• Sylvain Lupari

PRZEMYSLAW RUDZ: Hypnotized (2015) (FR)

“Comment dire? Audace, créativité, E-Rock, séquenceur à la Berlin School, prog-rock électronique et un brin de folie égal Hypnotized”

1 Clever Ape and The Guitar / Cyber ​​Swamp Ambience 11:24

2 Language of Clouds / Split in the Prism of Emotions 15:57

3 Amorphous Time 5:09

4 Lost Among the Knobs 10:09

5 Tribal Essence in a High-Tech Society's Heart 10:05

6 Phantomology II (Ending Drone) 12:10

Przemysław Rudź Music

(CD/DDL 64:56)

(Neo Electronic Prog)

Przemysław Rudź est ce genre d'artiste innovateur qui n'a pas peur de surprendre son public et même ses pairs. Dans un album qui s'inspire des tableaux de Maciej Świeszewski, le musicien Polonais présente un album des plus éclectiques où le genre…disons accessible flirte carrément avec un genre plus audacieux. Et quand je dis audacieux, c'est par respect pour Przemysław. Mais connaissant le synthésiste, je crois qu'il est très à l'aise lorsque l'on tague sa musique de parfois totalement déjantée. Serti sur 6 tableaux musicaux qui vont de 5 à 16 minutes, et offert aussi bien en format téléchargeable qu'en CD sur Audio Cave, HYPNOTIZED porte bien son titre. On écoute la musique en imaginant les avenues, les directions que Przemysław Rudź veut nous indiquer afin de comprendre et de suivre les couleurs d'une musique qui force notre imagination à découvrir de nouveaux univers.

Clever Ape and The Guitar / Cyber Swamp Ambience offre les couleurs d'un album qui demande quelques écoutes, notamment pour ce titre, et qui finit toujours par séduire. C'est en gros très représentatif de l'univers Rudź. Le titre est d'ambiances avec une introduction nourrie par des grondements et des solos d'une guitare insoumise qui tissent ces ambiances avec des graffitis soniques d'un synthé en mode essais et tentatives. L'amalgame des deux instruments sculpte une approche qui devient peu à peu comestible aux oreilles, notamment avec le développement des boucles d'une guitare (les informations sur la pochette spécifient qu'il s'agit de Dominik Chmurski au violon électrique) en mode Acid Rock, et les effets de synthé qui respirent l'univers Hyperborea de Tangerine Dream. Language of Clouds / Split in the Prism of Emotions est le plus long titre de cet album. Sa première partie est très ambiosphérique, en harmonie avec le sens du titre. Des nappes de synthé, certaines sont imbibées de voix, forment un paisible lit stellaire où scintillent des effets de billes de verre qui se désagrègent en émiettant des gouttes suspendues. Leurs échos dansent avec la tranquillité du mouvement des nappes jusque vers la 9ième minute où nous attend une messe de grondements et de voix monastiques. Un bon groove s'installe alors avec de bonnes percussions et une ligne de basse qui rampe avec notre sens du rythme alors que le synthé multiplie de superbes solos, amenant une dose de rock progressif à une finale plus que très séduisante. La musique derrière Amorphous Time est à l'image de son titre avec des lignes de réverbérations où se cachent un langage sonore et des cognements métalliques qui restent reliés à des nappes de synthé plus célestes. Ça ferait une bonne musique d'ambiances pour un film de science-fiction.

Lost Among the Knobs propose une fascinante structure rythmique avec des séquences qui montent et descendent dans un univers organique. La gradation dans la voracité de ce rythme ambiant donne un fort effet d'intensité qui va et vient à mesure que le temps fuit le cadran. Un rythme plus accentué émerge autour de la 5ième minute, se chamaillant avec un univers de distorsions et d'effets d'interférences et de bruits blancs sans pour autant amener la musique à un autre niveau. Pour amateurs de son et d'ambiances paranormales! De légers papillons voltigent parmi des pépiements de rossignols électroniques, structurant une intro d'ambiances avec des accords aussi légers que ceux de Tomita dans Snowflakes are Dancing. Fort de cette introduction, le rythme de Tribal Essence in a High-Tech Society's Heart se met en branle autour des 90 secondes avec une série de riffs et de percussions, quasiment moulées sur la danse des riffs, qui se fraie un chemin sous des effets de synthé de plus en plus dense. Déjà, le rythme expire un genre de transe qui prend toute son ampleur 15 secondes avant les 4 minutes, propulsant la musique vers un genre de Funk futuriste et à la fin, cosmique. La ligne de basse est affamée de nos pieds trépignant alors que les percussions et les riffs deviennent sur la même fréquence et que le synthé lance ses jets de brumes et des filaments qui jouent avec une agréable nuance dans les stridences. C'est un solide titre qui rejoint la profondeur de Language of Clouds / Split in the Prism of Emotions. Phantomology II (Ending Drone) suit un peu les mêmes patterns, sauf que son introduction est noircie de tonalités plus bigarrées. Un peu comme une faune organique qui se rebelle de ses effets électroniques. Mais le rythme qui suit est tout simplement tape-pied avec un maillage de séquences et de percussions qui structure une approche de rock électronique très accrocheur. Le cou roule et les yeux s'illuminent devant ce rock où s'invitent des morsures organiques et où se greffent de splendides solos de synthé. Du grand Przemysław Rudź qui nous en met plein les oreilles avec un autre très bon album qui au final est moins difficile que cela à assimiler.

Sylvain Lupari (10/08/18) ****½* SynthSequences.com

Disponible au Przemysław Rudź Bandcamp

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