• Sylvain Lupari

REMY: The Other Side (2020) (FR)

Tout est top notch dans cet album concept où Remy empile ces ambiances orchestrales qui nous plongent dans une merveilleuse zone d'inconfort

1 A Different View 13:05

2 Everything is Distraction 22:59

3 The Perfect Dream 18:24

4 Lost in Reality 22:53

Deserted Island Music ‎– DIM-010

(CD/DDL 77:11)

(New Berlin School)

Le rythme saisi notre attention dès le départ de A Different View. Définissant sa limite spasmodique, il sautille avec des séquences nerveuses entre les booms des percussions. Cette structure invitante est recouverte de cette ambiance inquiétante qui suit le parcours de Remy depuis 1999. Des couches de synthé fuyant comme ces êtres invisibles recouvert d'un linceul blanc recouvrent cette masse de rythme grouillante de nervosité où les coussins orchestraux déjouent notre attention avec cette apparence de voix filtrées. J'entends ces cris fantomatiques qui suivent les songes nocturnes de Remy depuis Exhibition of Dreams. Des échantillonnages de voix d'Opéra s'invitent avec des gémissements qui se perdent dans la folie nocturne d'un troupeau de spectres emmurés dans des murs délabrés. Le rythme reste toujours aussi convulsif, jusqu'à la 8ième minute. Un court moment d'ambiances séraphique impose une trêve dans le rythme pour quelque 40 secondes où des tintements ornent les fredonnements des Elfes astrales. Le rythme qui en ressort est comme celui d'un métronome que l'on test aux limites d'un rock électronique paré de bons effets sonores. Ce taureau rythmique fonce tête basse, se frayant un chemin parmi les couches d'ambiances et d'effets pour arriver là où plus rien n'existe. A Different View donne le coup d’envoi à THE OTHER SIDE, le dernier album de Remy Stroomer. Oublions le style ambiant expérimental de First Day of Spring, le dernier album de Mäläskä, car le musicien Hollandais renoue avec son style qui l'a rendu célèbre depuis 1999. La production est sans bavures avec un excellent mastering de Wouter Bessels. Et qui connait la musique de Remy, sait combien le mastering doit être à la hauteur de ces chevauchées cauchemardesques tissées dans des orchestraux courant plus vite que les rythmes. Tout est top nickel dans cet album concept qui se concentre sur la façon d'illustrer en ambiances et en musique l'autre côté du quotidien. L'autre aspect d'une histoire, d'une photo et de toutes ces choses qui nourrissent notre quotidien et dont nous ne voyons qu'un seul côté; le nôtre. Avouez que cela flirte assez bien avec le majestueux Exhibition of Dreams. Si Remy Stroomer ne peut échapper à son œuvre charnière qui le poursuit à chaque nouvel album, il esquive plutôt le sujet avec 4 longs titres où l'autre versant de chaque chose miroite dans ce solide opus qui parvient encore à me faire dire; maudit que le gars est génial!

Des crépitements et des vents forts sont à l'origine de Everything is Distraction. Remy narre un court texte à propos que tout est distraction. Des nappes de violons flottent dans son introduction ambiante où d'éparses boom bourdonnent sur un lento à faire soupirer les âmes. La musique projette un genre de désolation sur une terre mangée par des incendies ou des radiations. La lenteur des violons est accablante et leurs lamentations sont picorées par les particules radioactives et les bruits-blancs des wiishh et les wooshh. Le séquenceur fait tinter une touche qui se balade avec hésitation, alors que le synthé tisse un voile harmonique avec des effets saccadés qui épousent ce rythme hésitant. Tout déboule à partir de ce point. Le rythme est maintenant sculpté par des centaines de pas perdus qui sautillent et courent en tous sens, créant une illusion de d'anarchie alors qu'une mélodie a insidieusement pris possession de mes oreilles. En fait, je parlerai plutôt d’un agréable ver-d’oreille avec tinninin qui revient sans cesse, étant fredonner par un synthé avec une teinte légèrement nasillarde. Les percussions placotent et virevoltent, établissant un étroit lien entre ces pas-perdus du séquenceur et ce bavardage sans cesse incessant de moineaux électroniques. Les percussions déboulent après la 10ième minute. Le jeu de Bas Broekhuis réussit à réorienter Everything is Distraction vers un fougueux et puissant rock électronique dont la charpente reste chétive. Remy est en possession de ses moyens de compositeur et redirige sa structure vers un passage où le séquenceur fait papillonner ses ions dans une phase dérivante qui, trois minutes plus loin, redevient ce gros rock que B.B. avait martelé de ses bras agiles. Une phase où cette fois-ci Remy lance ses plus beaux solos de synthé dans THE OTHER SIDE.

C'est de très loin que nous parviennent les 4 accords tournoyant comme un carrousel lumineusement hypnotique. Il y a comme un décalage entre le tintement de ces accords en verre. Il y a aussi cette différence au niveau des tons et ces imperfections attisent mon ouïe qui aime bien quand l'ordre est bousculé par une note tintant plus fort ou par une séquence qui a juste mal sautée. Une basse étale 4 accords sournois qui sautillent dans une lourdeur morphique. Et les deux entités éveillent peu à peu les ambiances de The Perfect Dream qui me ramènent constamment vers cette œuvre charnière du musicien Hollandais. Ici le mouvement du rythme est tressé dans ces séries de 4 accords répétitifs d'un clavier, d'un séquenceur et d'une ligne de basse. Cette dernière prend les guides du rythme qui expose une vélocité modérée avec cette structure entêtée qui tourne en rond. Le piano vient jeté du lest en libérant cette mélodie qui danse à contrecourant. Comme une approche Jazzée qui fait courir ses notes pour ajouter une autre fissure dans ce système de rythme circulaire, accentuant encore plus cette perception de dissonance qui est à la base de The Perfect Dream. La dernière portion sort du champ gauche avec une prestation de guitare acoustique qui fait courir ses notes, comme le piano, sur un rythme lent et lourd enfoncé par les coup de marteau du clavier et du séquenceur. La guitare est magique et son virtuose la fait parler dans une finale imprégnée d'une couche d'ambiances où mes oreilles entendent des murmures difformes. Le lent staccato qui débute Lost in Reality étend son manteau de charme avec une fluidité saccadée où se répand une nappe de brume mystérieuse. Un violoncelle ajoute une dose de nostalgie aux ambiances avec ses lentes étreintes qui éveillent une six-cordes acoustiques toujours bien allumée sur les ambiances de The Perfect Dream. Une ligne de voix en cappella ajoute aux mystères de ce que je considère comme le meilleur titre de THE OTHER SIDE. L'approche est toujours dominée par les visions minimalistes de Remy qui en profite pour y greffer d'autres accords venant de différents instruments. C'est ainsi que l'on coud l'attention d'un auditeur à sa musique! Le rythme est ambiant, mais pas trop. Il sautille et clopine sur une série de 3 accords redondant alors que des solos de synthé apprivoisent cette palette d'accords et d'instruments tisserands de ces ambiances devenues difficilement pénétrables de Lost in Reality dont le tissu rythmique s'entrechoque entre ses éléments afin d'y ajouter lourdeur et vélocité. Le violoncelle prend la place du synthé en étirant ses complaintes où un piano fait danser ses notes dans les courts élans élastique de la ligne de basse. Nous sommes dans du Klaus Schulze des années In Blue lorsque cette fascinante symbiose s'éteint à la 13ième minute. La guitare acoustique danse alors en duo avec cette ligne de basse dont l’élasticité rapproche ces éléments rythmiques qui se succèdent en heurts, maintenant que la voix de Judith Wesselius ajoute sa couche de charme et que celle de Joost Verhagen récite un texte tout en chantant d'une voix basse et grave dans un fascinant mouvement où les contrastes, ces éléments troublants qui sont de l'autre côté finissent par se rencontrer dans une finale qui arrive trop vite. Comme l'album d'ailleurs…

Sylvain Lupari (25/05/20) ****½*

SynthSequences.com

Disponible au Remy Stroomer Bandcamp

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