• Sylvain Lupari

RAINBOW SERPENT: Live @ Liphook 2007 (2008) (FR)

Updated: Dec 31, 2021

Un CD rempli de MÉ créative et de rythmes variés, laissant place à de belles mélodies

1 Le Vent dans la Plaine 9:37

2 Twelve Celli 12:36

3 Tangram 10:03

4 Calais 4:35

5 En Passant 19:20

6 Memories 4:58

7 Rückblenden 9:55

Manikin MRCD 7084

(CD 71:06)

(Progressive Berlin School)

Lorsqu'on écoute LIVE @ LIPHOOK 2007, on peine à concevoir que cet album fut enregistré en concert, tant tout se tient et s'enchaîne avec une étonnante complicité. Parce que la musique de Rainbow Serpent n'est pas facilement apprivoisable. C'est un genre de Berlin School progressif et expérimental qui est en constante évolution. Des compositions structurées autour d'éléments sonores hétéroclites auxquels se greffent de beaux passages harmonieux. Enregistré en concert lors du Hampshire Jam de 2007, LIVE @ LIPHOOK 2007 nous présente un Rainbow Serpent en très grande forme. Un Rainbow Serpent accompagné de Thomas Kagermann au violon et de Eva-Maria Kagermann aux voix éthérées. Et fidèle à leur marque de commerce, le groupe Berlinois nous offre sa musique complexe aux mélodies électroniques fractionnées par des effets sonores et des intervalles bruyants, comme des coups de percussions tonitruants, créant un stupéfiant paradoxe musical où de puissantes mélodies regorgent dans des contextes insoupçonnés.

Gerd Wienekamp et Frank Specht ne perdent pas de temps! Dès l'ouverture de Le Vent dans la Plaine, RS nous plonge dans les méandres d'un monde musical plein d'imagination. Le Vent dans la Plaine démarre comme une cylindrée mal calibrée. Une moto enrhumée qu'une énorme vague sonore couvre d'un synthé d'une froideur métallique. Du bruit synthétisé qui épuise son tintamarre dans des couches atmosphérique-cosmiques avant que des coups de percussions brutaux sonnent un réveil rythmique avec un rythme lent et sensuel, nappé d'un synthé aux ondes spectrales qui ondoient paresseusement. Le Vent dans la Plaine déploie alors sa superbe mélodie avec des synthés perçants qui font roucouler des cercles hypnotiques et des lignes sinueuses qui charment et chantent sur des percussions lourdes. Des synthés qui morcellent leurs lignes créant mélodies sur mélodies qui sont nappées d'intenses strates mellotronnées, moulant une approche dramatique très émotive sur une structure martelée d'un lourd rythme. Un peu plus et je croirais entendre le sublime Sebastian Im Traum de Frank Specht. Le Vent dans la Plaine glisse vers Twelve Celli et sa structure ambiante qui rappelle l'univers de Bernard Xolotl sur son album Procession. Un lent mouvement très atmosphérique où le violon et les incantations spirituelles de Eva-Maria Kagermann survolent une structure aride qui s'éveille sur de lourdes percussions amérindiennes. Une lente procession qui gagne en rythme avec de belles séquences qui papillonnent sur une structure toujours indécise, mordillée par un violon hésitant. Tangram démarre avec des notes carillonnées qui voltigent dans une sphère aux réverbérations bigarrées. Un bon mouvement séquencé en ressort. Il ondule avec limpidité, rappelant les univers de Tangerine Dream sur Tangram, alors que le mellotron flûté rappelle l'univers poétique-cosmique de Software. Un autre très beau morceau qui navigue sur les courants biscornus de Rainbow Serpent, tout en y respectant cette touche si mélodieuse qui est sienne. Calais offre, en moins de 5 minutes, les multiples facettes de Rainbow Serpent. Une intro ambiante enjolivée de la douce voix onirique de Eva-Maria Kagermann qui roucoule dans un cosmos sombre, alors que des percussions et une ligne de basse sculptent un fin rythme langoureux qui termine sa course avec un roulement de tambour, plongeant Calais dans les pénombres caustiques de son introduction.

En Passant est le gros titre de LIVE @ LIPHOOK 2007. Un synthé aux couches symphoniques qui coulent tels des soupirs de l'âme, un peu comme ce saxophone solitaire de Vangelis dans Blade Runner, en ouvre l'introduction. Une intro poignante avec un mellotron aux vocalises angéliques, mais aussi avec d'étranges percussions qui croassent et tambourinent aléatoirement avec des cymbales qui papillonnent dans une brume éclectique. Bref, un univers digne de Rainbow Serpent qui s'éveille avec un mouvement incertain du séquenceur pour zigzaguer dans un univers sonore hétéroclite. De belles nappes de synthé symphonique recouvrent cette rythmique finement martelée par de superbes séquences qui épousent à merveille tout l'attirail de percussions gravitant autour de En Passant qui plonge dans de lourds passages atmosphériques, mais jamais atonaux, avec de brefs éveils séquencés et martelés d'une ligne de basse ronflante. Un long titre aussi beau qu'étrange qui souffre indéniablement d'un syndrome de bipolarité mélodieuse. Après une douce ballade mélancolique en Memories, Rückblenden émerge d'un cosmos planant saturé de strates atmosphériques à la Klaus Schulze. Composé avec Mario Schonwalder, Rückblenden détonne avec sa structure sobre qui s'anime sur un beau mouvement hypnotique du séquenceur, enrober de fines strates éthérées. Une pulsation mord le rythme qui croisse lentement, comme dans Moondawn de KS, avant de croiser un passage où les percussions en modifient la structure rythmique…comme si nous écoutions du bon vieux Klaus Schulze.

LIVE @ LIPHOOK 2007de Rainbow Serpent est une œuvre monumentale qui m'a passée à côté des oreilles et que j'ai redécouvert avec Stranger. Un superbe album rempli d'une musique créative et de rythmes diversifiés qui laisse beaucoup de place à d'étonnantes mélodies. Du Berlin School progressif qui fait ses clins d’œil à Tangerine Dream, Software et Vangelis. Tout un éventail de souvenirs musicaux qui meublent un agréable moment de MÉ contemporaine.

Sylvain Lupari (14/10/08) *****

SynthSequences.com

Disponible chez Manikin Bandcamp

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