumes sortis en 2013 et puis pouf!!! Pollard/Daniel/Booth ont cessé toutes activités jusqu'en 2018 où le trio préparait Eight. POLLARD/DANIEL/BOOTH VII est un album constitué d'un titre perdu dans les voûtes et d'un autre recyclé à partir de sa meilleure source d’enregistrement. Sur cet album, Brendan Pollard, Michael Daniel et Phil Booth ne renient pas le style qui les a mis sur la mappe à la fin des années 2000. POLLARD/DANIEL/BOOTH VII joue sur les mêmes patterns d'ambiances obsédantes et de rythmes mus par des séquenceurs et leurs larges boucles oscillatoires.

Titre ayant été récemment découvert dans les archives de PDB, Red Gryphon Dream State Red Gryphon Dream State amorce sa virée vers notre ouïe avec un bon 7 minutes d'effets électroniques qui flirtent avec une légère vision psychédélique. Des bruits de forêts que l'on détrône de ses arbres, d'étranges murmures d'un autre monde et des vents coulés dans des effets chthoniens; l'ouverture exploite à fond la palette d'effets effroyables où fredonnent une chorale des enfers. Les explosions sont brutales et les fréquences du langage sont nourries de radioactivité. Et dans ce tumulte; des ondes et des lignes de Mellotron émerge et dansent oisivement jusqu'à l’éclosion de chants flûtés. Et soudain, les portes du paradis s'ouvrent à Red Gryphon Dream State, de même qu'à nos oreilles. Une nerveuse pulsation émerge à la porte des 8 minutes. Ses cognements vibratoires s’accentuent alors que le Mellotron chante toujours. Aucune explosion! Le rythme qui débloque est fluide et ses tonalités analogues papillonnent vivement dans une structure à peine ondulante. Deux minutes plus tard, ce rythme accentue sa charge avec des séquences plus nombreuses et plus en chair qui structurent un mouvement dont la fluidité dans l'alternance des séquences fait danser nos doigts, un sourire accroché au visage. Nous sommes de retour dans ces années que bien des amateurs, des purs et durs, n'ont jamais décroché. Celle des années analogues de Tangerine Dream! Cette structure est idéale pour faire virevolter des solos de synthé multiformes, comme des acrobates avec des yeux de laser rouge faisant des culbutes dans un ciel noir, alors, qu'imperturbable, le rythme court et court pour ne par perdre une once des charmes des synthés qui mijotent aussi de bons effets afin de cajoler nos oreilles vers la finale. Une finale tout en douceur, mais pas du tout morphique.

Towards That Moment est une version remastérisée d'un bootleg autorisé, Live at Awakenings 18-09-10, qui était un enregistrement provenant des fameux billets virtuels que les organisateurs de festivals offrent à ceux qui sont incapables d'y assister. La musique est mixée et masterisée à partir de l'enregistrement multi-pistes du trio. On peut visionner un extrait de ce concert sur You Tube. L'introduction est calquée sur le modèle propre aux longs titres improvisés. Un peu comme si PDB affûtait leurs équipements. Donc, une masse de vents, d'étranges tic-tacs percussifs, des chants de spectres et des ondes de Mellotron nourrissent cette ouverture qui expire aussi des effets suintant d'une grotte et de ses petits habitants. Une ouverture glauque comme dans ces années où la MÉ semblait prédestiner à nourrir les films de tension, les films d'horreur. Un mouvement du séquenceur s'extirpe de cette masse luciférienne pour galoper assez solidement sous une pluie de solos aux harmonies toujours aussi bien torsadées. Des effets électroniques se greffent à ce très enlevant rock électronique pas trop cosmique, de même que des bourrasques de vents plutôt mélodieux. Mais ce sont les solos qui retiennent plus l'attention. Mélangés aux nappes discrètes du Mellotron ils épousent à merveille la structure de rythme qui propose à nos oreilles quelques imperfections dans son roulement répétitif, histoire de bien nous tenir en éveil. Avec plus de 50 minutes au compteur, on se doute bien que Towards That Moment affrontera une formule protéiforme. Le rythme atténue sa vigueur autour des 19 minutes, laissant place à la guitare de Michael Daniel qui nous caresse les oreilles avec de bons solos qui trempent dans une atmosphère chthonienne. Toujours rebelle comme un cheval indomptable, le rythme reste actif avec un séquenceur lourd et agile qui garde le cap et continue de transporter les synthés qui diversifient leurs chants et effets jusqu'à ce qu’une pulsation isolée sautille sur place afin d'amener Towards That Moment vers une phase ambiosphérique remplie d'effets sonores. On approche les 40 minutes et cette phase glauque et nébuleuse respire pour à peine 6 minutes, avant que la musique ne regagne ses forces dans une finale où un rythme à la Rubycon danse avec ces mêmes ambiances.

POLLARD/DANIEL/BOOTH VII est un autre festin musical qui projette l'auditeur au milieu des années 70. C'est beaucoup comme les concerts du trio Baumann/Franke/Froese qui remplissait les oreilles toujours avides des spectateurs contemplatifs dans des décors aussi hallucinants que celui des cathédrales ou des églises. C'est la belle époque de Phaedra dont les corridors hantant dissimulaient encore des trésors musicaux qui semblent à ce jour toujours intarissables. POLLARD/DANIEL/BOOTH VII en est une autre preuve!

Sylvain Lupari 06/03/19 ***½**

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Disponible au Pollard/Daniel/Booth's Bandcamp

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